29 juin

Ces chroniques deviennent de plus en plus longues. Un écrivain (Blanchot?)  disait qu’écrire  son journal revenait à redoubler la vacuité de la vie. Badaboum ! On trouve toujours quelqu’un  pour piétiner ses illusions, n’est-ce pas ?

Ménage.

La femme de ménage qui vient d’ordinaire le samedi a pris la liberté de venir vendredi. Elle est passée par la porte-fenêtre. Voilà longtemps que je ne décide de rien avec elle; A peine de rentrée, encore un peu surprise de la voir, voici qu’elle me tend  mes tongs et me presse de les mettre avec un air qui ne tolère pas de réplique. C’est une tête de pioche et une commère de première mais  je l’aime bien. Ma réputation de tueuse de souris dans le quartier lui doit beaucoup. Mon étourderie et mon chinois déficient la font rire aux larmes. La dernière fois, j’avais « oublié » mon sac à main sur le vélo dehors, le temps de rentrer les courses ; Elle l’a immédiatement remarqué (elle n’était pourtant pas chez nous ce jour-là) et m’a fait de grand signe par la fenêtre avec des airs effarés de conspiratrice. Elle m’appelle « Diédié » ce qui veut dire « Sœur ».

Trains.

Plus tard je pars par l’express du soir direction Hangzhou (qui est jumelée avec… Nice). Mon premier weekend depuis 6 mois Dans une gare chinoise, on patiente devant une porte d’embarquement qui ne s’ouvre que 5 minutes avant l’arrivée du train et on est prié de ne pas lambiner. A la campagne, pendant le « Nouvel An chinois », les voyageurs attendent le train,  accroupis et mains du la tête sous la férule d’un employé qui fait  respecter l’ordre à coup de matraque.  Ici, on sait traiter la masse.

Dans le train, deux jeunes gens se pelotent à côté de moi. Je n’aperçois pas leurs visages mais entend force soupirs et suçotements. Un peu gênée de ce bruyant tripotage, je fais mine de trouver  prodigieusement intéressant le magazine offert par les chemins de fer chinois. Une tête se relève et une autre et je m’avise qu’il s’agit de ….deux filles !  Je me sens assez ringarde tout à coup.

Je rejoins l’auberge de jeunesse de Hangzhou et sa chambre au confort sommaire.  Il pleut toute la nuit. J’écoute le bruit de la pluie qui ruisselle dans les bambous et sentirais presque  le lit monter avec les eaux, comme un frêle esquif tanguant dans la nuit.  Certaines pluies sont têtues ; on dirait qu’elles ne cesseront jamais. Le lendemain, le lac n’a pas débordé mais l’air est saturé d’eau.

Qu’est ce qu’un Paysage ? 

Je marche dans les collines. Les plantations de thé d’un joli bleu vernissé semblent polies par l‘ondée. Le paysage vallonné de déroule en terrasses plantées de thé, bosquets de platanes, de pins et de bambous : un velours côtelé tout fumant de la grande lessive nocturne.  Le chemin suit la rivière et il faut passer les gués. Les promeneurs chinois sont assez peureux  et mettent un temps infini, agrippés les uns aux autres à traverser les flots peu profonds mais tumultueux. Leurs petits pieds très blancs tremblent sur les galets. Je m’amuse à franchir crânement ce  ruisseau d’opérette en quelques gambades vigoureuses et les éclabousse de toute mon intrépidité.

Le soir, je dîne dans un bouiboui comme il  y en a tant ici. Table plastique, grand bière fraîche, et six coquilles Saint Jacques  passées à la braise et  pimentées à souhait. Je suis allée les chercher sur l’étal d’à côté ce qui ne  pose aucun problème de concurrence déloyale. La dernière fois que j’ai mangé des Saint Jacques c’était avec mon père à Paris. Il m’en préparait souvent car disait-il, « il y en n’aura bientôt plus » et je riais de son hérésie écologique.  Je crois que je l’ai déjà raconté.

