10 novembre

Une femme changée en panda.
J’évite en général le vestiaire du club de sport où je pratique le yoga. Comme le prince Salina dans le Guépard, ce n’est pas la nudité des corps qui me gêne mais celle des âmes. La tiédeur des gynécées suscite souvent une complicité hilare et impudique qui me glace. Cette fois pourtant je suis restée et j’ai été bien récompensée car j’ai vu une femme changée en panda. Voici comment. La femme portait un masque de papier enduit de crème hydratante découpé au niveau des yeux, du nez et de la bouche. Il reposait sur son visage tandis qu’elle faisait bouffer au sèche-cheveux sa chevelure très noire. Comme les découpes de papier devenaient plus sèches et retombaient sur ses yeux, elle a soulevé d’une main le petit clapet qui obstruait sa vision et soudain le panda était là devant moi : son gros visage blanc auréolé de noir, ponctué d’un monocle rond couleur puce.

Une mère parfaite

J’étais à Ningbo lundi. Dans le train qui nous y menait, S. lisait un livre dont la couverture s’ornait d’une photo d’enfant. Je lui ai demandé s’il s’agissait d’un abrégé de la mère parfaite. En effet, la plupart des best-sellers que lisent les chinois sont des manuels qui expliquent comment faire fortune, développer son guanxi (réseau) ou s’attirer les grâces du ciel grâce à la géomancie chinoise (Feng Hui). Bingo ! C’était un livre sur l’éducation des enfants offert par son fils Bonbon. Tente-t-il de se ménager un peu de tranquillité en renvoyant sa mère à ses chères études ?


Coeur chinois

Mardi j’étais à Cixi (se prononce « Tsseu Cheu » avec force postillons), un bled de 2 million d’habitants près de Ningbo (voir photo). Sur le pare-brise des voitures de marques Toyota ou Nissan étaient collés des autocollants jaune et rouge sur lesquels on lisait : « la voiture est japonaise mais le cœur est chinois » S. pense les rodomontades chinoises à propos des îles japonaises prendront fin après l’élection du chef du gouvernement. Comme quoi, elle n’est pas dupe. Mais les autres employés ne savaient pas qu’il changeait de gouvernement. Wait and see.

« Last Night, Racine saved my life ».
Invités par le client, le fabricant d’accessoires de voyage, nous avons passé la nuit dans l’hôtel 5 étoiles qu’il possède à Cixi. Pour P. c’était une première et il m’a confié tout à sa joie qu’il avait pris un bain puis une douche. J’ai trouvé cela touchant. Bonbon, encore lui, a instamment prié S. sa mère par téléphone de ne pas « gâcher l’eau du bain ». Moi, j’ai pris un grand bain de Racine. J’ai écouté Bérénice et Titus hésiter longuement à prononcer une ultime parole avant de se quitter à jamais. Et puis comme je n’en avais pas encore assez, j’ai pris une douche de Phèdre. Je l’ai entendu dénouer le silence et mourir. Très fort.


Le lendemain, j’ai animé une journée de travail chez le fameux client. Pendant que les participants planchaient tout seuls pendant une heure, j’ai erré dans les couloirs et suis entrée dans le petit salon où se négocient les contrats avec les acheteurs de la grande distribution mondiale. La pièce lambrissée était décorée de photos qui constituaient une sorte de « best of » des destinations de voyage. La France, Chambord et un tonneau de rouge. L’Espagne, un matador virevoltant dans un grand tralala de muleta et l’Afrique ; le Kilimandjaro et deux types coiffés de feuillage (plus maoris ou papous que massais) affectés à la surveillance de la circulation des zèbres.

Images mutantes

Ah! la globalisation des images! Si je comprends bien Walter Benjamin, leur reproduction à l’infini les a coupées de leur inscription dans le temps et l’histoire. Simple amas de pixels, les clichés dérivent sur la toile comme les reliquats d’un monde dont on aurait perdu la trace et s’agrègent pour former ces drôles de mutants. Au final, cela crée surement quelque chose mais je suis toujours un peu inquiète.


Pour « venger » les africains et les autres, voici une image d’une chinoise qui posait devant ses copines dans ma résidence. Habillée de treillis militaire et de bas rouges (très Louis XIV non ?) elle posait sur la pelouse de ma résidence. Sans doute fait-elle partie d’une de ces chorales qui chantent abominablement des couplets à la gloire de Chairman Mao sur la scène du Bailian.

Internet est totalement bloqué cette semaine depuis la Chine. Je suis fâchée de cette limite supplémentaire à mon existence déjà bien pauvrette. Je dois faire avec si peu en ce moment.

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