21 juillet

Grande surface.

Le Bailan est le grand centre commercial qui se trouve à 500 mètres de chez moi. On trouve tout ; grands surface alimentaire, magasins de fringues, restaurants, écran géant, estrade pour radio crochet, l’inévitable kiosque de promotion immobilière (qui vend actuellement  sur plan des villas « Chateau du Nord », en français dans le texte) masseur, salle de gym, karaoké etc…le grand Magic Circus consumériste. Un carrousel illuminé jour et nuit où des chinois de tout âge se retrouvent pour acheter, manger et se distraire.

Sur la grande terrasse carrelée du toit du Bailan, des petits enfants, casqués et cuirassés de protections aux couleurs acidulées,  font du patin à roulette. Dans les vapeurs graisseuses qui suintent des bouches d’aération, je traverse la nuée des gosses virevoltant.  Leurs parents sont assis sur des bancs et regardent leurs petits béats d’admiration.  Chacun des enfants patinent  selon son caractère. Les prudents avancent à petits pas comme des faons maladroits. Les angoissés font des allers et retours entre les bras de maman et les jambes de papa ; les rigolos s’étalent de tout leur long hilares avec un plaisir évident ;  les petits durs bousculent les autres sans ménagement, les téméraires s’élancent à toute vitesse contre les murs et un petit virtuose de la patinette dessine, yeux fermés et sourire extatique aux lèvres, de gracieuses arabesques. Le spectacle de ces petites créatures si expressives a le charme d’un dessin de Sempé. Je reste une ou deux minutes à les regarder puis je m’en vais assez vite. Certains parents sont devenus si possessifs que regarder jouer « leurs » enfants me ferait passer pour une voyeuse pédophile.

Un cortège de vieilles anglaises

Hier, j’allais à vélo dans la nuit et j’ai été rattrapée par un vendeur de chapeaux de soleil en vélo électrique  qui tirait derrière lui un étal monté sur roues. Les couvre-chefs étaient simplement piqués sur des baguettes en bois et tremblaient  au moindre soubresaut de la remorque. A la lueur des réverbères,  j’ai cru un instant un cortège de vieilles anglaises chapeautées et parkinsoniennes.

Dépression.

Au fil de mes crises existentielles, je réalise chaque fois un peu plus comment  la folie maternelle a fragilisé mon rapport  à moi-même, au monde et aux autres. Je suis l’enfant de son refus d’être au monde et de son irrépressible vitalité. Conséquence : l’insondable choix de vivre est toujours remis en question, du moins sur le plan des représentations, et je m’épuise à le rejouer chaque jour.

Bien rigolé quand même.B. est allé en Belgique avec sa compagne rendre visite à trois garçons homos qui vivent ensemble. Un « trouple», dit-il. Voilà un bon néologisme :   trois, trou et couple.

Immaturité.

J. est arrivé la semaine dernière pour un stage de deux mois. Science Po, EHESS, grand bourgeois parisien, rejeton d’une lignée d’architectes, d’écrivains et d’intellectuels protestants du boulevard  Raspail. Sûrement  intelligent, mais plein de morgue et inquiet, avide de reconnaissance et confusément honteux de l’être. Une figure de l’Immaturité : si la chance lui sourit, c’est qu’il est le meilleur, évidemment. S’il subit un revers, c’est que quelqu’un lui en veut ou que le monde est méchant, méchant, méchant.

Nom de Nom.

Je suis en train de créer une société en Chine pour faciliter nos affaires avec les entreprises purement chinoises – avec les autres nous opérons depuis Hong Kong -et il lui faut un nom chinois : celui-ci doit compter pas moins de 5 « mots ». De fait, 4 mots me sont imposés par la forme légale, la nature du business et la localisation donc il m’en reste un seul à utiliser comme  un espace d’expression personnelle. Sauf que  ce doit être un  nom de personne, d’animal ou de chose et pas sur la liste des mots interdits. Jeudi, à chaque fois qu’on proposait un nom, la préposée regardait son bréviaire et répondait avec un sourire de commisération : Ah, non, ça ce n’est pas possible ! assorti de moult  secouements de têtes mais sans d’explication. Il faut trouver d’autres mots. J’en suis à Panda, Poussin. Je ne peux pas faire moi subversif, non ?

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