23 mars

Double jeu, double face.

En Chine, Il est fréquent d’avoir des réunions le week-end et dimanche dernier, je me suis coltiné un meeting avec un énorme groupe (3600 magasins en Chine) de mode masculine en quête d’identité! Condamnée  comme souvent à la contemplation silencieuse, je regardais tous ces gens qui tapotaient sur leur Smartphone et ne prêtaient qu’une oreille distraite aux questions et aux réponses. Les gens ici jouent à la mode comme on joue à la dînette.

J’ai envoyé S. assister à un débat sur le tissu en Chine et lui ai demandé à son retour ce qui s’était dit. S. me lance : « les designers chinois vont importer plus de tissus européens car ceux-ci sont de meilleurs qualité et plus créatifs ». Mazette ! C’est Montebourg qui aurait été content ! Je la regarde interdite et lui dit qu’elle n’est pas sans ignorer que  l’industrie textile a quasiment disparu en Europe et qu’à l’exception de petits métrages pour la haute-couture, rien n’annonce la renaissance des filatures de Roubaix.

Vexée comme un pou, elle avoue alors que le type qui s’exprimait, un certain Frankie X.,  était chargé de faire venir des tisseurs européens en Chine. Je pige. Il les flattait donc, dis-je. Elle acquiesce.  Je passe ma vie à lui faire perdre la face, la fameuse « mienzi » et à souligner  les contradictions de son discours pour qu’elle retrouve sa tête.

La bonne blague de la face!  Chez la plupart des êtres vivant en société, un zeste d’honneur et le sens du ridicule subsistent. Je ne connais pas d’endroit sur terre où l’on aime être moqué ou contesté en public. Pourtant, je soutiens que la tyrannie supposée de la face en Chine est une manière habile d’instrumentaliser  les codes de la politesse  et de susciter un sentiment de culpabilité, de confusion ou d’infériorité chez l’interlocuteur, en particulier étranger.

Forte de ce constat, je prends moi aussi des airs outragés, brandit  mon honneur froissé quand cela m’arrange et invite les chinois intrigués à lire les Trois mousquetaires pour savoir ce qu’il en coûte de se frotter à d’Artagnan. Si face il y a, elle est toujours double.

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Ted de con.

De loin en loin, je visionne des vidéos de TED. Certaines vidéos suscitent parfois des commentaires si ahurissants qu’il semble que le Messie soit descendu du ciel et qu’on n’ait pas été prévenu. Le format  TED s’est imposé en quelques années comme la référence en matière de présentation orale réussie. Voyons cela.

En général, ça commence par une harangue d’au moins 5 minutes contre l’imprévoyance humaine – ici on est prié d’insérer quelques faits saillants sur la dette financière, la surexploitation des ressources, la malbouffe ou les inhibitions psychologiques…- qui condamne l’humanité à plus ou moins brève échéance. Cependant, pour détendre un peu l’ambiance, on aura le bon goût  de semer de ci de là quelques « cracking jokes » assorties de photos. [Rires]

Puis, le silence revenu, et avec lui l’angoisse de l’avenir, on sortira le salut du chapeau : ici on peut parler des robots, des bactéries, de la compassion, des nanotechnologies, de la  nourriture saine, du  jeu vidéo, de la méditation. Ouf ! On respire. La grand-messe est finie en 18 minutes. On replie ses jolis slides ailés et on s’envole  vers un monde meilleur.

Mais qui sont ces gens et pourquoi nous prennent-ils pour des cons ?

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Revenantes et nouveau venu

Histoire d’O.

O. est une ancienne associée. Je l’ai croisée lors de son passage à Shanghai après 7 ans sans la voir. Elle vit désormais en Asie du Sud Est. Elle vient de lancer une nouvelle activité de conseil fondée sur l’évaluation de la culture d’innovation en entreprise. Ses graphiques ressemblent à des relevés de température. O. est habile  (elle serait parfaite à Ted) mais j’ai baillé un peu : l’inflation du diagnostic  est trop souvent l’alibi de l’inaction.

Reste que j’ai pour elle beaucoup d’amitié et admiration. C’est une fille qui joue avec le feu et ne sait pas résister à la tentation de séduire. Elle devrait savoir, pour l’avoir chèrement payé, que l’alliage du sexe et du business est instable mais elle continue.

Crainte de I.

Pour mon travail,  je lis souvent des thèses et je suis tombée sur une thèse récente  sur l’influence du japon sur le système de mode chinois. Le nom de  la thésarde me disait quelque chose. Je lui ai écrit. Il se trouve qu’elle vit à Shanghai depuis 8 mois. Nous nous sommes rencontrées. Mon enthousiasme l’a effrayé alors qu’elle se sent vidée par ce long accouchement de 6 ans de travail. Je viens trop tôt.  Elle craint que je ne lui vole ses idées. Elle a raison mais ce que je prendrais peut-être ne lui sera pas ôté. Si je lis son travail, et qu’il me plait, il va m’instruire, me nourrir et je vais m’en servir. Peut-il en être autrement?

B.

B. est un jeune dessinateur russe. Il est natif de Rostov-sur-le-Don qui est loin de Gif-сюр-Иветт  (Gif sur Yvette) comme dit mon frère. Nous avons commencé un échange de dessins et de textes. Je crois qu’on est content tous les deux de notre jeune collaboration.

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Евгений Бондаренко G. Bondarenko, 2013

Sources: Micheal Wolf, via androphilia, dessin de  G. Bondarenko

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