19 octobre

 Born to run.

Le week end dernier j’ai relu « Born to run », un livre qui m’a été offert par O. puis  récemment par M. et ça n’a pas raté. J’ai été prise d’une furieuse envie de courir. Je suis allée trottiner samedi et dimanche et un sacré bon bout de temps. Espérons que le livre « Born to kill » ne me passe jamais entre les mains : je passe trop vite à l’acte. Ce que l’on peut être influençable!

En courant, je me prenais pour une de ces indiennes Tahamura galopant dans la Sierra Madre chaussées de cothurnes rudimentaires. Je retrouvais par l’imagination les sensations de mes longues courses en montagne du côté de l’Esterel, du Col de Vence et des Baous en compagnie des lézards, des pierres et du vent. Parmi les meilleurs moments de ma vie surement.

Ce bouquin est une sorte de manifeste du « barefoot running » dont les disciples s’appellent les coureurs minimalistes. Le crédo « barefoot » est le suivant : l’homme est fait pour courir car c’est la course à pied qui a fait l’homme: en gros, on s’est redressé sur nos deux pieds pour mieux chasser et le reste a suivi. L’auteur est si assuré de l’évidence de sa thèse et de l’abondance des preuves qu’il ne se soucie pas trop d’asséner sa théorie à coups de massue. Du coup, il en devient convaincant par sa désinvolture même.

Talkin’ about revolution.

J’ai plusieurs parcours de course à Shanghai et l’un d’eux passe sous le middle ring, le périphérique aérien qui entoure le centre-ville de Shanghai (48 km de diamètre quand même). Au-delà, c’est toujours Shanghai mais ça sent déjà la friche. Les visages sont plus burinés et les routes plus poussiéreuses. Sous les arches de béton du ring, dans l’air tout tremblant du fracas des automobiles, des coiffeurs de rue se sont installés. Ils coupent les cheveux des gens pauvres qui vivent dans ce coin. Le sol est jonché de petites touffes de poil noir comme si les vibrations du trafic, et non des ciseaux, les avait fait tomber. On pourrait croire aussi qu’un aigle a déchiré une portée de lapereaux.

Depuis que je vis comme immigrée en Chine, il me semble que je comprends mieux ces vies précaires. Comme eux, je lutte pour me sentir vivante et comme eux, je crains ce sentiment car je ressens la vulnérabilité et la souffrance d’une vie sans assurance et sans appartenance. Ce sentiment (et ce sentiment n’est pas forcément conforme à ce que serait la réalité)  peut s’écrire d’une manière radicale: si je chute, « nul réseau, nul institution ne viendra à mon aide car ma vie ne vaut pas la peine d’être sauvegardée, protégée et considérée ».

La violence de nos sociétés se trouve là, à mon avis. Elle s’exerce non pas tant dans le fait de fabriquer des vies incertaines – quelle vie ne l’est pas ?- que dans la dévalorisation des existences vulnérables. Le mépris est parfois grossier: on stigmatise le manque de travail ou d’aptitude. L’épisode navrant de l’employé d’Orange cette semaine est de ce niveau-là. Il est parfois plus pernicieux: on souligne avec un paternalisme douteux, le manque d’autonomie ou de conscience de soi.

Comment s’est-on laissé embobiner à ce point? Je promets de réfléchir à la question sérieusement – Les réflexions de Valérie Gérard et Judith Butler me seront très utiles – mais en attendant, comme le héros du film Network que mon frère m’a fait découvrir hier, je veux seulement crier: « I’m as mad as hell, and I’m not going to take this anymore! »

Donc, on commence par courir un footing un dimanche matin et on finit par faire la révolution !

Instantanés.

A la fin du parcours de course, je passe devant un vendeur de patates douces et je lui en prends une (je viens de me taper deux heures de jogging politique, ça creuse). Elles ont cuit très doucement sur la braise. La peau est terreuse, toute sèche et quand on la déchire, un trésor de chair douce, onctueuse, d’une couleur orange riche et fumante apparait. C’est délicieux.

Non loin de là, il y a un spa s’est positionné sur le créneau de la vinothérapie (copie de Caudalie). Il a pris comme nom « Kianty », ce qui est rigolo.

Aujourd’hui, je suis allé à Suzhou par le train ce qui m’a rappelé que je vis dans un pays de 1 milliard 300 millions de personnes.

Lu aussi cette semaine un texte de Saint Luc évangéliste qui mentionne ceci : « En venant, rapporte-moi le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpos. Apporte-moi aussi mes livres, surtout les parchemins». J’ai beaucoup aimé cette note, comme un post-it collé sur le frigo qui aurait traversé le fond des âges.

Photos:  couverture de Born to run, BanditYannick on Flickr,  Golden week

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2 Commentaires

  1. Pas deprimant celui la… un peu sur la partie mepris du precaire mais plutot trottant.
    L’homme etait fait pour courir car il lui fallait echapper aux predateurs. L’annee derniere, alors que je skatais innocemment dans la Sierra Nevada, m’est apparu un ours. J’ai skate tres vite dans l’autre sens.

    1. Oui, le précédent celui du 19/10 était déprimant. Celui du 26/10 est moins mélancolique.Pour le cloud de mots c’est un fonction de wordpress (dans Appearance/ Widget). Pas mal le coup de l’ours.

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