Le lendemain, je me décide pour le vélo. Les bicyclettes municipales sont à pignon fixe et les routes interdites aux vélos non-électriques car jugées trop raides semble-t-il pour les mollets chinois. Mais j’ai fait mes classe cyclistes à Nice, bon sang, alors j’y vais. J’arrive suante au village haut perché.

J’ai devant moi un vrai paysage. La région produit du thé recherché et les paysans sont riches. Maisons blanchies à la chaux, huisserie de pin rouge, l’atmosphère du village est cossu et paisible. Des corniauds se battent dans la rue et les villageois papotent en sirotant du thé vert assis devant leur 4×4.  Ma descente est périlleuse car je m’avise que je n’ai qu’un frein et encore, il est au bout du rouleau.

Les jeunes chinois.

La fille que j’avais recruté il y a trois semaines et m’a planté deux heures avant sa prise de poste m’écrit. Elle a changé d’avis et voudrait que je la reprenne, et à ses conditions s’il vous plait.  Elle concède que sa demande peut sembler « abrupte ». Eh bien, ma réponse va l’être aussi: Non !

La propension des jeunes chinois Post 90’s à prendre leur désir pour la réalité est assez incroyable. Mais les jeunes russes ne sont pas en reste. Ma stagiaire moscovite A. est charmante mais ne  peut différer un seul instant l’expression de ses désirs impérieux. Lundi, elle entre en trombe dans le bureau et avant même de me dire bonjour, m’annonce qu’elle doit absolument se laver les cheveux et pfuuitt , disparaît dans la salle de bain. Mercredi, même scénario mais cette fois ci, c’est un café qu’elle doit boire. Absolument. I. a suit la même pente. Je connais les soubresauts de son estomac capricieux (vomi, diarrhée, elle ne m’épargne rien) et à quelle heure elle a mangé ses nouilles. Une mise au point s’imposait sur  la frontière du public et du privé. J’aime la spontanéité mais qui sont ces gens qui vivent sous la tyrannie  de ses appétits ? On se demande souvent dans quel état on laissera la planète à nos enfants (c’est ici seulement par  solidarité avec les parents, je dis « nos » enfants). On ferait bien de se demander aussi quels enfants nous laisserons à notre planète.

L’odeur des Durian murissant flottent dans l’air du soir. Ces gros fruits hérissés piquants sentent la viande avariée mais ils ont  un goût suave de confiture d’oignons rafraîchie d’un trait de Grand –Marnier. Chez les humains aussi, des êtres subtils se cachent parfois sous des traits grossiers. Il faut savoir déceler sous l’écorce rugueuse un cœur tendre et bon.

Mode.

Jeudi après-midi, un fabricant de lingerie me parle des complexes physiques des femmes chinoises. Certains de ces complexes sont assez marrants mais franchement, pourquoi a-t-on  fourré dans la tête de  90% des femmes sur cette planète qu’il y a un truc qui cloche avec leur corps. Bref, tout cela me déprime un peu et mon regard est attiré par un aquarium où évoluent des poissons rouges en grand nombre. Je ne les avais pas vus car le fond est l’aquarium est rouge également. Sont-ils à ce point complexés eux aussi qu’ils veulent disparaitre dans le décor ?

Bandol.

Hier soir, j’ai bu un Bandol frais devant le Bund Illuminé à l’endroit où la rivière Suzhou rejoint le fleuve Hangpu. Flonflons, lumière scintillante, brise d’été. Le Bandol m’a été envoyé par  E. qui pour adoucir la dureté de mon exil m’a envoyé un petit  colis repli de bonne choses : madeleines, anchoïade, confiture de mures, trois exemplaires du Canard enchaîné et ce Bandol blanc.

Il y là avait  trois mariées en rouge qui sacrifiant à l’inévitable séance photo (mutualisation du photographe ou du marié?), un musicien chinois qui jouait devant deux types et un chien assis, des jeunes qui faisaient des pompes  face à face sur l’herbe, de nombreux danseurs valsant dans la rue et moi, assise sur la rambarde jusqu’à tard dans nuit à regarder passer  la vie.

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