15 juin

Grosse semaine. Deux présentations, un voyage éclair à Hong Kong pour des questions de  visa et un aller-retour à Ningbo chez les marques  IORI et QUA (Iroquois ).

Chiffons et micro-décisions.

A Hong Kong,  j’ai profité de mon séjour pour aller chercher des tissus. Tous les agents des grandes usines de Shenzhen (la zone franche chinoise à quelques encablures de Hong Kong en terre chinoise) ont des échoppes situées le long de trois ou quatre rues.  Tissus, mailles, dentelles, boucles de ceintures cohabitent avec les fruits et légumes, produits de la médecine chinoise, poissons vivants et canards laqués, Je l’ai ai arpenté sous une pluie tropicale  avec un gros sac qui me  sciait les épaules ; On aurait dit un sorte de Père Noel qui se serait perdu dans le Sentier.

Le tissu a quelque chose de fascinant. Son principe reste le même depuis des millénaires : un fil dessus, un fil dessous, la chaîne et la trame, mais l’ingéniosité humaine a fabriqué une infinité de variations. Certaines combinaisons sont  monstrueuses comme des brins d’ADN qui follement rangés donneraient des organismes difformes. D’autres sont assez belles et on se dit que c’est presque un miracle car le « faux pas » est statistiquement  le plus probable. Je m’avise un peu plus en travaillant sur ces fichus  collections de mode que  l’artisanat (sans parler de ‘l’art) exige un sorte de séquences complexes de microdécisions qui aboutissent soit à une œuvre bonne soit un ratage. Une large partie de ces opérations de jugement et de goût  reste impensée. Elle  repose un entrelacs implicite, complexe, maintes fois distillé de savoirs, de mémoires et d’images. On ne peut pas l’enseigner mais cela se cultive surement.

Safari et Djellaba.

Lors de la grande présentation vendredi chez le grand chef de la marque IRO-QUA, j’ai présenté  un thème, tarte à la crème en  mode  de « cool élégance ». Le type m’a demandé ce que cela voulait dire. J’ai essayé de lui  montrer, images à l’appui, ce veut dire une utilisation consentie des codes teintée d’une ironie légère. Il fait « Ahhhhh ».  Mardi, j’avais donné la même présentation en avant-première aux designers et cette fois, je leur ai appris de nouveaux  mots : Safari et Djellaba faisant ainsi progresser la cause arabo-africaine  en  terre chinoise.  Ils poussaient aussi des grands « Ahhh » ravis. Un des gars connaissait Safari : l’application Iphone s’entend. Je lui ai dit que Safari  cela voulait dire « bon  voyage » en Swahili et du coup, quand je suis partie, ils étaient tous là en rang d’oignons à dire « Safari, Safari », et à me saluer en agitant les mains comme s’ils frottaient frénétiquement une vitre invisible devant eux (je déteste cette façon de saluer quand on est âgé de plus  de 5 ans et demi ).

A Ningbo, on m’a nourri de manière somptueuse : une lotte énorme cuite au four magnifiquement  poivrée, des jeunes pousses de bambou avec une saveur riche et amère de cacao. J’ai gouté pour la première fois de la langue de canard  fumée.  Il faut se figurer un petit pénis rouge brique très lisse : la connotation sexuelle saute aux yeux si on peut dire ! Cela m’a rappelé Astérix et les orgies romaines où les  patriciennes se refont une « laideur » en dégustant des tripes d’ours farcies au miel.

Pourquoi demander pourquoi ?

Ce qui me tue dans ce pays, c’est le refus buté de se demander et de demander pourquoi.

La question  plonge les gens dans des abîmes de perplexité de confusion. Ce qui les trouble n’est pas la réponse qu’ils pourraient donner  mais que la question se pose. On mesure les voyant faire, combien il en coute de questionner en Chine et qu’il vaut mieux ânonner  un fatras d’idées toutes faites, sans risque, des blancs de la pensée  pour éviter les ennuis. Les chinois auraient dû garder la mémoire du tao. Il y a dans la pensée  zen un remède contre la convention et la littéralité sans surprise qui dominent tout ici.

Primo Levi raconte qu’il avait compris qu’Auschwitz était un univers déréglé quand, peu après son arrivée, un détenu fraîchement débarqué avait demandé à un SS pourquoi et le SS  avait dit froidement : ici, il n’y pas de « pourquoi ? ». La Chine n’est pas un camp de concentration (on ne peut pas dire çà) mais de redressement c’est certain.

M. un ami m’a raconté qu’on lui a offert un jour un tee-shirt de Gengis Khan et il l’a porté dans la rue suscitant des réactions assez étranges. « Il est à nous »  disaient les chinois en se poussant du coude (« il est à nous » est la manière chinoise de dire : il est des nôtres, c’est un chinois)

Deux choses m’étonnent.  La première que Gengis Khan a été déclaré héros Chinois par l’histoire officielle chinoise alors qu’il a bouffé des Hans avant de leur donner, au finish  une dynastie. La seconde, qui m’intéresse plus, est que l’assimilation de cette croyance (Gengis Khan est à nous) est si puissante qu’il suffit de porter un tee-shirt à son effigie pour être automatiquement sinisé. L’image obture le réel.  En Chine, il semble qu’on s’arrête là: au pied de l’image.

Noms.

Enseigne de la semaine: Mandale. Une opération coup de poing sur les prix chez Mandale, ça fait  mal.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :