15 decembre

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Qui tient le tampon, a décroché le pompon.

Ca y est! Wei Xuan, notre petite entreprise de droit chinois est enfin arrivée après une Longue Marche administrative. Son nom (que je n’ai pu choisir que dans une liste de mots autorisés) voudrait dire Pertinent Fantastique. J’ai reçu une montagne de papiers offciels, chacun dans un portefeuille plastifié et trois tampons. Le « stamp » inspire un respect craintif en Chine, beaucoup plus que la personne elle-même. C’est qu’ici, le signifant me semble être plus puissant que le signifié. Qui tient le tampon, a décroché le pompon. Je n’ai qu’à dire: « who has the stamp here ? » pour déclencher une  débacle de moineaux effarouchés. C’est vraiment magique ! Faut que je fasse gaffe à pas perdre mes sceaux, sinon je ne donne pas cher de ma peau.

Les muets éloquents

J’ai remarqué souvent que le fait d’ignorer la langue chinoise, provoque un  mutisme compassionnel chez certains interlocuteurs  Ils me voient, comme une barbare sans voix aussi se mettent-ils  à brasser l’air comme des moulins à vent détraqués et à mugir bouche fermée un gargouillis de sons primitifs. Ils se privent de « l’effet de sens » qui produit un langage articulé.

Je me souviens d’avoir vue Iphigénie en grec ancien, une comédie dramatique en polonais et entendu les poèmes en langue arabe de Mahmoud Darwich à la radio et je crois pouvoir dire que j’ai « compris » quelque chose. Sûrement, ce que je saisissais était malmené par le jeu des associations libres mais je ne pouvais douter que j’entendais des corps parler.

Les éduens de Bibracte et l’Ontophonie

Je ne connais rien au monde des jeux numériques mais j’ai découvert cette semaine une thèse de philosophie sur ce que l’auteur, Stéphane Vial, appelle l’ontophanie « la manière dont l’être (ontos) nous apparaît (phaîno), c’est-à-dire la manifestation pure ». www.reduplikation.net.

L’auteur parle de la puissance des mondes numériques en ces termes : » ils offrent une malléabilité externe en étayage à la réalité interne qui n’attend que ça ».

Est ce que cela veut dire  qu’on attend que de prendre ses désirs pour la réalité ? Oulala, j’ai l’impression que j’attends exactement le contraire. Prendre le réel pour mon désir serait pour moi l’accomplissement ultime. C’est trop facile de passer de l’autre côté du miroir.

Parlons un peu des éduens de Bibracte. Ce nom ressemble à celui d’une guilde des mondes numériques, mais les éduens de Bibracte sont nos ancêtres celtes. Ils vivaient dans les vallées ombreuses et humides du Morvan. Ces gars là ont vraiment existé (César en parle dans la guerre des gaules) et la résonance lointaine que leur vie a laissée dans la langue et le paysage me semble, à moi, plus riche que ce que pourraient produire mes pauvres rêves édueniques.


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Mes vieux sino-corses ;

Il y a dans la résidence où je vis deux petits vieux, très très vieux, leur peau est presque transparente comme du papier bible, qui viennent chaque matin s’asseoir sur un banc pour chauffer leur vieux os de papillons. Ils sont engoncés dans des gros pyjamas molletonnés et rivalisent d’amabilités en s’offrant un biscuit, une friandise. La courtoisie est une qualité précieuse et l’on pâtit plus de la muflerie des hommes, qui est fréquente, que de la méchanceté, qui est rare.

 

Ah ! Le Cinéma français

IL y avait cette semaine une rétrospective Agnès Jaoui organisée par l’Alliance française de Shanghai. J’ai vu son dernier film «  du vent dans les mollets » en présence de la réalisatrice Carine Tardieu et d’Agnès Jaoui.

Le public chinois a aimé et je crois même qu’ils ont vu un meilleur flm que moi car allégé du poids un peu excessif des références aux années 80 (Dallas,  Coluche, la musique de « la boom », les famines du sahel)  et aussi à la mémoire de la shoah. Jaoui et Tardieu sont très brillantes, chaleureuses, belles et tout et tout.

Une prière pour I.

Je n’ai pas réussi à lui parler depuis plus d’un mois. Elle a coupé tout contact et elle est partie à Paris sans pratiquement laisser d’adresse. Chaque année, à la même époque pour l’anniversaire de B. ou le mien, nous avons droit à une bonne rasade d’angoisse pure. Quelle logique la pousse à nous préparer d’aussi mortels cadeaux ? Nous les avons trop longtemps acceptés. C’est fini. Puisse la Providence la prendre sous son aile.

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