11 mai

Il a plu à Shanghai toute cette semaine. Des pluies fortes et tiédasses, qui transforment la ville en gigantesque étuve. La future tour Shanghai avait la tête enfumée et le grutier là-haut devait surement manœuvrer à l’aveuglette pris dans l’étoupe des nuées opaques.

Petite sœur.

La femme de ménage est venue dormir ici par deux fois cette semaine. . Elle est arrivée l’autre soir la mine déconfite et le visage bouffi qui tranchaient avec sa jovialité tapeuse habituelle. J’étais occupée à autre chose et l’ai à peine regardée, un peu surprise tout de même de sa venue inopinée mais les plupart des gens n’en font qu’à leur tête et je ne m’en formalise plus. Puis, elle a fait une heure de ménage et m’a demandé si elle pouvait se reposer et je lui ai indiqué ma chambre. Vers 11h du soir, voulant me coucher, je me suis avisée qu’elle était encore là. Avec mon pauvre chinois, je lui ai demandé : « maison ? » Et elle m’a fait le geste d’une grande gifle sur le visage.  J’ai juste dit : tu peux rester et elle s’est mise à pleurer en se cachant sous la couverture comme une pauvre petite chose dévastée. Ses cheveux ont  encore blanchis.

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Karl en Chine.

La Chine compte quelques milliers de copies de Karl Lagerfeld. Les replicants ne sont pas très ressemblants :  plus petits, plus ronds, plus noirs de cheveux, ils ont  cependant un sens inné de la raideur dictatoriale à défaut de celui de la mode.  Je passe mes journées avec ces Kaisers d’Extrême-Orient et ce n’est pas facile. A force de discussion,  notre Karl  de la semaine dernière a cédé un peu de terrain. Nous pratiquons l’art de convaincre par ricochet. Je dois d’abord convaincre S. qui soit ensuite palabrer pendant des heures avec les clients. S. travaille pour nous mais elle pense comme une chinoise. Elle est  partagée entre la loyauté à son employeur et son inclinaison  spontanée pour nos interlocuteurs. J’ai rencontré deux autres Karl cette semaine dans la ville de YuHan. Un couple d’industriels chinois qui a fait fortune comme sous-traitants de marques japonaises. Madame avait une blouse froufroutante en polyester rose saumon, de mauvaises dents et une Patek Philip au poignet (un vraie semble t il). Créée en 2010, leur marque se prononce « Copule ».  ils entendent ouvrir 3000 magasins dans les 5 prochaines années.

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Paroles de chinois.

La parole en Chine est d’un usage très déroutant pour moi qui ai la religion du Verbe. Je me pense, à tort ou à raison, d’abord comme un être parlant et il m’importe d’expliquer et de comprendre. La parole prononcée est porteuse d’une puissance mystérieuse qui fait surgir, dans le silence qui suit, les faces ébouriffées de la « vérité ». Je suis assez d’accord avec cette idée (de Lautréamont, je crois) selon laquelle: « le but de la poésie est la vérité pratique ».

Or, en Chine, parler est très superflu. On parle pour ne rien dire. On ne se soucie pas de s’exprimer au plus juste pour être compris. On reste flou. On parle pour rassurer. D’ailleurs, la plupart des chinois se comprennent mal, même quand il s’agit de choses très simples. Ils se répètent  à l’infini et ont souvent recours au dessin du caractère chinois dans la paume de la main pour lever l’ambiguïté. Aussi n’est il pas rare de voir un chinois montrant sa paume de main vide comme pour dire : tu vois ! Pour moi, c’est un problème. Je ne peux pas m’accrocher à ce qui est dit. Je ne peux pas tenir compte de ce que l’on me raconte mais faire les questions et les réponses dans une sorte de « créationnisme » intérieur et imposé. Ici, il faut s’autoriser à  raconter n’importe quoi. A. s’en tire mieux car depuis longtemps, elle  n’a pas pour habitude de s’expliquer ni de tenir compte de ce que l’on lui dit : elle fonctionne à l’instinct et son jugement est très sûr. Elle était difficile à convaincre,  elle devient intraitable. Enfin, elle n’obtient pas plus de résultats que moi mais son mode fonctionnement est moins remis en question.

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Photos

Sorrow by Luís S. Tavares on Flickr. Flower power and on Designboom, Hangzhou station,

Flower portraits by Takashi Tomo-oka (image vedette) , flower generation #4 by Eko Nugroho  on Designboom

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