5 janvier

J’ai passé une fin d’année itinérante chez une amie de jeunesse, puis chez une camarade de vélo et enfin chez ma cousine. Avec l’une je parle des mondes invisibles, avec l’autre je cours la campagne, avec la dernière enfin, j’époussette les névroses familiales. Trois femmes, trois paysages du Sud de l’ample couloir rhodanien au mont Faron.

L’Ardèche où vit C. est une ébauche de Provence:  sa cousine mal dégrossie et velue. J’aime les volets blancs des hautes maisons de pierre, aussi austères que des fortins ; j’aime l’odeur des bois fumant dans l’air humide. J’aime aussi les brouillons de ciel et ce bleu pâle transparent à peine sali de nuages mauve et rouille,  tout gonflés de pluies et infusés de lumière. Je suis partie courir pour fêter la nouvelle année. Il pleuvait. La route serpentait entre les pins, les châtaigniers et les maisons de ciment  distillaient un découragement infini. Derrière la colline, s’étendait une zone commerciale où l’on trouve en province des salons de coiffure aux noms étranges : un Absolutif’ sur la route de la Bégude m’a laissé perplexe.

Vers Aix, le ciel se purifie et se durcit. Quand le soir tombe, la Sainte Victoire luit comme un visage, nu, mutique et minéral. Ce qui me plait ici, ce sont les noms: La Bouilladisse, Belcodène, Gardanne. Je me gave de toponymes. S qui est pédiatre m’a raconté qu’elle avait diagnostiqué un enfant souffrant du Syndrome d’Asperger. Il connaissait à trois ans les statistiques détaillées des naufrages de paquebots depuis le Titanic et à quatre ans, tout ce qu’il faut savoir sur les pots catalytiques.

A Toulon, la mer est partout en embuscade derrière toutes les collines. Avec Ct, Je suis allée rouler en VTT sur les hauteurs de Carqueiranne. J’ai fait un soleil et pris une boite. Un type nous a suivi un moment en courant. Ct a dit qu’il l’aurait pu nous accompagner jusqu’au bout du monde. Heureusement pour lui ce jour-là le bout du monde n’était pas loin.

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A Nice, les vœux d’Estrosi ressemblent à des condoléances : « croire encore en l’avenir ». C’est banal de le dire mais ce vieux pays français est si fatigué de lui-même!  Il se veut désespéré et s’applique à l’être avec une rage qui surprend. Pourtant chacun s’adapte quoiqu’on en dise. Alors comment se fait-il que nous ne puissions pas accepter les conséquences des transitions dans lesquelles nous sommes embarqués et que nous les ressentions toujours comme un déclassement.

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Mon ami P. a fini sa grand ’œuvre : une bande dessinée de 500 pages qui relate la découverte de l’Australie. Il n’a pas encore accosté tout à fait de cette grande traversée. L’énergie phénoménale qui l’a littéralement soulevé ces derniers mois pour terminer son ouvrage peine à s’employer à nouveau Il a connu bien des naufrages et nous avons parlé de mal de « trucs et astuces » de l’artiste en déroute. Il a dit notamment qu’il fallait parcourir sa généalogie artistique, c’est-à-dire se constituer une filiation rêvée pour s’y inscrire et recevoir d’elle une forme d’héritage. Nous nous sommes déjà trouvé un grand-père commun en la personne de Flaubert mais pas pour les mêmes raisons.

Il demande : quels sont tes objectifs pour 2013 ? A quoi je réponds : Domination du monde. Cela n’engage à rien.

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