24 novembre

Shanghai Factory

Samedi dernier, à l’invite de J. et J.C, je suis allée à la première d’une réplique de la «factory » à Shanghai : de jeunes artistes investissent temporairement un lieu culturel (mais attention ! rien de sauvage dans cette occupation, c’est déjà un musée) pour y produire de l’art à la manière d’une entreprise. Tous les critères du « cool » étaient réunis mais il y avait là je-ne-sais-quoi de forcé qui ruinait un peu l’affaire.  Moi, j’ai vu des jeunes gens pas vraiment à l’aise dans ce bac à sable géant qui jouaient sans conviction à faire l’artiste. Cette exhibition tenait plus du zoo créatif  et cela ne m’a pas vraiment touché. Au fond, je me suis lassée des « making of » obligés et de ces « in progress » inévitables. Un cache-misère de l’inaccomplissement : la spontanéité n’a pas forcément du talent. C’est dit.

Epiphanie du nom

Il y a eu tout de même un petit évènement  J’ai abordé un type en lui demandant s’il était artiste en résidence  et il s’est étonné que je devine sa profession. C’était pourtant assez facile et pour fanfaronner, je lui ai dit que, de manière générale,  je savais tout. Il me demande  si je peux deviner comme il s’appelle. Je ferme les yeux et lui dit que j’ai une petite idée sur la question, mais que c’est idiot de se livrer à ce genre de jeu. Il insiste et je lance un prénom, un seul, qui s’est trouvé être le sien. Il a blêmi. J’ai pensé plus tard à Claudel:« Si tu m’appelles par un nom que tu sais et que j’ignore alors….».

Etre nommé. Dans le journal Times of India, page des petites annonces, des gens annoncent leur changement de nom. Celui-ci  m’a plu. « I have changed my name from Nirmala Louis Almeida to Alison David Navavker ». Ce qui m’intrigue est que le nom de départ comme celui de destination sont d’un genre équivoque. Il revient à ma mémoire l’histoire d’un couple homo masculin dont l’un des partenaires a changé de sexe puis l’autre l’a suivi  quelques années plus tard de sorte que qu’ils ont terminé comme couple lesbien. Que d’hésitations !

Pas d’ecommerce en Chine. 

C’est la conclusion d’un jeune français qui tente de survivre dans la joint-venture de Tencent et Groupon – accord selon lequel pour 40 millions de dollars annuel Groupon a le droit d’apposer son logo à celui de Tencent et celui de se taire. Dans sa présentation, il a parlé du e-commerce Chinois en des termes très crus que l’on entend rarement chez les spécialistes autoproclamés du sujet. Il a raconté par exemple que les entrepôts du plus grand vendeur de chaussure de Chine en ligne sont remplis jusqu’au plafond de briques de chantier. Les e-shoppers chinois renvoient les boites 1 jour avant la date limite fixée pour la demande de remboursement en remplissant la boite d’une brique du même poids. Malin !

La Souris K

Mon employé K. dit Souris m’a fait sortir de mes gonds. Avec son air chafouin qui ne dit jamais vraiment oui et jamais vraiment non, et sa façon de rentrer la tête et les épaules quand les talons claquent, il a fini par avoir raison de ma patience. Un «  maybe » de trop accompagné d’un rire bête et j’ai poussé une vraie gueulante avec un poing  sur la table et une  voix  d’orage. Souris s’est dit « scared ». J’ai peur que la confiance soit quelque peu brisée mais cela faisait quelques semaines que cela couvait. Reste que je m’en veux toujours de m’emporter. Je suis tombée  dans le panneau de  dire « So chinese ! » et « This is China ! » avec une pointe de condescendance et de lassitude qui est probablement un mépris qui ne dit pas son nom. Il faut que je me réforme sur ce point d’autant que c’est surtout de ma difficulté à comprendre et me faire comprendre des chinois qu’il s’agit.

Match point

B. est tombé amoureux d’une prof de tennis et s’est pris un méchant revers. Que lui dire ?  Il est presque impossible de ne pas être infiniment triste si l’on aime et que l’on n’est pas aimé en retour. La douleur est toujours cuisante: le dépit d’y avoir cru, de découvrir que nos  sentiments les plus sincères sont traversés par l’illusion, la blessure d’être repoussé pour des  raisons  jamais suffisantes,  mais qui, irréductiblement appartiennent à l’Autre et la certitude épuisante que nos efforts ou notre mélancolie seraient de toute manière impuissants à infléchir sa résolution, tout cela fait pleurer.  Cette femme a au moins a répondu. Son refus est moins cruel à mon avis que le silence qui dissout jusqu’au sentiment d’exister. Nous savons de quoi nous parlons.

Posté depuis Mumbai, India.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :