11 janvier

Une histoire de vide. Semaine parisienne.

intercontinental

J’ai revu beaucoup d’amis. Ces rencontres m’ont enveloppé d’une houppelande chaude et vivante: je me sentais comprise et cela ne m’arrive pas si souvent. Il m’a semblé aussi que ces retrouvailles ont fait lever en moi une vision plus vaste. Je connais donc des gens qui sont parvenus à s’incarner, à se fabriquer une existence concrète, bonne et singulière. Pour moi qui me sens si souvent immature, à courir derrière ma vie sans jamais  l’attraper, pour moi qui s’effraie encore quand le néant me frôle, voilà qui est profondément réconfortant.

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J’ai vu l’exposition Hopper et j’ai été impressionnée par la lumière très travaillée des tableaux. J’ai regardé longuement ces flots impalpables de lumière naturelle  qui se cognent au faisceau dru de l’éclairage électrique. La lumière peinte est une matière étrange. Un des derniers tableaux est une chambre vide avec un losange de lumière posé sur le mur. Très pur. J’ai acheté la carte postale ainsi que deux autres reproductions  d’un style plus classiquement «hopperien » : un « diner » où deux femmes se font face. L’une est en vert le visage fardé, empourpré  par l’éclat des néons. Et puis une gravure d’une vue plongeante d’une rue la nuit,  saturée de suspens cinématographique.

I. a été transférée du 20ème dans un établissement du 10ème et j’ai fait partie du convoi. Le chauffeur ambulancier était un type massif, glabre et blanc comme un œuf dur. J’ai deviné qu’il était Anglais car il disait ‘certain’ avec un délicat accent d’oxford. Son collègue était un black natif de Rouen. le black a dit à I. qu’elle avait de beaux yeux bleus et quand j’ai dit qu’elle les devait à ses origines polonaises, cela lui a semblé tout à fait évident. J’ai ajouté in petto : elle n’a pas que les yeux bleus des polacks, elle en a aussi la descente en pente d’arrosoir. Passons.

A destination, les infirmiers s’agitaient en tout sens (un appel téléphonique, une bise à la collègue, une porte à ouvrir), oublieux de tout, accablés d’un rien (une imprimante défectueuse, un dossier à ranger) puis soudain rendu péremptoire par le souvenir électrisant de leur toute-puissance. Une comédie absurde dont nous étions les spectatrices exténuées.

On a interdit à I. d’aller fumer dans la cour, puis on l’y a autorisé ; on nous a promis de l’eau qui n’est jamais venue, on a établi l’inventaire complet de ses effets comme si c’était la chose la plus importante du monde et enfin, comme je demandais à quel étage nous nous trouvions, une petite infirmière a dit qu’on était au 7eme. Comme je m’étonnais (je suis déjà venue ici pas mal de fois), elle a susurré vaguement honteuse : j’ai juste dit cela «pour rigoler ».

Une question juste pour rigoler: qui est fou ici ?

I. m’a parlé de Harry qu’elle a retrouvé en ces murs et qui est dit-on, le fils caché de Delon et Nico. C’est un homme qui a poussé tout tordu. Il a lui aussi des yeux bleus magnifiques brouillés par une larme de lait.

En attendant le médecin, I m’a dit encore une fois qu’elle cherchait à se remplir parce qu’elle sentait vide. Je lui ai dit que le vide pouvait être une chance. Elle m’a regardé incrédule. Je me suis expliquée en deux petites phrases très nettes.  Je me parlais peut-être qu’à moi-même mais je savais de quoi je parlais et pour une fois, je n’y ai mis aucune passion amère. Elle m’a concédé en me regardant étonnée: « finalement, tu es assez mûre ». Je lui ai proposé mes cartes postales de Hopper et comme je m’y attendais un peu, elle n’a pas voulu gardé celle du grand vide lumineux.

B. m’a fait rire aux éclats avec le récit drolatique d’une séance d’acupuncture avec Mme Wu. Elle lui a brossé le corps avec un peigne en corne d’auroch (dixit) pour révéler les toxines qui s’y étaient accumulées.  Il en est revenu tout libéré avec un sourire radieux (j’ai eu des gargouillis, dit-il, tu te rends compte !). Bravo Mme Wu. Et bravo aussi à Mme Kim qui excelle à débloquer les problèmes personnels.

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