16 mars

Comment dire?

Deux jours à Hong Kong cette semaine où j’ai donné une présentation sur les tendances du printemps 2014 dans un énième salon du textile. J’avoue que j’ai de plus en plus de mal avec l’exercice de « storytelling » convenu de ces séminaires. J’aime encore parler du «comment » des choses – comment est fait cette robe ? cette voiture ? ce sac de sport? mais le « pourquoi »  ne me tient plus. J’en ai marre du « décryptage » de la réalité dont je  ressens douloureusement l’artifice. Avons-nous oublié qu’il faut plus d’imagination, de modestie et de témérité pour parler du réel? Je m’en suis ouverte à deux collègues japonaises rencontrés lors du dîner de gala. Les pauvres ! ce que j’ai pu être chiante et elles étaient si polies. L’une d’elle, frisée comme un caniche, a dit pour finir : « c’est aigu ce que tu dis ». Pardon Mesdames, quand je suis fatiguée,  je devrais la mettre en sourdine.

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Henry et moi

J’ai rencontré D. au bar Causette de Hong Kong. On y accède par un escalier de marbre noir de Carrare rehaussé d’or qui est au minimalisme ce que la foire du trône est à la danse bûto.

Soucieux de tout savoir sur la Chine, D. a assisté à une conférence organisé par je ne sais quelle banque internationale avec Kissinger en vedette américaine. Incroyable comment les décideurs d’aujourd’hui sont fascinés par ces vieilles gloires (Kissinger est né en 1923 !). L’aura  d’un pouvoir ancien doit rassurer les nouveaux maîtres du jour. Moi je n’irais pas demander à Kissinger des nouvelles fraîches de la Chine, comme je n’irais pas demander l’état de la calotte glacière à Paul Emile Victor – paix à son âme!

Le divin Henry a raconté pour la millième fois surement sa visite préparatoire secrète en Chine en juillet 1971, ouvrant la voie à une rencontre historique entre Mao Zedong et Richard Nixon. Il ne disposait que de 48 heures à Beijing. Les chinois l’ont fait poireauter 24 heures en lui imposant un repos forcé, une visite guidée de la Cité interdite et deux banquets avec papotage obligatoire sur la poésie traditionnelle chinoise. Lui trépignait, voyant filer le temps. Puis dans les dernières heures de son séjour, après avoir rédigé un communiqué très diplomatique qui célébrait le futur dialogue de deux grandes civilisations américaine et chinoise,  il se rend chez Mao qui lâche laconique : « who wrote that piece of shit ? »  Et Mao de dire que c’est précisément par ce que le Chine est contre la démocratie, l’entreprise privée, la liberté individuelle, bref tous les fondamentaux de l’Amérique que la Chine et les USA doivent discuter. Conclusion d’Henry : en Chine, on commence par perdre son temps mais après on peut parler sans détour.  C’est pas faux.

Maltraitance informatique

Depuis quelques semaines, les affaires courantes me prennent trop de temps et ces petits riens finissent par former une pelote de soucis  qui m’étouffe.

Le 12 mars appartient sans conteste à la catégorie des journées classées  »foireuses ». Mon ordinateur a planté, j’ai traversé la ville à l’aube pour me rendre dans un pince-fesse ennuyeux et stérile, ma carte bancaire a été bouffée par un méchant distributeur et j’ai dû prier pendant une demi-heure un employé de banque très zélé pour qu’il daigne me la rendre sur la foi de mon seul passeport. Je constate que deux emmerdes  sur trois relèvent de la maltraitance informatique. Quelle rage impuissante nous cause le silence buté d’un appareil électronique défectueux!

Est-ce qu’un paysan du Moyen-Age râlait autant contre sa charrue cassée ? Est-ce qu’un mécanicien d’automobile des années 20 pestait contres des pistons récalcitrants ? Sûrement oui mais je pense quand même qu’ils pouvaient croire en une réparation possible. La prévenance des objets est devenue moins grande à l’ère technologique.

J’ai envoyé successivement trois propositions d’embauche à trois candidates qu’elles ont refusées car  elles avaient déjà dit oui ailleurs. Je n’ai pourtant pas lambiné. Tout est à refaire. Cela m’a rappelé La conscience de Zeno de Svevo dans lequel le héros se voit refuser en une demi-heure deux demandes en mariage par deux sœurs à marier pour se fiancer in extremis avec la troisième de peur que les refus précédents lui procurent une nuit d’insomnie.  La scène est hilarante. Ma vie aussi a toujours été très amusante sur ce point précis du refus.

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Morbleu ! 

Mon frère m’envoie une petite vidéo dans laquelle son fils de 5 ans A. s’amuse dans la neige Place des Fêtes à Paris. Il cherche une hache pour, dit-il, couper du bois. Les traditions se perdent dans cette famille !  De mon temps, on allait chercher du hasch Place des Fêtes. A. n’est pas seulement un bûcheron en herbe. C’est aussi un linguiste distingué. Il déguste des ‘Monsieur-Croque’, morigène les ‘malautruches’ (ces drôles d’oiseaux mal éduqués, comme chacun sait) et croit que Morbleu ! est un prénom.

Je suis retournée au marché couvert de le rue HongQu. Les étalages offrent une diversité stupéfiante et c’est un plaisir que d’essayer des nouveaux légumes. De longues tiges terreuses et barbues m’intriguent en ce moment. Une enquête est en cours pour déterminer ce que c’est et comment ça se mitonne. Les marchands de HongQu sont comme partout des personnages hâbleurs et énergiques. Un jeune forain, très marrant, porte un chapeau plat en carton des diplômés des universités américaines. Il doit avoir un Phd en Patate douce.

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