13 avril

En roue libre.

Je goûte depuis quelques semaines une sorte d’insouciance qui finirait presque par m‘inquiéter. Pour les mélancoliques chroniques de mon espèce,  le sevrage de la douleur creuse en soi un vide étrange et bienfaisant qu’il faut apprivoiser.

Je me consacre en ce moment à deux projets de recherche et me trouve  dans cet état de commencement où le vertige des possibles n’est pas encore contraint par la pression des échéances. L’un porte sur le système de la mode en Chine. La quantité de pages déjà écrites sur le sujet m’affole.  Il excède probablement celui cumulé de tous les romans d’amour. Pour me dérouiller, j’ai mené quelques interviews depuis deux mois auprès de professionnels de la mode chinois et j’ai vite déchanté. A la plupart de mes questions, mes interlocuteurs répondent « I don’t know» ou mieux encore, « I don’t care ». Je me suis demandé si mes questions étaient incompréhensibles ou indélicates mais non ! elles sont banales. C’est d’ailleurs avec une simplicité débonnaire que qu’on me confie  n’avoir rien à dire sur le sujet.  Dont acte.  La Mode en Chine est un gagne-pain, ô combien profitable,  avant que d’être un art ou même un sujet.  Et puis, je constate à nouveau que la pensée chinoise n’est pas tellement tournée vers l’explication. Moi, en bonne occidentale,  j’ai la passion de l’exégèse. Je vois, je veux voir, des causes et des effets partout. Le délire interprétatif me guette et  c’est un point aveugle de la pensée sur lequel je bute souvent ici. Un dessin de B. le donne à voir.

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Le taxi est un vieille Vista Santana couleur lie de vin. Le scooter électrique est couvert de plusieurs de couches de ruban adhésif jauni. Nous sommes à Shanghai. Pourtant ces lignes convergentes ne sont pas d’ici.  Ici, quelqu’un s’avance tout près ou regarde de loin, se rabat au centre ou se range sur le côté, regarde en haut ou en bas. Personne ne peut se tenir en un point et regarder à l’infini. La seule perspective possible est mouvante. Il n’y pas de point de fuite.

L’autre projet porte sur la perception de la couleur en Chine. A quoi pensent les chinois quand ils voient rouge ? Là, j’envoie du lourd comme on dirait du côté de Nice. Bref, ces temps-ci, je nage dans les gros bouillons de l’inter culturalité.

Sortir de la matrice

J’ai lu un papier du New Yorker *qui relatait l’annonce par le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg du lancement de son nouveau produit Home. * S. me dit que l’article est un pastiche. Ouf !  mais  ce n’est pas trop loin, à mon sens , de la vérité vraie.

http://www.newyorker.com/online/blogs/borowitzreport/2013/04/facebook-unveils-new-waste-of-time.html

“At Facebook, we want to be a million voices inside your head. After using Home for several weeks, you will have no life. At Facebook, we will never stop striving to replace real experience with something soulless and empty.”

Ses propos m’ont paru d’une honnêteté brutale et largement involontaire car  Zuckerberg ne manie pas très bien d’ordinaire  l’exercice de l’ironie. Personnellement,  je n’ai pas l’intention d’accepter dignement ce que l’on nous présente comme inéluctable, c’est-à-dire qu’il n’y plus rien à faire et que notre espérance à vivre est vaine. Frères humains ! Le salut n’est pas dans le shopping.

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Le garçon chinois attend le chaland assis dehors devant le seuil de son échoppe. Il s’ennuie. Sa tête est penchée sur son téléphone où il suit, avide, la vie de jeunes gens qui comme lui baillent d’ennui devant le seuil d’autres boutiques de la ville. Deux poules caquettent. Nul ne s’envole vers l’azur.

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Image vedette Martin Parr, dessins de Евгений Бондаренко

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