22 juin

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Un faux départ

L’été est venu d’un coup. Le mercure est monté en ligne droite vers des sommets : 36 degrés! Je me méfie, c’est un coup de bluff, une avance octroyée aux moustiques, un galop d’essai pour les glandes sudatoires. Le vrai été s’installe en juillet et le ciel devient alors blanc de craie.

Samedi dernier, c’était la Gay Pride de Shanghai. J’ai rejoint de nouveaux amis dans un bar du Bund. La terrasse au-dessus du fleuve était noyée d’une brume irisée et chaude, couleur de nuit. Comme l’entame d’une blague concélébrant les stéréotypes nationaux, il y avait là une allemande, une israélienne, un polonais et un américain. On s’est donc raconté des histoires chacun selon sa spécialité. L’allemande a parlé d’installation artistique Konzeptuelle ; le polonais de travaux de Plomberie (en milieu carcéral pour pimenter l’affaire) ; l’israélienne de son Service Militaire, l’américain de la Liberté Individuelle menacée et moi, j’ai simplement entretenu la Conversation. La distribution était parfaite.

Plus tard, nous sommes allés nous fondre dans une foule compacte de chinois surexcités qui piaillaient comme des cailles. Des types costauds en collant jaune fluo se tortillaient sans grande conviction sur le bar avec des ruades plus taurines que sexy. Ce genre de numéro est devenu si commun !  Quelle assemblée de petits porteurs n’a pas aujourd’hui sa strip-teaseuse encagée se balançant au-dessus d’auditeurs en costumes gris tandis qu’ils dissèquent d’un ton morne l’EBITA du Groupe ? Qui la regarde ? Qui les écoute ?

Printemps chinois

Est-ce l’effet de la température mais j’ai eu au moins trois grosses colères cette semaine, aussi vives que des flambées de phosphore. Je m’en repens car les Colériques s’entre-déchirent tout nus dans le marais fétide du 5e cercle de l’Enfer et j’ai quand même un peu peur d’y croiser Eminem. Mais cette colère est réactionnelle, ma  Bande des Quatre (I, P, C et S) était en forme olympique : oublis fâcheux, petites lâchetés, mauvaise foi et une absence totale d’idées.

Ah ! les idées courtes ! J’étais lassée de chercher ce qui pourrait résumer en UN mot la collection de mode de Printemps de notre Karlota d’Hangzhou (voir posts précédents). Pour répondre aux désirs d’une large clientèle, on y trouve en effet à peu près tout !  Mais Notre Frétillant Dindon tient absolument à trouver  une unité dans la diversité. Sa toquade moniste oblige à d’absurdes entorses  aux lois cumulées de la logique et de la mode et cela me contrarie. J’ai donc confié à S et I le soin de me trouver la fameuse idée fédératrice qui allait emballer notre Lumineuse Bourrique. Après deux heures, les deux se pointent toutes gloussantes et me disent : « on a trouvé la Big Story pour la collection de Printemps : c’est …..The Awaking of nature !» Là, je ne me suis même pas énervée. Avec un espoir timide, j’ai dit : « And …. ? » en attendant la suite. Apparemment le printemps chinois est sans suite. Rideau !

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Des pas perdus et retrouvés

Je commence le livre d’Eric Hazan  L’invention de Paris; que j’ai connu grâce au livre de J.C Bailly  Le Dépaysement  (un de mes Classiques!)  Dans ce livre qui « invente » Paris pas à pas, chaque ruelle est un théâtre, un réservoir infini de routes et déroutes qui font les bonnes histoires.

Connaissez-vous les duels du café Lemblin, place du Palais Royal ? Hazan écrit (page 38) « Les garçons tiennent à disposition des consommateurs, derrière le comptoir, des épées enveloppées de serge verte. Certains soirs, la demande est telle qu’ils doivent s’excuser : «  Messieurs, elles sont en mains. »

Comment exprimer ce qu’il y a de plaisant à lire vu d’ici, un livre si précis sur Paris. Loin de Shanghai, ville plate,  infatigable qui a toujours l’air d’aller quelque part, la lecture offre un espace familier et feuilleté de mille « pas perdus » et retrouvés. Ma théorie si j’ose m’exprimer ainsi est que  l’espace plus que le temps fonde désormais notre expérience immédiate du monde. La toile du temps s’élime et on n’en voit  la trame seulement dans les villes anciennes ou dans les livres.

Mais l’histoire n’est pas tout à fait morte. Mes neveux A. et L. (4 et 6 ans) ont découvert le Cid au cinéma avec Charlton Heston et Sophia Loren. Depuis, très enthousiasmé, A. harangue toute la cour de récré : « Tu connais le Cid ? tu connais Chimène ? »  Un matin sur le chemin de l’école, leur père les pressait d’une injonction martiale « à l’attaque » pour les faire avancer. Et eux de répondre en chœur : « pour Alphonse et pour l’Espagne ! »

Au Baliyuan, (le centre commercial près de chez moi), des marques ont installé des silhouettes grandeur nature en carton-pâte, habillées de pied en cap et évidées au niveau du visage pour que l’on puisse y glisser la tête et se prendre en photo. Un vieux monsieur chinois s’est placé par erreur (?) derrière un modèle de petite fille en robe de princesse et riait de bon cœur de sa méprise. Le goût de l’amusement bon enfant (le Wan) me fait aimer la Chine en dépit de mes tragédies minuscules.

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Il faudra un jour que j’aille au Caire où le tarab (émotion poétique et musicale) peut provoquer, dit-on,  des transes mortelles.

Ton retard est une braise dans mon sang.

Donne-moi ma liberté, dénoue mes mains

Je t’ai tout donné et n’ai rien gardé pour moi

Mes poings saignent encore à cause des menottes que tu m’as fait porter

Pourquoi les garderais-je alors que tu m’as tout enlevé ?

Pourquoi tiendrais-je des promesses que tu n’as su protéger ?

Pourquoi resterais-je captive alors que le monde est à moi ?

(couplet d’une chanson d’Oum Kalsoum, écrite par Dr Ibrahim Naji)

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Sources image :  androphilia  et jesuisperdu

Evelyn Cameron

Ruby Walsh

Bryan Schutmaat

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