8 juin

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Les routes que nous n’avons pas empruntées

Si j’avais un zeste de sagesse, j’arrêterais de penser aux vies que je n’ai pas vécues,  aux pays que je n’ai pas visités, aux enfants que je n’ai pas eus, aux amours que je n’ai pas connus. Mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’une vie, c’est à la fois trop et trop peu. Je dis cela sans dépit ni amertume mais je souffre d’un manque à être permanent. J’admire  les gens contents. Qui sont-ils ? Aiment-ils vraiment Paul Coelho ? Fument-ils de l’herbe de première qualité? Tiennent-ils en poirier ou en lotus une heure au moins et sans douleur?

Puisque j’en suis là, autant balancer. Je n’aime plus Proust. Du moins, le Proust philosophe dont la critique nous rabat les oreilles aujourd’hui, m’emmerde. Mais l’écrivain me botte toujours; ce phrasé en volutes infinies, ça fait trembler l’azur et remuer des mondes inconnus.  Quand je parle de Proust, je pense à B. qui récitait le texte fameux de « la petite madeleine »  avant d’entrer en scène. Ralentissait-il imperceptiblement quand s’approchait ma phrase préférée: « je refusai d’abord et je ne sais pourquoi me ravisai ». Suspense… et si finalement, le Narrateur ne s’était pas ravisé ? A quoi tient la Littérature tout de même et quatre volumes de la Pléiade  ! Je me rappelle aussi de Mme R. (que B connait aussi). C’était notre professeur de français de première. Elle était drôle et brillante, employait des mots rares et des images salaces. D’une maigreur souffreteuse, elle avait un nez en cornichon comme Bergotte et quand elle causait, ses yeux rayonnaient d’un éclat fiévreux; nous étions envoûtés. J’ai beaucoup lu cette année-là.

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Cette semaine, j’ai lu le Bruit des Choses qui tombent de Juan Gabriel Vasquez. L’histoire se situe à Bogota et raconte l’histoire d’Antonio, un professeur de droit gravement blessé dans un attentat qui vise et tue Ricardo Laverde, un homme taciturne qu’il a rencontré quelques mois plus tôt dans une salle de billard. Traumatisé, Antonio chemine pour comprendre qui était ce Laverde et plonge dans les souvenirs  des années sombres de la Colombie des années 80 déchirée par la violence des cartels de la drogue. Le roman séduit par ce qu’il dévoile et sa part d’ombre. L’écriture rend très bien le jeu subtil des souvenirs personnels, vrais et faux, des faits historiques, avérés et contestables, des impressions présentes, puissantes et fugitives qui font de toute vie réellement vécue une énigme. A lire.

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Fashion boxing

Jeudi et samedi (ce qui explique le retard de cette chronique, on travaille ce week end), j’ai livré deux combats de « fashion boxing ». Le premier combat s’est déroulé à Shanghai, district de Pudong, devant à une escouade d’acheteuses chinoises d’une marque de prêt à porter (900 magasins en Chine). La collection Automne Hiver est complètement ratée et on m’a appelé pour procéder au sauvetage in extrémis de ce qui pourrait encore l’être. Ce genre d’opération « commando » a quelque chose d’excitant. Il faut corriger à vif , comme « sur la bête » , un revers de manche, une longueur de veste, une combinaison de couleur, la forme d’un col tout en essayant de faire émerger une ligne d’ensemble un peu structurée. Tout bouge donc en même temps, l’ensemble et le détail.  Cela demande un engament physique important et après 8h à ce régime, je pue comme l’enfer, comme si à l’odeur de ma peur (celle de faire des conneries) s’ajoutait les toxines des acheteuses qui , derrière mon épaule, me guettent d’un air mauvais.

Samedi, j’affrontai Karlota Lagerfeld, le poids lourd d’Hangzhou et sa clique. Aux points, ce combat-là est pour moi, je crois.  Et tout cela grâce à Vanessa Paradis. Je m’explique. Karlota commence toujours par opposer à toutes mes propositions une formule qui donne à peu près ceci : « It is not for our brand » puis, quand je la cuisine pour savoir ce qui conviendrait à son  « identité de marque », Karlota regarde ses godillots vernis à talons compensés et me dit d’un air ahuri qu’elle cherche ‘that kind of feeling’ avec un geste de la main qui pointe vers un vide abyssal (le sien?). Jusqu’à là, tout est normal. Férue de maïeutique socratique, je m’attache à préciser le fameux ‘kind of feeling’ par une série de questions fermées et  dénouer patiemment les fils de son entêtement. En général, je parviens cahin-caha à faire avancer  cette petite bourrique sur le chemin escarpé du Mont Fashion.

Mais hier, elle ne voulait pas de mon kaki  (une couleur importante du Printemps/Eté prochain comme nous le savons tous) et rien à faire, c’était non, et non et non ! J’ai alors pensé à Vanessa. Je me souvenais vaguement du camaïeu vert grisé de la dernière pub H&M et je l’ai menée devant d’un ordinateur en priant pour que le Soldat Paradis soit mon ange kaki. Bingo!  Karlota était KO.  Vanessa: 1 point. Plus tard elle a recommencé ses caprices absurdes et j’ai menacé de sortir en la tançant comme à une petite peste. Son équipe n’en pouvait plus.  Elle s’est tue. Ce qu’il ne faut pas faire, j’te jure.

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Random acts of….

Les premières victimes de la contrefaçon sont les chinois eux-mêmes. O. a commandé sur Taobao un sweat-shirt à trois bandes de la marque Abibas.

Hier dans le taxi d’Hangzhou, S. s’est fait refilé un billet de 1 yuan sur lequel avait été tamponné, sur la face ronde de Chairman Mao,  un slogan de la secte Falun Gong. Gênée, elle m’a dit qu’elle me raconterait plus tard.

Ma nièce L. constate qu’il y a une fête des pères, des pères, des grands-mères et avec logique demande : « est-ce qu’il y a une fête des petits frères? » Comme sa maman lui apprend qu’il n’y en a pas, elle sort de derrière son dos un joli dessin et le glisse à son frère. Jour de fête.

Sources ( toutes les photos via http://androphilia.tumblr.com)

Les routes que nous n’avons pas empruntées, titre emprunté à Adam Phillips

شادية على البحر

Vinlypassion: http://tmblr.co/ZK1xOympxHtV

Photo vogue par Richard Avendon

Photo de  Shoji http://tmblr.co/ZK1xOympxHtVUeda

Clarification de Paul Klee, 1932

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2 Commentaires

  1. hahaha! ton histoire de petite bourrique m’a bien fait rire

  2. Isabelle · · Réponse

    bonjour, je découvre votre blog et je suis émerveillée par votre écriture! Je vais pour la première fois en Chine la semaine prochaine, Shanghai est ma destination pour dix jours. Je vais bien voir si les Chinois n’ont vraiment rien de spécial…
    Isabelle

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