29 juin

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22 ans sur Mars

Des traces de pneus dans la poussière rouge, un vent solaire qui balaye des collines desséchées, nous voilà sur Mars. Ces images récentes de la NASA ont fait lever en moi les images des Chroniques martiennes  comme une brume de chaleur. La première fois que j’ai lu ces nouvelles de Bradbury, c’était après L’île au trésor et un peu avant Le rouge et le noir :  autant dire que je n’étais pas bien grande. Des images me sont restées. Une femme « faisait  la poussière »  en jetant des poignées de limaille de fer aimantée au sol. Cela me semblait le summum des arts ménagers. Un homme ne répondait plus au téléphone quand celui-ci sonnait de loin en loin dans une ville désertée. Moi, j’aurais surement décroché. Il y avait dans ces nouvelles une énigme qui me regardait. On était sur Mars et pourtant on s’emmerdait ferme,  pétrifié dans un silence de pierre. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Voilà 22 ans (c’est mon âge en années martiennes) je cherche une réponse à cette question.

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Les tambours de pluie

Il a fait un bel orage dimanche dernier. J’étais allée écouter un concert de musique traditionnelle dans un jardin de la Concession. La clarté entre les arbres a soudain noirci. Les lumières des immeubles alentour ont frappé le mur de pluie et le ciel semblait comme rétréci. Shanghai était empaqueté dans une boite étroite en carton brun. Je suis devenue «completely nuts » et j’ai  rincé ma tête échauffée sous les eaux du ciel. Un type s’est mis à jouer furieusement de la guitare électrique, une fille en robe longue a commencé à danser sous les trombes d’eau. Les tambours de pluie avaient lancé leur ronde sauvage et nous pouvons dire : nous étions là.

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A l’Est de la Mode

Retour chez Karlota, ma petite bourrique d’Hangzhou. Alors que nous avions avait établi  une palette de couleur acceptable, Karlota a tout cassé. La gamme générale était à nouveau envahie d’un camaïeu de jaunes, du moutarde au jaune-vert phosphorescent. Ah la petite vipère! tout était à refaire. J’ai dû rappeler que  le marché des vêtements de sécurité des cantonniers et autres boueux d’Hangzhou n’était pas notre cible privilégiée. J’ai dû crier très fort pour limiter l’usage du fluo à quelques accents soigneusement disséminés et éviter au finish le total look « sécurité routière». Vais je  arriver à mes fins? Rien n’est moins sûr. Après tout, il vaut peut être mieux réduire les accidents piétons en Chine que de saper décemment des jeunes filles. En revanche,  elle a accepté sans brocher l’édito de son fichu catalogue.  Je l’ai pondu en deux minutes exaspérée par ses constantes jérémiades. Platitudes éculées (printemps… énergie… fleur…)  et envolées ronflantes (éveil de sens….. désir de beauté…), j’ai sorti la grosse artillerie rouillée du  pubard rolexé et botoxé  mais avec Karlota, ça marche encore.

Donc, match nul.

Brèves de comptoir (d’orient)

L. veut m’ajouter à ses contacts Linkedin, comme on dit. Elle représente le SIDA (‘Shenzhen Industrial Design Profession Association). J’ai dit oui. Faut être solidaire des grandes causes.

J’ai vu un lieu dénommé Chansons Lysées. C’est la contre-allée chinoise des Champs Élysées.

M se fait le relais sur FB des propos les plus extravagants des « anti mariage gays » à tel point que j’en étais gênée. Je l’ai interrogé et il s’en est expliqué dans un mail assez long. Le point aveugle de son raisonnement est la Nature. Elle serait  à ses yeux le fondement du mariage. Ah Sacrée Nature! c’est encore la faute à Rousseau ! Le divin Jean Jacques a tant séduit avec sa fiction de Nature  que l’on y croit encore Ce qui était génialement subversif au temps de J.J. comme fondement théorique d’un nouvel ordre politique est devenu par un retournement paradoxal,  une des bases les plus solides de la pensée primitiviste ( ce qui nous mène pas trop loin de réac’ ).

M donne aussi une description du «génie féminin » qui vaut son pesant de cacahuète (douceur …abnégation…. sacrifice). Il est curieusement moins précis sur sa définition du « génie masculin ». Ce silence strident a pour moi la valeur d’un test imparable. Est-ce que les hommes tiennent ce genre de propos sur eux-mêmes ? La plupart du temps non. Pardon cher M, mais alors il y a une forte probabilité d’être en présence de ce que l’on appelle communément  « some total fucking bullshit ».  Bien à toi. Fraternellement.

Images:

Alec Soth, Las Vegas (2011) // Courtesy of Sean Kelly, New York via jesuisperdu

Hans nøstdahl via jesuisperdu

Untitled (Yellow Grid) By Anna Mikhailovskaia, 2012 via androphilia

Bruno Bernardi via androphilia

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