20 avril

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Conversation au bord du vide

J’ai appris  récemment que sur le flanc des statues du Bouddha – oui, oui ces gros pleins de soupes rigolards qu’on voit dans les restaus chinois – est écrit : « Un ventre énorme afin de contenir tout ce qu’il y a d’insupportable sous le ciel, une bouche rieuse pour rire de tous ces gens peu dignes d’estime sous le ciel. »  Les humains sont donc ridicules depuis  longtemps.  Bouddha doit bien goberger en France en ce moment. Tout me semble devenu si dangereusement affirmatif. Il n’y a plus de place au doute et finalement à la vérité dont le signe le plus manifeste  est la liberté qu’elle nous donne de penser contre elle. Quel climat délétère ! Dans ce genre de situation,  on se tait mais avec la désagréable sensation de le faire bêtement.

Nous avons vraiment besoin de poésie et de philosophie. Ce n’est pas une blague. Que B. soit ici remercié d’avoir mis sur ma route le grand poète Alexandre Vvedenski. «Je vois la nuit rebrousser chemin »

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Let’s keep in touch

Semaine de pince-fesses mondains. Je varie les tactiques de pêche à la carte de visite. Dans une réunion sino-américaine sur les médias en Chine,  j’ai croisé  un big boss de MTV. Il nous a parlé d’un air faussement modeste des bonnes blagues de Bill (Clinton) et de la simplicité sophistiquée de Dailai (Lama) –  à la télé, on aime le name dropping – fini par quelques leçons de vie dont je ne peux taire plus longtemps l’ultime envolée: «to be good is good for business ».  Ben mon vieux, voilà ce qui s’appelle une épiphanie tardive après toutes les saloperies qu’il a  avouées avec gourmandise avoir faites pour passer ses clips  en Arabe Saoudite ou en Chine!

J’ai traîné dans une conférence automobile et ramassé du menu fretin, quelques touches et  de bons spécimens de râteaux. Le râteau anglais est inégalable. On regarde froidement son interlocuteur comme un morceau de jambon d’York avarié et lâche, bouche pincée : «fantastic ! » en tournant les talons. Le râteau yankee est plus patelin : on touche le coude tout en serrant la main puis avec un sourire publicitaire planté de dents blanches et régulières, on glisse: «We keep in touch ».

Dans ces raouts, je commence à croiser des chinois pour la deuxième ou troisième fois. Ils se souviennent  rarement de mon nom ou mon visage, mais toujours de mon « énergie » et de mon caractère « passionné». Dois-je comprendre que je leur fiche un peu la frousse ?  En chinois,  il n’est pas conseillé de s’appeler «nuée ardente» ou «le-truc- puissant-qui-fait-fondre-l’horrible-nazi-dans-Indiana-Jones ».»

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Ce n’est pas vraiment une rue, mais plutôt un passage entre deux rangées de maisons. Les habitations comportent plusieurs étages très bas, construits au fil du temps. On empile les âmes pour bénéficier en cas d’expulsion, de compensations plus importantes. La cour est une pièce annexe où traînent deux scooters électriques et un meuble de rangement évidé et sans fond. Nous sommes en début d’après-midi.Un petit chien jaune renifle les reliques d’un repas de porc et de riz. La vaisselle a été lavée et déposée sur un évier extérieur protégé par un auvent de tôle ondulé. On entend le grésillement d’une radio et une femme qui chante.

I est sortie de clinique. Elle ne supporte plus la moindre contradiction de notre part. Elle préfère ses démons qui ne lui disent jamais non.

Conversation au bord du vide- Shitao, Dessin de Евгений Бондаренко, Photo d’Alexandre Vvedenski

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