26 janvier

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Le weekend dernier, la neige est tombée en abondance dans le haut pays. J’ai pris le bus pour Isola pour 1 euro. Le chauffeur s’appelait Jean Marie; il était volubile et bondissant comme un ragazzo. Avant d’attaquer la montée vers la station, il est sorti poser des chaines. La neige tourbillonnait, le paysage s’enfonçait dans un silence de coton. A son retour, trempé, il s’est déshabillé sans façon devant les voyageurs. Nous, les filles, on gloussait.

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J’ai écrit un nouveau poème. C’était un petit cheval sauvage qu’il fallait débourrer et j’ai commis l’erreur de l’envoyer trop tôt à mon ami A. Il a pris peur et s’est exclamé : « la vache ! ». Je m’en suis voulu d’avoir lancé mes banderilles glacées et troublé son après-midi capitonnée comme un club anglais. Mais quoi ! On écrit pour briser la glace au fond de soi. Heureusement, c’est un garçon solide et qui ne craint pas les courants d’air. Je n’ai pas été jusqu’à lui avouer qu’on cogne avec une hache. A tort ou à raison, je suis contente de ce poème « vache ». J’ai repensé à cette scène du film De rouille et d’os que j’ai vu récemment. L’homme se casse les mains sur un lac gelé qui a englouti son enfant. Une seconde d’effroi suspend sa hargne mais il n’est pas concevable qu’il s’arrête.

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Je suis allée courir sur la promenade des anglais et j’ai vu trois types massifs, vêtus de sweat-shirts à capuches lever la jambe en cadence face à la mer et sous la lune. Sur la veste du meneur de revue de ce French Cancan balourd était inscrit Club de Boxe Thai.

J’ai reçu J et S à dîner  Couple homo très uni, ils ont été choqués des récents débordements homophobes mais paradoxalement  impressionnés  par la capacité de mobilisation des foules. Sur ce sujet du mariage pour tous, j’ai évolué comme beaucoup, d’une position gentiment conservatrice fondée principalement sur le constat d’une « normalité » statistique de plus en plus contestable (le mariage c’est entre un homme et une femme, la famille c’est un papa et une maman qui font des enfants et les élèvent)  à la reconnaissance raisonnée de la diversité des conditions.

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Nous, les français, nous avons du mal avec la diversité. Notre idée de la République, de la laïcité et surtout de l’égalité est née de la simplification réductrice des particularités. Cela nous fait oublier qu’il y a depuis toujours dans ce pays, « mille et une façons de vivre et de mourir ». Aujourd’hui, la difficulté se situe dans l’apprentissage du divers, sans relativisme complaisant, et de son inscription visible dans un principe plus vaste d’égalité. A mon avis, les manifestants défendaient moins des principes que leur « normalité » menacée, cette caution inavouée de leurs choix identitaires.

A ma modeste mesure, j’ai ressenti un jour cette crispation chez une mère de deux enfants qui m’a dit que « si je venais à mourir par accident, tout le monde s’en ficherait ». Que nul enfant n’ait à pâtir directement de ma mort, c’est un fait. Cependant, j’avais été sur le moment blessée que ma vie, à ses yeux , ne soit pas digne d’être pleurée parce que je n’avais pas de progéniture et qu’à l’inverse, le fait d’être mère suffisait à justifier son existence.

Si quelque chose me gêne encore un peu dans cette histoire c’est quand on parle du « droit à l’enfant ». J’ai toujours du mal avec cet impensé du «droit » qui incidemment devient un « dû ». J’ai le pessimisme sec: le monde ne nous doit rien.

Images

‘Snow pallet III’ in the front garden of yuki sekiguchi memorial art museum by toshihiko shibuya. image courtesy of courtesy of clark gallery + shift via Designboom

The geometry of conscience memorial by Alfredo Jaar via Designboom

De rouille et d’os, Affiche Lautrec

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2 Commentaires

  1. Si tu venais a mourir par accident, quand tu mourras et si je ne meurs pas avant toi, je ne m’en ficherais/ ficherai pas. Le parallele box thai/ French cancan sur la promenade des Anglais m’a bien fait rire. Merci 🙂 Christine perdue dans la Sierra en attendant d’attaquer la cote de Mirkwood.

    1. Merci christine 🙂 on se garde des places derrière le corbillard (pas tout de suite quand même). Comment va la vie en Californie ? Bisou à jean manuel.

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