27 avril

Debord au salon de l’auto.

J’ai eu la bonne idée d’aller au selon de l’auto de Shanghai à l’ouverture et je me suis retrouvée au milieu de 150 000 visiteurs. Dans la foule, je pouvais sentir  l’excitation des femmes devant les SUV musclés et celle des hommes devant les bolides surpuissants. Vroum vroum, ça marche toujours. Dans le hall Ferrari, Porsche et Bentley, seuls les VIP avaient le droit d’entrer sur les stands et tournaient autour des voitures comme des flics autour d’un cadavre sur une scène de crime. Le public derrière les barrières regardait les princes rouges choisir leur carrosse. Mais ces rois ressemblaient plus à des laquais. Rien de flamboyant par exemple chez Jack M. le PDG d’Alibaba qu’on voyait roder autour d’une Rolls. C’est un petit gars malingre flottant dans un costard lustré qui semblait gêné d’avoir à subir les sunlights et le regard des gens. La foule par mimétisme plus que par envie se croyait obliger de l’admirer. « Le spectacle est la forme contemporaine de la marchandise », disait Debord. Alors, le salon de l’auto est un repère situationniste.

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Le Bund aussi est un lieu d’admiration obligée. On est prié de photographier dans les lieux prévus à cet effet. On prend des photos. Les téléphones mobiles jappent comme des petits chiots. Les flashs crépitent et s’éparpillent  tordus par le vent en bourrasques. La tour de télévision semble d’un futurisme obsolète.  Des travailleurs petits et bruns accroupis charrient des briques. Ils sont à ras de terre et ne voient pas Pudong qui, de l’autre côté du fleuve, s’éclaire et les grands papillons numériques glissant sur la surface lisse des gratte-ciels.

Revenant du salon en métro, j’étais assise en face d’une famille. La mère puis le père, sans doute épuisés par la visite résistaient au sommeil en dodelinant de la tête. Leur petit garçon s’est endormi d’un coup la tête plaquée contre la poitrine paternelle. La contagion du sommeil et l’abandon confiant du petit garçon m’ont ravi.

Les frontières floues de l’identité.

J’ai été invité à la Car Designer Night. J’ai balancé mes cartes et me suis informée des derniers transferts du Mercato du design automobile. J’ai parlé avec un Français au crâne luisant comme un pare-chocs. On a parlé de la Chine. Je lui avouais combien j’avais sous-estimé le « choc culturel » en arrivant ici, il y à plus de deux ans. Je croyais dans ma naïve fatuité que mon cosmopolitisme abstrait me dispenserait de déchoir et voilà le résultat : une petite blanche baisée par la Chine lointaine! Lui m’a dit qu’il avait émigré à 22 ans à Milan et qu’il avait ressenti la même chose. Haha ! Ma che cazzo dici ? Je veux bien l’étrangeté soit au coin de la rue mais enfin quand même : l’Italie, un choc culturel ! On a les frontières qu’on se donne.

J’ai fait la connaissance de deux jeunes israéliens. Nous nous sommes découvert des goûts communs : les éléphants et le voleur de bicyclette de Sica. C’est assez pour « le début d’une longue amitié ». Les chauffeurs de taxi shanghaiens prennent N. pour un arabe ou un palestinien, ce en en quoi, on ne peut pas leur donner totalement tort et cela le fait rire.

Un recruteur ne sachant trop comment expliquer son refus a dit à B. à propos de l’entretien : j’avais mal à tête. Comme lui, je vais vers autrui avec une sorte de prodigalité excessive qui mord souvent la zone de sécurité. Certains, assez rares, aiment cet inconfort. La plupart ont mal à la tête.

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J’écris cette chronique dans le train qui me ramène de Ningbo à Shanghai. On travaillait ce samedi car le 1er Mai est férié . Je suis allée voir deux marques de prêt à porter masculin. Pour la première visite, je me suis trouvé dans un grand hall immense tout en marbre et de verre. Puis un petit homme s’est approché boudiné dans son pantalon de toile. Cartier au poignet, ceinture Hermès, sacoche Prada, les ongles longs de l’homme chinois qui veut prouver qu’il ne gratte plus la terre de ses ancêtres, la totale. Un vrai commerçant chinois hâbleur et profondément attentif !  On s’est très bien entendu.

Frontières floues, ….

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Dessin de Евгений Бондаренко,

Photo vedette via designboom : http://www.galeriaomr.com/

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