22 septembre

« La fretta del futuro rende il presente prematuramente passato ».

Le week-end dernier, j’ai assisté  à la projection de deux documentaires d’un sinologue italien  dans la petite librairie 2666 à Shanghai. Il professore avait la crinière frisée et grisonnante, des sandales franciscaines, une chemise froissée indienne, et le phrasé digne d’un situationniste lacanien des années 60. L’un des documentaires portait sur les cerfs-volants à Weifang, l’autre sur la  célébration du  50eme anniversaire de la République Populaire de Chine à Pékin en 1999. Documentaires passablement  laids, doublés d’un commentaire fumeux sur la métaphysique du cerf-volant et la pompe des défilés officiels de la République Populaire de Chine. Pourtant, il a dit quelque chose sur l’accélération du temps en Chine  « La fretta del futuro rende il presente prematuramente passato » qui m’a semblé être un axiome très juste.

Welcome to Pyjama country.

Pygama

Puis, je suis partie pour Beijing et de là,  le chauffeur a roulé deux heures pour rejoindre  Baodijng, un de ces villes sans paysage, s’étirant le long d’une grand’ route poussiéreuse piquée d’arbres chétifs, d’usines aveugles et d’enseignes commerciales criardes et de guingois. J’ai présenté les tendances ‘loungewear’ de l’hiver 2013/2014 à un fabricant chinois de tissu maille. J’ai assisté à leur défilé de pyjamas sur un remix techno  de « bonne nuit les petits » (voir photo). Ma foi, Baoding n’est pas Milan mais les pyjamas étaient pas mal et ils ont de grandes poches ce qui, comme le souligne opportunément la chef designer de la marque, permet d’aller faire ses courses au supermarché!

Car en Chine, on vaque à ses petites affaires du matin en pyjama. Le temps privé, celui des courses, du petit déjeuner, quoique véçu en public dans la rue, échappe à la tyrannie de la « face », ce masque figé qui sert l’identité sociale. On m’a donné en prime un pyjama militaire (le fabricant fournit aussi à l’armée) de couleur bordeaux dont la rude décence dissuaderait le plus échauffé des bidasses.

Manger et cuisiner.

Ensuite, je me suis envolé pour Ningbo,  au sud de Shanghai. J’ai présenté le lendemain des scénarios prospectifs 2020 à un fabricant de cuisine chinois. Pas facile d’animer un atelier d’innovation en chinois (voir photo) mais bon, de malentendus en malentendus, on se comprend et puis je connais la musique. Cet été,  j’ai approfondi mes connaissances sur l’art culinaire chinois. Je dois mon peu de science au Professeure Françoise Sabban (qui n’est pas, je précise, la cousine de Françoise Sagan) de l’EHESS. Elle était le commissaire de la dernière exposition au Quai Branly sur les rituels culinaires en Chine, autant dire un signe de la Providence pour moi.

Je connais grâce à elle le régime d’un lettré sous la dynastie Song. La belle affaire!  Heureusement pour moi, rien n’avait vraiment changé. Des nourritures nouvelles se sont ajoutées mais le fond de sauce est resté le même. Le cru est toujours perçu comme une non-cuisine  et le véritable cuisinier est une sorte de maitre de forge qui opère sans recette et transforme la matière par le feu jusqu’à la  rendre méconnaissable. Son talent est affaire de magie plus que de technique.

Dans le train qui nous ramenait à Shanghai, P. mon nouveau stagiaire traduisait des horoscopes pompés sur un site web français pour le compte d’un site chinois. Que les chinois copient jusqu’aux horoscopes m’a semblé incroyable.

Des GPS vivants.

Je passe quelques épisodes pour finir ce matin, par une grande présentation ce matin de la mode homme hiver 2023/2014 à une marque chinoise qui porte le petit nom de Flyke. La présentation avait lieu à SongJiang, la ville nouvelle de Shanghai dans un parc industriel dédié à la mode et au textile  énorme et comme d’habitude désert. Les subsides gouvernementaux sont à la mesure des ambitions des chinois mais le réel a encore du mal à suivre.

Hier matin, dans la voiture qui me ramenait de Song Jiang, j’ai remarqué des hommes qui se tenaient debout sous la bruine le long de l’autoroute tenant dans leur main un petit écriteau jaune. Des auto-stoppeurs ? Des tapineurs ? Des manifestants anti-japon payés par le gouvernement ? Pas du tout. Ces types proposent aux camionneurs venus de toute la Chine de les orienter dans Shanghai. Des GPS vivants en location en quelque sorte. Je crois que cela s’appelait des guides avant l’invention des Smartphones.

Prions seulement pour que nous puissions encore nous perdre tranquilles.

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