30 novembre

Semaine hors les murs

L’édition 2012 d’Insight India a été un bon cru, grâce aux 4 intervenants que Manoj avait invités : un Wonderboy de Wall Street revenu au pays pour monter une start-up, un gourou du marketing qui a proposé une analyse hilarante de la culture indienne actuelle ponctuant son discours de Okay compulsifs, une productrice de Bollywood à la voix rauque de fumeuse invétérée et une toute jeune femme de 20 ans qui a décrit les évolutions de l’inde rurale avec la conviction d’un Bulldozer. Du contenu et des voix singulières, voilà ce que nous voulons.

We will adjust

Mumbai m’a exaspéré. Le trafic épouvantable, la bêtise des lampistes repus de l’aéroport dont le seul talent consiste à savoir se gratter les couilles, l’abrutissement des chauffeurs de taxi, les grosses dames Mumbaikar à la mauvaise peau brouillée par trop de sucreries, les mendiants crasseux jusqu’aux yeux, les déchets partout et puis encore, LA bâche de plastique bleu.

Sur la route qui mène au sud de la presqu’île de Mumbai, se trouve une échoppe au-dessus de laquelle flotte une bâche en plastique bleue. Le dais n’est fixé qu’en un point sur un poteau branlant de sorte que la toile claque lamentablement au vent et ne protège de rien, ni du soleil, ni de la pluie. Cela fait six ans que je viens à Mumbai et six ans que je la vois. L’Inde possède un tas d’ampoules grillées qu’on ne change jamais (à quoi bon ? il fera jour demain), de robinets qui fuient (à quoi bon ? l’eau retournera bien à la mer). Le pays donne souvent l’impression de se condamner à un « we will adjust » immuable. Comme si ce monde du dehors, c’est-à-dire, les rues, les rivières, les collines ne valait pas la peine pas que l’on s’en occupe. La servante balaie et pousse l’ordure dans la rue puis s’en retourne sur le sol de marbre blanc immaculé de la villa de ses maîtres. Des vaches mâchonnent quelques herbes sèches entre des sacs plastiques et de tout cela suite un découragement sans orgueil qui chagrine ou exaspère.

Boléro by Aston Martin

Je suis allée rendre visite au département de design de Mahindra, constructeur automobile indien de voitures et de tracteurs. Le site ressemble un immense garage agricole soviétique. On est loin des studios de design high-tech de Tokyo ou de Detroit. Sur les murs du bureau miteux, on peut lire les 8 commandements du service. Le graphisme des affiches a un petit air des années 50. « Martine vise la qualité totale ». Notons que Mahindra s’est payé Aston Martin récemment et j’adore leur petit utilitaire blanc appelé Boléro et qui tient à la fois de la jeep rudimentaire et du camion du livreur de lait avec un joli feston métallique ajouré pour la touche indienne.

PalaisVent

Toponymie

Jaipur. C’est un nom qui m’avait fait rêver comme Samarcande, Alep, Bahia, ou Oulan Bathor. Il m’apparaissait chaud et poudré et faisait lever toute une ville au-dessus d’un désert blanc et or. La ville m’a plu : Un des palais les plus fameux ressemble à une orgue d’argile, l’observatoire astronomique présente un curieux ensemble de constructions scientifiques. La brique ancienne du fortin rehaussée de tendres touches de peinture rose est un baume velouté sous ce soleil cru.

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J’étais accueillie dans la famille M. qui habite un grande demeure d’un style bauhaus tropical (je ne sais pas si ce style existe mais ça se comprend, non ?). L’hospitalité indienne est merveilleuse pour qui sait accepter l’abolition temporaire de son intimité. Chaque matin, pour le morning tea, je trouvais Mme M. assise sur mon lit. J’avais peur de la vexer à me tenir là, muette, à regarder devant moi fixement pour m’accrocher au jour puis j’ai arrêté de me gêner. Le dernier jour, nous sommes allées acheter des tissus ensemble et elle m’a dit avec un bon sourire : « I like you very much ». Moi aussi.

Chameau2Chameau1

Puskar

Un guide m’a alpagué dès mon arrivée. Il se destinait à la prêtrise (hindou) et m’a demandé si je croyais en Dieu. J’ai dit oui, mais probablement pas tout à fait le même que lui. Il a dit « God is God » ce qui est exact. D’ailleurs, Dieu confirme: « je suis ce que je suis, celui qui suis, celui qui est, qui je suis » – selon les traductions ce qui ne nous avance guère. Il m’a conduit au bord du lac où un petit officiant rondouillard roulait comiquement des yeux et psalmodiait d’une voix nasillarde: good health, good business, good luck, good love, good children…. Difficile de garder son sérieux mais l’atmosphère était paisible. Une vieille indienne lavait son corps usé dans les eaux du lac. La guerre du soleil s’achevait dans une belle lumière. Des petites bâtisses d’un bleu léger trempaient comme des morceaux de sucre. J’ai vu aussi un chameau fardé de khôl et un très beau cheval gris.

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J’ai fait mon offrande, c’est ce que l’on attendait de moi. Le guide m’a laissé son adresse email : anand-clothing @…, comme quoi la prêtrise mène à tout lui, lui ai-je dit et nous avons bien rigolé. Je ne sais pas si c’est à force de vivre à la rude école chinoise mais je tiens pour certain que la plupart des gens affabulent et qu’il vaut mieux faire semblant d’y croire. La vérité n’est pas si importante après tout. Et puis, il arrive que devant l’absence égale de soupçon et d’adhésion, le charlatan se lasse. C’est la crédulité du public qui fait le bonimenteur.

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Please, don’t drive in the wrong direction 

Affublée de mon troisième œil rouge et or, je suis allée à la mosquée d’Ajmer, tombeau d’un saint de l’Islam. La mosquée est une sorte de bazar au centre duquel se trouve le mausolée. Je suis passé sous de grand dais verts couverts de sourate et je sentais autour de moi l’haleine fervente des croyants. Dans la rue, j’ai vu des femmes musulmanes, colossales dans leurs robes noires, s’avancer groupées comme un troupeau de cachalots derrière leur mâle insignifiant, suant et ventru.

Deux religions dans la journée, c’est plus qu’assez. J’ai repris un taxi pour Jaipur. Des panneaux lumineux brillaient au-dessus de la chaussée : « Please, don’t drive in the wrong direction ». Un pays où l’on invite poliment les automobilistes de ne pas rouler à contre-sens est capable de toutes les contradictions. Le chauffeur était un vrai dur du Rajasthan, nez de rapace et œil brillant. Je l’ai vu engueuler des gendarmes et des jeunes voleurs. C’est bien ce que je disais. Les indiens sont aussi des cow-boys.

Gabriel_CoupeCheveu

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