6 juillet

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La reine est nue.

Cette semaine, j’ai à nouveau participé aux réunions d’achat d’une marque de prêt-à-porter chinoise. Mon rôle est de corriger ce qui peut encore l’être  avant que des ordres d’achat, souvent très importants, partent vers les usines de confection. J’ai vu passer et j’ai rectifié un nombre incalculable de parkas, de manteaux et de chandails mais dans ce défilé, je n’ai vu ni chemise ni pantalon. Alors quoi ? Soit les chinoises vont toutes nues sous leur pull, soit cette collection est  pleine de trous. Une marque sans vêtement, c’est tout de même fortiche ! Chacun dans cette équipe se reposait-il sur les autres pour « faire le nécessaire » ? En Chine plus qu’ailleurs peut-être, rien n’est si évident qu’il ne faille le souligner plusieurs fois. Cela tient en partie à l’ambiguïté de la langue chinoise. La conversation chinoise est rarement serrée. Elle avance cahin-caha, remplie d’échappées et raturée des milles blancs de la pensée. On ne dit jamais : « le roi est nu ! ». Conclusion, la cliente chinoise se retrouve à poil. C’est un problème.

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Le bonheur, quelle connerie !

Certes, on est toujours le con de quelqu’un. C’est un rôle que l’on endosse  sans s’en apercevoir, ou alors pas tout de suite et l’on ne s’en glorifie guère après coup.

Mercredi soir, j’ai croisé un con. Un vrai! Mieux ! une synthèse, comme dirait Audiard.

Tout a commencé sur la terrasse du Peninsula à Shanghai qui offre une vue spectaculaire sur les tours de Pudong, vision aussi pétulante qu’un feu d’artifice raidi dans l’extase. Je n’étais pas particulièrement démonstrative dans mon éblouissement. Non que je sois blasée mais la beauté me rend songeuse, voilà tout.

Voilà qu’un type, la cinquantaine moite et molle, entame la conversation en soulignant mon ingratitude devant la splendeur de la vue. Comme je contestai son avis, avec une moue sceptique, il commence son prêche: « La recherche scientifique montre que le bonheur est dans la gratitude. Si tu n’exprimes pas ta gratitude, c’est que tu n’es pas heureuse. D’ailleurs, je le vois bien dans tes yeux». Je l’ai regardé alors avec l’air renfrogné de Clint Eastwood dans Grand Torino et lui ai dit que ses recettes sur le bonheur issues de la recherche scientifique ne m’étaient d’aucune utilité (j’ai crois que j’ai employé deux fois le mot ‘bullshit’). Le type a enfoncé le clou:« Tu n’es pas ouverte. Tu n’acceptes pas ce que je te dis. La recherche scientifique prouve que les gens fermés sont malheureux. CQFD.»

Ben! mon vieux, crois-moi si tu veux, je suis devenue subitement triste mais alors triste comme pour donner raison à ce fâcheux. La Dj du Peninsula avait beau passer « Get Lucky » en boucle, rien n’y faisait.  Ce « spécialiste du bonheur » avait du réveiller un vieux truc pas très net qui ricanait: si tu es malheureuse, c’est encore de ta faute! Je n’ai plus dit un mot et devant mon silence blessé, il s’est mis a s’excuser cent fois de sa lourdeur. Il est allé même jusqu’à invoquer ses origines suédoises comme si c’était une excuse valable.

Un con suédois reste un con. C’est scientifiquement prouvé.

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L’année du Cheval-Tigre*

Mes chroniques se font un peu plus courtes depuis quelques semaines car j’ai passé du  temps sur Shanghai Zen dont la première partie a été publié par François Bon sur le site de nerval.fr.

http://nerval.fr/spip.php?article62

Comme dit mon frère,  j’ai reçu un Gerard d’or.

J’avais entendu François Bon sur France Culture notamment dans une série sur Bob Dylan et sa voix, juvénile, vibrante et gouailleuse m’avait frappé. Je lui dois la découverte de Bailly et maintenant cette publication. C’est beaucoup. Je suis remplie de reconnaissance et d’admiration pour cet homme si charmant et si disponible.

Par un heureux hasard, je vais peut-être participer à une table ronde à Paris au sujet de Nicolas Bouvier, l’auteur de l’Usage du Monde. Bouvier est un de mes modèles littéraires jusque dans sa biographie. Dépressif chronique, père doux, mère impossible, la quête du dépassement et l’inconfort de celui qui veut voyager, travailler et écrire, je me retrouve dans beaucoup de ses Routes et déroutes. J’aime particulièrement Le Poisson Scorpion, sorte de voyage raté, sur-écrit mais bouleversant. Lors de ma première année à Shanghai, mon  année du Cheval-Tigre*, quand l’écriture était pour moi le seul lieu habitable sur terre, j’ai beaucoup pensé à Bouvier dans sa chambre de Galle.

*L’expression Ma (Cheval) Hou  (Tigre) signifie en gros en chinois couci-couça, merdique quoi !

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Power Pylon Poem

Si quelqu’un demande où tu habites, montre ce pylône et dis :

Ici.

Si quelqu’un demande ce que vivre veut dire, monte sur tes pointes de pied

Comme ça.

Si quelqu’un te demande la mesure de l’amour, souris et ouvre lentement ta chemise

Jusque là.

Si quelqu’un te demande ce tu voudrais faire, ouvre ton carnet et dis :

Ceci.

Sources:

Nude (darwinorama)

 http://tmblr.co/ZK1xOyoaj4U9

Ugly Sweaters (lass-uns-ersticken)

URL: http://tmblr.co/ZK1xOyoz4F-O

Pylon (hansnostdahl)

Horse (jean-baptiste courtier. 2011)

URL: http://tmblr.co/ZK1xOyfxnPAi

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