26 octobre

Aligot connexion.

Après bien des déboires, la startup de B. va peut-être trouver un financement. Mais l’investisseur n’est pas comme on pourrait s’y attendre un de ces hipsters übercool de la city ou de la Silicon Valley. C’est un bougnat de Saint Flour qui a fait sa pelote en livrant du café à Paris et puis, au finish, toucher le jack pot en vendant une source d’eau minérale à Danone (BSN à l’époque). Le fonds serait donc plutôt Aligot Capital Ventures ! Cela nous a fait rire. B. est une des personnes les plus drôles que je connaisse mais ces deux dernières années il n’a pas boudé sa peine – comme le dit joliment mon amie C. Il ne restait de sa belle humeur que de rares accès de sombre gaîté  Mais les chagrins se fatiguent aussi d’avoir été habités à l’excès. Et alors, un vieux loufiat de Saint Nectaire peut même devenir un ange !

Misère d’un commis voyageur.

Mardi, j’étais à Guangzhou (Canton et son fameux riz qu’on-connait) et ses environs pour des réunions professionnelles. C’était un périple plein de complications par la diversité des moyens de transports utilisés:  avion, autocar, taxi, le tout dans un timing un peu serré.

K, mon employé chinois était en charge en l’organisation. Le lascar n’est plus si jeune – il est même un peu vieux garçon avec sa chemise élimée et son crâne dégarni- mais il n’a guère voyagé. Il a surtout un grave défaut: il ne compte que sur lui-même. Buté dans son orgueil, les yeux rivés sur son Smartphone, il se refuse à demander quoi que ce soit au chauffeur de bus, à la réceptionniste, bref à toutes les personnes qui peuvent utilement et rapidement le renseigner. Du coup, le voyage à Canton a tourné au road movie burlesque. Les transitions étaient décousues comme les coups de théâtre d’un mauvais vaudeville. Nous voilà à sauter des barrières pour attraper in extremis un bus que l’on attendait dans la mauvaise file, puis à courir après l’autocar en rase campagne parce que qu’on est descendu au mauvais arrêt, puis chercher en vain sur Google Maps une adresse en pleine nuit alors que l’enseigne illuminée de l’hôtel brille au-dessus de nos têtes. Ridicule et épuisant.

Qui a un peu bourlingué sait bien qu’il faut savoir laisser filer et s’en remettre à sa bonne étoile ou aux employés des chemins de fer pour rester dans le mouvement. Moi, j’aurais préféré garder mon énergie pour les réunions plutôt que de cavaler sur le parking chauffé à blanc d’une gare routière des banlieues de Canton. Un de nos deux meetings était chez le 6ème constructeur automobile chinois GAC dont le symbole est un G. Le film institutionnel précise:  G comme Genius, G comme Glory avec le sens de la mesure habituelle qui caractérise la propagande chinoise. (A toutes fins utiles, je souligne que  le film ne disait pas G comme Geneviève. ;-))

C’est qui le chef ?

Pour finir, j’ai passé à K un sacré savon. Lui, croyant sauver l’honneur, me dit  qu’il a quand même survécu 10 ans à Shanghai (il est natif de la province d’à côté). Peut-on vraiment s’enorgueillir d’une telle prouesse ? J’ai préservé sa « face » mais je ne sais pas encore s’il va sauver sa tête. En Chine, avec des têtes de pioche comme lui, je dois faire preuve d’une autorité sans faille. Ce n’est pas mon fort; j’ai de l’autorité certes mais aussi beaucoup de failles. Je devrais imiter mon charmant neveu A. (4 ans) qui a récemment alpagué deux retraités dans la rue à Paris et leur a dit : « C’est qui le chef, ici ? » Et d’ajouter devant les deux vieux muets de stupeur: « C’est moi ! ». On avait compris.

Saga.

Je suis allé voir un concert de musiciens Tujia. C’est une tribu de la Mongolie intérieure connue pour ses sagas chantées. Le chanteur était un petit gros en polo rayé, jean et chaussé de magnifiques bottes blanches de cuir ouvragé pour la touche ethnique. Sa voix passait du rauque le plus guttural (un sorte de Nina Hagen enrouée) aux aigus les plus extrêmes (une sorte de cri d’oiseau rapace). Extraordinaire chant dia-phonique  lyrique et puissant. Pendant la soirée, il a mêlé sa voix à la mélopée saccadée d’un chanteur de rap, puis aux jappements d’une sorte de rocker en culotte courte.

J’ai aussi appris que David Lynch filmait des histoires incompréhensibles pour casser l’idée selon laquelle le cinéma serait une représentation. Ses histoires incompréhensibles déjouent la ruse de l’esprit qui cherche encore le sens. Elles obligent le spectateur à ne s’en remettre qu’aux émotions sensibles. D’ici, je vois très bien ce qu’il veut dire.

Photo via festival Mongol

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2 Commentaires

  1. Benoît monneret · · Réponse

    Elle est incroyable Geneviève!

  2. Merci chère Geneviève, je m’instruis et je ris grace à toi et je voyage…celà faisait bien longtemps que je n’avais fait une halte à Saint Flour…
    Signé : une auvergnate.
    On m’avait bien dit qu’il y en avait partout….

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