22 juin

Salons.

Salon des peintures et revêtements. Je crois que j’aurais fait tous les salons professionnels de Chine. Je donne une conférence dans un bruit assourdissant de machine outils. Moment de solitude. Devant un de ces machines, le fabriquant qui ne recule devant aucun sacrifice nous offre le spectacle d’une fille en robe en lamé rouge qui joue du violon en play-back. Sur son stand, d’étranges photos sur la confiance et cette devise « Welcome to the world of die casting » (bienvenu dans le monde du moulage sous pression).

Mode.

On lance le travail sur les nouvelles collections Printemps Eté 2013 chez D.. Je viens proposer des directions générales. Les stylistes n’ont rien préparé. Pas une idée. Trois heures à me confronter à  leur refus buté, leur passivité muette de gamines stupides ;  Pourquoi ? Par ce qu’il faut bien qu’elles passent leur frustration sur quelqu’un, qu’elles disent non à quelqu’un. Alors c’est moi. Et je tiens mon rôle en résistant à la tentation de m’en aller. Est-ce qu’elles en valent la peine ? Est-ce que cet effort d’aller les chercher avec mes questions, mes relances, mes provocations n’est pas totalement inefficace. Est-ce que je peux susciter en elle le désir de créer ?  De fait, elles ne me donnent rien, aucune d’envie, sauf celle de fuir. Est-ce que moi  je leur donne quelque chose ? je ne sais pas.

Un peu d’histoire. En, Chine, le col Mao s’appelle le col Zhong Shan du nom d’un des pères fondateurs de la république chinoise. Aurait-on là un des clés du pouvoir ?  S’approprier les codes du passé pour mieux leur tordre le cou.

Déplacement.

Mardi, je vais à Ningbo par le train. Les wagons sont bondés. Ambiance de kermesse entre les  téléphones qui braillent et les enfants qui piaillent, les nouilles qui gonflent et  les hommes qui ronflent. Il pleut beaucoup en juin ; les champs de riz sont inondés et le paysage de la Chine côtière est recouvert  d’un voile poussiéreux qui lui donne un air souffreteux. Lumière chiche, pays sans couleur, exsangue.

Je vais voir un « cuisiniste » haut de gamme. Le taxi qui me mène à destination a dû apprendre à conduire sur une console Nitendo. Ça balance pas mal à Ningbo. On ne reçoit dans une cuisine témoin laquée de  blanc baptisée « inspirational lounge ». On me propose un café mais voilà que la machine ne marche pas. Quatre ingénieurs se relaient pour la faire fonctionner. Avec un sourire un peu gêné, ils me disent que ce n’est pas eux qui fabriquent cet équipement.  Il est midi et en Chine, on mange à l’heure. On passe dans une autre cuisine témoin, un peu plus fonctionnelle ; toute l’équipe des designers et des ingénieurs a préparé le repas. On s’attable. Tout le monde mange parle et rie. Chouette moment de convivialité : le frichti  qui vient mettre un peu de pagaille et de grasse sensualité dans ce décor de catalogue.

Le soir de retour en train, j’écoute une émission  sur Sartre et Lacan dans un wagon couchette. Le voyage moderne permettre ce genre de superposition. Le plus souvent, j’aime l’abandon  d’un corps en déplacement que le reflet du monde balaye d’un œil indifférent.  Mais ici, je dois occuper ma pensée sinon je deviendrais folle.

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