9 février

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Je me suis écartée le temps d’un weekend du tourbillon grisant des amis avec l’idée un peu bête de me « sevrer » avant de revenir la Chine. Je crois qu’il serait temps de ne plus parler de la Chine comme d’une terre de solitude. Mon sentiment d’exil tour à tour voulu, subi et sacrificiel a été bien réel mais il m’a servi autant que je m’en suis plaint  et j’ai pu pleurer sans vergogne beaucoup de larmes rentrées.

J’ai fini Le diable tout le temps de Pollock, roman obsédant dont j’ai été crachée à l’aube, tout gluante du mal que j’y avais lu et pire, compris. On croise parfois aux Etats-Unis des pauvres types, vivant en horde, la tête farcie de folles croyances. Lors d’une promenade dans les forêts de Pennsylvanie, dans le grand incendie des couleurs automnales, j’étais tombée sur un campement de marginaux. Il y avait là des femmes édentées et grisâtres, les yeux brouillés par la marijuana, des hommes gorgés de bière qui sortaient torses nus suant de tipis crasseux où ils prenaient des bains de vapeur et des enfants  dépenaillés qui courraient tout autour en faisant voleter les feuilles mortes. Je m’étais sentie gênée et j’avais refusé la bière qu’on me tendait, passant mon chemin, un peu honteuse de ma frousse. Aujourd’hui, je les vois comme des clochards célestes à côté des dégénérés de l’Ohio décrits par Pollock. Ce livre exhibe une de mes peurs les plus vives : la perte du rapport à soi et donc de l’expérience morale.

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J’ai réuni  un ensemble de poésies récentes dans un recueil  appelé Linceuls.  S. a lu « l’un-seuls », parce les Lacaniens ne peuvent pas s’en empêcher et A. a fait remarquer que j’ai collé un ‘s’  car elle est fine mouche. Avec ces «pièces de toile dont on enveloppe les morts avant de les ensevelir » se termine peut-être un journal de deuil.

Court voyage à Paris et son lot de brèves et de fables.

Dans le métro, j’ai observé les voyageurs avec cette belle phrase de M. en tête : «  j’ai trouvé le son de mon être ». J’ai écouté la musique des corps : les cymbales tonitruantes des jeunes excités, le violon pleurnichard des employés malmenés, la stridence des fous et puis le son mat des gens originairement  ennuyés.

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A La FNAC, j’acheté des livres pour I. et j’ai vu dans la file d’attente, un type aux yeux effarés qui serrait dans ses mains Le livre du lâcher prise.

Un couple s’embrassait devant le tour Saint Jacques et il n’est pas exclu qu’il ait été payé par la mairie de Paris pour soutenir auprès des touristes la réputation de la Ville Romantique  malgré le  froid polaire.

Au Monoprix de Belleville, une vieille dame regardait la balance sans trouver le pictogramme de la banane. Le vendeur, doté d’un certain raffinement dans la cruauté, lui disait  « deuxième colonne, troisième rangée », comme pour l’inviter à une bataille navale potagère qui la perdait un peu plus. J’ajoutais pour finir « et surtout n’appuyez pas sur le gros bouton carré car c’est l’autodestruction assurée ».

A part ça, le Burkina Faso s’est qualifié en battant le Ghana pour la finale de la Coupe d’Afrique des nations et selon les spécialistes, c’était un exploit.

Photos: Agnès Martin dans son atelier. Knockemstiff 1950. Metro Chatelet via Flickr

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