16 février

Retour à QinqXi Lu. Shanghai est encore vide en ce dernier week-end de vacances où des centaines de millions de Chinois prennent d’assaut trains, bus et avions pour retourner dans leur village natal et célébrer l’entrée dans l’année du Serpent. Les rues sont froides et grises. Cà et là, on aperçoit une traînée de poussière rouge : c’est la cendre des pétards qui éclatent en rafale à la nuit tombée. Les explosifs s’achètent en cartouche comme des orgues de Staline miniatures et colorées. Un artiste chinois Jiang Zhi en avait fait une installation à la biennale.

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Dans l’avion de Nice à Paris, je suis tombée sur F., pilote de ligne, qui partait pour Sao Paulo. Il m’a parlé un peu de sa vie.  La familiarité affichée des pilotes et équipages m’avait fait croire dans la solidarité des aéroportés. Ben non ! Voler régulièrement avec des collègues n’est pas encouragé pour maintenir une certaine défiance réciproque, gage dit-on, de sécurité. De sorte que la « grande famille » des gens de l’air n’existe que le temps d’une escale. Leurs rapprochements sont alors fugaces et fébriles comme ces secrets que l’on confie, dans un train, une nuit, à un compagnon de voyage qu’on ne reverra plus. Certains pilotes paient cher le rêve de voir le monde. Ils ne dorment plus du tout et deviennent fous.

Avant de partir j’ai revu F. et V. qui m’ont reçu dans leur loft-galerie-logis dominé par la présence hiératique d’un volumineux chat aux yeux verts et animé par les entrechats d’une tendre perruche. On a parlé de poésie, de la numérotation des gravures et de Fidel Castro à qui V. voue une admiration inexplicable.

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Quelques formalités à effectuer m’ont valu un dernier tour des administrations (greffe, impôt, annonce légale…)  Et ce zeste de stress, légèrement parano, instillé par  la moue suspicieuse du préposé traquant le document incomplet, la date manquante, le libellé incorrect comme un inquisiteur la marque du diable sur le corps de l’hérétique. Son visage s’éclaire d’un petit sourire doucereux quand il a trouvé un os à ronger- ce qu’il trouve toujours –  puis se renfrogne à nouveau car, par je ne sais quel miracle, j’avais TOUT pris avec moi « aukazou » et là, bingo, c’est encore un p… d’aukazou ! Je crois que le jour où je pourrais garder un calme olympien de bout en bout (sinon ça compte pas) au pôle enregistrement du service des impôts, j’aurais compris une des grandes leçons du ciel.

playtime

Un dernier entrainement de course à pied mardi soir. 3 fois 1500 m à fond sur le front de mer. Douze copains étaient présents bravant la nuit et le froid car, ont-ils pris soin de préciser,  « on voulait être sûr que tu partais bien » !  Voilà ce qu’on appelle la tendresse sportive ! Après on est allé manger des pizzas et boire des demis. S. a raconté des blagues salaces, O. a dit qu’il cherchait une fille aux jambes longues pour perpétuer son génotype tout en compensant ses pattes arrières qu’il juge un peu courtes, E. a taquiné le serveur qui, beau joueur, lui a apporté un simple bout de pâte cuite au four, R a piqué du nez, bref….as usual, on s’est bien amusé.

Sinon, j’ai ramené six kilos de livre. De quoi tenir un siège.

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images: Jiang Zhi, Durer, Playtime (Tati)

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