14 juillet

Semaine du pragmatisme appliqué. Faire travailler MIEUX pour travailler MOINS. Je deviens normale et il parait que cela peut mener loin dans la vie !

Je dois à cet « exil » chinois, d’éprouver qu’il ne reste presque rien de l’identité quand on lui retire le sentiment de familiarité qui sourd des choses et des visages connus et le bain d’une langue comprise et parlée. Rien, vraiment ? Oui presque rien. Je ne serai pas en excès de bagage à mon retour de Chine.

Rencontre d’un book-keeper chinois

Par commodité, nous avons créé notre société à Hong Kong il y a presque deux ans. Ce qui fait que notre cabinet comptable est hongkongais. Cheng, Kwok et Chang, c’est leur nom : une officine crasseuse à Central (quartier de Honk Kong), lumière chétive ; Ann une vieille employée sans âge qui glisse comme un ombre. Je pense au film « meurtre d’un bookmaker chinois ».  Mon remake imaginaire s’appellerait plutôt « meurtre d’un book-keeper chinois ».

Pour des raisons pratiques, je cherche en ce moment à faire avancer la création une société fille en Chine et j’avais rendez-vous mardi à Shanghai avec Mr Chan à ce sujet.  Il pourrait jouer avec naturel le Chinese Bookie. Il m’a reçu dans son bureau malpropre qui sentait de tabac froid, m‘a fait asseoir dans des fauteuils de cuir élimé dans lequel visiblement il a l’habitude de faire la sieste –de vieilles boules Quiès traînaient sur la table basse,  m’a posé des questions avec une ironie amusée ( quoi des gens vous payent pour faire du design ? ), puis nous sommes allées visiter deux bureaux dans la touffeur implacable de Shanghai.

Je crois que je ne vais pas utiliser ses services et je crois qu’il le sait mais cela ne fait rien. Il a le temps. Il y a chez lui une malice bonhomme et patinée qu’on voit parfois chez les vieux commerçants ; Ces gars-là connaissant le chaland : ils savent qu’être méchants et malhonnêtes attire trop d’ennuis et ne s’autorise qu’un zeste de rouerie sans laquelle il n’y pas d’habilité. On a causé de ses cigarillos ‘café crème’, des danses de salon et du bridge. Il m’a raccompagné au bus et nous sommes quittés bons camarades.

Insight Shanghai.

Nous avons lancé la promotion d’Insight Shanghai.  A force d’observer les femmes chinoises, j’ai fini par me dire que je pourrais peut-être faire un colloque sur le sujet. Non, non, ce n’est pas de la paresse, c’est du recyclage intelligent. Et puis, après tout, c’est une bonne façon d’avoir au moins UNE personne intéressée à ce colloque!

La 5eme édition d’Insight Shanghai aura donc pour thème la femme chinoise. Ce qui donne  Women’s affairs: the rise of female consumers car il faut bien « marketer » tout cela. http://style-vision.com/en/insight-shanghai/

Sur mesure.

Pour me vêtir ici, je dois faire fabriquer mes vêtements. Deux raisons à cela. La taille d’abord.  En Chine au-delà du 36 fillette point de salut et j’affiche tout de même 38 au compteur. Et puis, la mode chinoise, avec des serpillières rose saumon festonnées de dentelles froufroutantes  me donne des boutons. Le tailleur de la rue Hong est un gars tout tordu par la polio et ses employés sont aussi contrefaits (cette boutique est un genre de cour des miracles) mais les ourlets sont à peu près droits  Seulement voilà, quand on se lance dans le style,  il faut assumer ses fashion faux-pas. Je viens d’en faire un beau: une robe orange qui ne déparait pas chez les supporters bataves  mais fera  rire, je le crains, partout ailleurs.

Les français.

Jeudi, je suis allée écouter l’exposé d’un géographe français sur le tourisme rural dans la région de Shanghai. La Chine est  grande et les chinois ont peu de vacances  de sorte qu’ils privilégient les escapades d’un ou deux jours dans un rayon de 200 ou 300 km autour des grandes mégapoles.  Ils vont dans des parcs à thèmes incongrus (« le village des paysans peintres », une tradition totalement inventée !) ou bien dans des gites ruraux appelés  « nongjale » ce qui veut dire, « la vie heureuse à la ferme » ou encore dans des bourgs « modernisés » qui ressemblent à des banlieues pavillonnaires. Les paysages ruraux et urbains se transforment.  Un nouveau paysage s’invente et comme on est en Chine, on est prié d’admirer et de prendre des photos dans les lieux prévus à cet effet.

Le jeune chercheur était drôle et bien informé. Dans la salle, des chinois ont posé des questions de…..chinois.  Un monsieur : « et vous, vous comptez organiser des voyages pour gagner de l’argent ? ». Une jeune fille : « Est qu’il faut faire des activités de tourisme pour gagner de l’argent ? (Le dénominateur commun de ces questions illustre parfaitement le matérialisme total de la pensée chinoise et la difficulté de faire comprendre des idées abstraites).

Mais l’honneur est sauf, deux français, une femme et un homme ont bien défendu la  réputation d’une arrogance française qu’on nous envie dans le monde entier !

La femme, la petite cinquantaine, vivant en Chine depuis quinze ans, routarde tannée par tous les soleils déplorait le manque d’authenticité de ce nouveau tourisme chinois avec une condescendance désarmante. A quoi lui sert d’avoir couru le monde si c’est pour se poser en parangon de « l’authenticité» !  Évidemment que ces lieux touristiques sont affreux, que la modernisation est violente et sans goût, mais n’avons-nous pas eu aussi la Costa Brava, la Grande Motte, et l’inégalable Marina baie de Anges. En Chine, on copie tout puis on voit ce qui marche. Peu importent que le chat soit blanc ou noir, l’important est qu’il attrape la souris. C’est pourquoi, en marge de ce tourisme de masse se développe aussi, un tourisme plus qualitatif.  Et l’authentique ma foi, on ne sait pas ce que c’est.

L’homme, un chercheur français en anthropologie, crâne d’œuf et voix de crécelle, s’est mis à critiquer la méthode du doctorant comme si nous assistions à une soutenance de thèse. Il jouissait de souligner avec une gourmandise mauvaise les faiblesses des travaux de son collègue.

Voilà la France que je n’aime pas, résumée par ces deux caractères : la gardienne amère d’une «authenticité » perdue car elle n’a jamais existé et le donneur de leçons pédant.

Allez, vive la France !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :