4 mai

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A Taiwan, le chaudron et le chou.

Dimanche dernier, je suis partie à Taipei pour le long week-end du premier mai. J’ai visité le musée national du palais qui abrite les trésors des empereurs chinois. Le Komintang de Chiang Kai Chek les a emportés dans ses valise en 1948 juste avant l’avènement de la République de Chine Populaire.
Aujourd’hui, les touristes chinois font le voyage en masse pour admirer ces richesses. Ils déambulent en essaim turbulent derrière les guides qui brandissent de curieux porte-drapeaux de leur confection décorés de fanions colorés ou d’oursons de peluche empalés.

Le musée a ses deux Mona Lisa. On les devine au troisième étage derrière le front compact de  cheveux noirs agglutinés aux vitrines. Il s’agit d’un chaudron et d’un chou. Le récipient date de 800 avant JC, c’est un bronze gravé de 500 caractères qui constitue une trace important de l’écriture chinoise : une pierre de rosette asiatique en somme. Le second objet est un chou en jade parfaitement imité et maniéré qui date de la dernière dynastie chinoise des Qing (tombée en 1911).

Chou et chaudron, voilà le potage qui traverse la longue histoire chinoise. Pour moi, avant, l’art chinois décoratif chinois se résumait plus ou moins aux chinoiseries de la dynastie Ming que Marco Polo et consorts ont rapporté de leur périple. Mais 2500 avant, des gars taillaient déjà la jadéite le long du fleuve Yangze et produisait un peu plus que des bifaces.

Mr Wong dont je traduis à mes heures perdues le livre sur la couleur, nous a fait découvrir Taipei, moi et C, ma coéquipière. Née au Vietnam, Mr Wong  a passé son enfance à Macao après Dien Bien Phu. Il a étudié à Hong Kong et Toronto et glandé un an à Paris. Il a  travaillé pour la télévision comme directeur de la photo puis s’est reconverti il y a dix ans comme auteur de guide de voyage à succès. Le bonhomme est tout ce qu’il y a de charmant. Ses trois guides sur Paris fleurent bon l’existentialisme, le théâtre de l’absurde, les boites zazous et les cafés de la Rive Gauche. On a mangé des bouillons de poulet au sésame dans un night market, des soupes visqueuses de calamars près d’un temple bouddhiste, but du café dans un bar vermoulu datant de l’occupation japonaise, acheté des bouquins dans une grande librairie et causé beaucoup. Il nous a aussi fait visiter dans un fortin espagnol près de la mer du côté de Tamsui, tranquillement assoupi entre un figuier de barbarie et la statue d’un prêtre dentiste barbu, Mackay, saint protecteur des dents Taiwanaise. Le coin avait le calme ménager des petites villes balnéaires avant les invasions  d’estivants braillards.

On respire à Taipei une palette d’émotions plus subtiles que le barbouillage désordonnée de la Shanghai moderne. A quoi tient le sentiment de civilisation ? Peut-être à la plasticité, à cette capacité acquise d’une culture à sublimer ses contradictions.

Pluie bleue à Taipei

Des gouttes de pluie frappent le toit de tuile.

Il est rincé si fort et son bleu si doux.

Mon cœur flotte

Humide comme le souvenir.

Taipei

La tyrannie du visible

Dans l’avion du retour, un gros Chinois portait un sac de shopping Gucci bien rebondi et rotait bruyamment. Back to China !

Dès le lendemain, nous sommes allées à Hangzhou présenter les tendances du printemps 2014 pour une marque de prêt à porter féminin. Toujours le même potage: office lady, princesse nunuche que l’on essaye tant bien que mal d’alléger de quelques kilos de dentelles poussiéreuses et de plis superfétatoires.

Au cours de ces dernières années nous avons essayé deux types de présentation pour nos clients chinois. La « conceptuelle » : hein ? c’est quoi un concept ? La « détaillée » : on s’y perd. Cette fois nous avons tenté la « pragmatique » avec une structure visuelle très proche de l’organisation finale de la collection en magasin. C’est ce qui leur faut, j’en suis absolument certaine, mais ce n’était pas encore ce qu’ils voulaient. Badaboum !

Il faut dire à notre décharge, que Wang Le, la chef du design est un personnage très obtus, butée dans une mauvaise humeur éternelle. Nos tendances ne « l’inspiraient » pas. Typique !  Si l’on ne voit rien, on dit non à tout. Ne comprenant pas le contenu, elle se raccrochait à une forme qu’elle connaissait et nous avions forcément tort.

En l’occurrence, elle s’était fait refiler la saison passée par Jean Pierre Studio (cela ne s’invente pas !) un dossier « tendance » proposant 4 directions sur le thème du « voyage » dont une sur la ville de Nice qui valait son pesant de socca ! Des images de cartes postales grossièrement retravaillées montrait une Promenade des anglais mexicanisée sur photoshop et assortie d’une affiche du film « Hors de prix » dans lequel Elmaleh et Tautou jouent un  gigolo et une prostituée (mais ce détail, croustillant et choquant pour ses oreilles de bonne petite coco prude chinoise lui aura échappé). Voilà, c’est cela l’inspiration  pour  notre Karl Lagerfeld d’Hangzhou, boudinée dans son gilet en crochet marronnasse , son jean saumon et son tee-shirt Hello Kitty.

J’ai déjà parlé de la tyrannie du visible, de cette perception littérale que les chinois ont de l’image et qui rend très difficile (ou très facile) la communication visuelle. Wang Le ne voit pas les milles détails de mode, nouveaux et intéressants que l’on a soigneusement choisis. Il lui faut une excentricité ostensible et grossière qui lui servira de nouveauté. Mais qu’est ce qui émeut une bête à foin pareille ?

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Le lendemain rebelote ! Nous faisons aussi la collection de tissus du plus grand cotonnier du monde depuis trois ans (comme quoi avec des gens travailleurs et raisonnablement ouverts, on y arrive). Nous nous occupons de leurs marques de chemise de luxe depuis quelques mois. Ils ont embauché un gars de 20 ans qui s’est vu propulsé directeur de collection après un an et demi de stage chez Metersbonwe (une grande marque de fringue populaire chinoise en perte de vitesse accélérée).  Lui aussi a vu  ces fameux panneaux de tendances et veut la même chose. Son aveuglement est tel qu’il propose de faire du sourcing tissu, alors qu’il dispose à l’étage au-dessus de lui de la plus grande collection de tissu  shirting au monde et à la pointe des tendances, s’il vous plait!  A. dégoûtée  est partie se coucher hier soir avec une migraine carabinée, signe chez elle d’une grande contrariété.

Sordide

B. m’a écrit que quand il prononçait le mot « sordide », il pensait à moi. Cela date du temps du lycée où j’avais dit un jour ce mot et l’association lui est restée.  Je prie pour ne pas être uniquement associée à une mesquinerie ignoble dans l’esprit de quelques-uns. Telle est ma modeste ambition.

A fond la forme.

Une autre chose m’a fait rire cette semaine. Décathlon en Chine n’est pas capable d’adapter ses tailles aux mensurations chinoises et est devenu un magasin pour les gros dont le nombre augmente ici! A fond la forme. Haha !

Bref, restons plastiques et nous surferons sur les vagues.

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Images: Musée de Taipei, C.B, autres via androphilia.

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