30 décembre

Retour à Nice. J’y ai vécu dix ans, je m’y suis fait pas mal de copains. Tant que j’y vivais, je me suis dépensée sans compter pour conjurer un engourdissement qui me semblait toujours menaçant . Nice est une ville un peu trop moelleuse pour moi : j’aime mieux les endroits plus nerveux qui donnent envie de partir. Enfin, quand je reviens,  je ne boude pas sa douceur. JB, R et B m’attendaient à l’aéroport, tout sourire.

bleurose

Samedi matin à la fraîche j’ai roulé en vélo jusqu’à Cannes et retour. Le ciel était bleu et rose. Une lumière dorée et précise empoignait les remparts d’Antibes. Au loin, on voyait le passe-poil nacré des crêtes enneigées. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait tourner les jambes et l’ascension de l’avenue Gambetta au retour m’a fait l’effet du Galibier.

remparts

J’ai rendu visite à F. qui tient une galerie d’art et de poésie dans une rue laide du côté de l’Acropolis. C’est un jeune poète plein de vigueur et de talent. J’ai toujours écrit des poèmes mais timidement. Depuis deux ans, je m’y adonne un peu plus. Il faut dire que la Grande Dépression a éteint le petit feu patient qu’exige l’écriture des textes longs. Je préfère les formes plus denses, plus instinctives. F. dit que « la poésie est un art de tirailleur ». Cette échappée vers le poème a eu un effet positif ; elle m’a guéri de l’admiration obligée du Roman.

clubJZ

Retour sur Noel. Seule à Shanghai, nul n’avait songé à m’inviter, et toutes les personnes que j’avais contactées étaient déjà prises. Faute de cyanure dans l’armoire de la salle de bain, j’avais décidé de sortir avec le vague projet d’aller prier Dieu un peu puis d’écouter de la musique au JZ club puis de mourir de froid car c’est la mort la plus douce, dit-on. Au club, je suis tombée sur Al, mon ancienne stagiaire russe et une de ses amies. Al. est une Junon slave avec des yeux clairs merveilleux ; l’autre, une rousse toute fine à la peau de lait, semblait tout droit sortie de la Cerisaie.  Elles étaient déjà bien éméchées et avaient jeté leur dévolu sur le saxophoniste vedette, un grand escogriffe ébouriffé dont les contorsions spasmodiques me rappelaient Valentin le Désossé. Je ne suis pas restée jusqu’au bout mais j’étais déjà sauvée. C’était mon petit conte de Noel. Les contes de Noel sont toujours des histoires tristes. On se réjouit du «happy end » dans lequel nous n’avons aucune part, on oublie très vite le malheur inaugural dont nous sommes visiblement la cause. Oui vraiment, Dieu seul est bon. A Noël, on peut bien parler un peu de Dieu, non ?

Le peintre russe et le bol de nouilles. Un peintre russe de Shanghai s’est lancé depuis quelques mois dans une performance appelée «échange culturel ». Le principe est simple. Il peint des portraits en échange de cadeaux. La plupart des gens offrent des présents d’une certaine valeur. Cet été, Al  la petite stagiaire ruskof, s’en était ouverte devant Souris, mon ex-employé chinois. Très intrigué, il a voulu tenté l’expérience. Al m’a raconté qu’après avoir confirmé dix fois son rendez-vous avec le peintre, il lui aurait offert un bol de ‘noodle soup’ (30 cents dans tous les Family Mart).

I. s’enfonce dans le déni complet des événements récents, multiplie les promesses d’amendement. Au téléphone,elle tente une manœuvre de diversion: « il ne me reste plus qu’à mourir ». Soit. En attendant, B et moi voudrions bien vivre.

Photo vedette: Rollo, Tableau d’Abraham Cruzvillegas.

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