21 juillet

Hier, 20 juillet, j’ai écrit ma chronique du samedi matin comme d’habitude mais je n’ai pas eu le temps de la publier car j’avais un déjeuner avec une amie suivi d’un vernissage. Vers 17 h, j’ai appris le décès de ma mère. Ce matin, je publie tout de même ce que j’avais commencé de consigner.  Mon lien avec elle s’est toujours écrit.

Un ciel bleu menaçant

C’est l’été à Shanghai et le ciel est étonnamment bleu. Certains disent que c’est le signe d’un ralentissement de l’économie car les usines tourneraient au ralenti. Voilà comment les économistes anticipent l’avenir : ils lisent les signes du ciel. Je constate plus simplement qu’il y a beaucoup de vent. Un souffle chaud, instable, un peu détraqué. La nuit, à la lumière des réverbères, les arbres semblent tourmentés par un esprit danseur. Ils se tordent en tous sens secoués de soubresauts sauvages. Je me suis laissé ensorceler par ce tourbillon estival et suis beaucoup sortie. Il est temps que je rentre  en France me reposer.  La fatigue me décape et les émotions finissent par me toucher un peu trop vivement.

Un (méli) mélo russe

Samedi prochain, le 27 juillet est le jour fixé pour la journée “Open Studio” de G à l’hôtel où il est en résidence depuis 6 mois. Je lui ai proposé de lancer quelques invitations auprès de mes amis à Shanghai, dont certains sont des connaissances communes et pour pimenter la journée,  de lire des extraits de notre travail commun Shanghai Zen, suivi d’une signature de notre leaflet. Je ne voulais pas faire la lecture moi-même mais Jim Carey n’était pas libre.

Dans les cinq minutes qui ont suivi l’envoi de mon mail, j’ai reçu une réponse sèche d’un responsable du groupe suisse qui gère la résidence. Il m’a sévèrement tancé d’avoir lancé des invitations sans être une artiste invitée (ce que je ne prétendais nullement être) et de vouloir faire une ‘performance’ sans y être autorisée.  J’ai demandé à lui parler au téléphone puis, sans réponse de sa part, j’ai réagi par écrit avec un mail assez sec. Du tac au tac. Nous avons eu des mots, le type a usé d’arguments de plus en plus spécieux à la manière d’un avocat tatillon et de guerre lasse, j’ai présenté des excuses pour avoir enfreint les règles de la« big corporation ». J’ai été autorisée à venir le 27 à la condition expresse de fermer ma gueule. En Suisse, on ne dit mot. On consent.

Dans le même temps, G. qui a noué de bonnes relations avec le gens de l’hôtel, avait déjà replié de la toile et annulé la lecture. Dans un moment d’exaspération, je l’ai envoyé paître avec des mots grossiers. Là encore, je lui ai demandé pardon mais il était fort en colère contre moi et j’ai eu le droit à un chapelet de mots définitifs… avec des « jamais plus » et des « toujours ». Psychodrame! Très triste de cette double peine, j’ai demandé à le voir vendredi en face-à-face et nous avons arrangé l’affaire. Nous sommes tous les deux de grands couillons innocents et donc bons copains à nouveau. Le point positif de cet affaire est que j’ai découvert un peu mieux G, son refus du conflit, sa façon de  ne rien tenir pour vraiment important et sa gratitude, un brin excessive à mes yeux mais très compréhensible,  de la main qui le nourrit. Il m’a découverte lui aussi : coriace dans la polémique.

Quelques wunderkinds

A Shanghai, je rencontre beaucoup de trentenaires brillants venus du monde entier en quête d’un second souffle professionnel (déjà!). Ils sont ambitieux et pour tout dire obnubilés parce qu’ils devraient être, faire ou avoir. C’est l’âge où l’égo tiraille, où l’on croit trop dans la représentation qu’on se donne du réel, où l’on a une peur bleue de se faire balader. Alors ils esquivent, font les malins et trichent un peu.  Je les aime bien. Peut-être qu’au fond, je cherche à aimer en eux la personne que j’ai été il y a longtemps.

C’était une enthousiaste

Samedi matin, au réveil, j’avais écrit ceci : je ferai graver sur ma tombe en guise d’épitaphe: « c’était une enthousiaste ». C’est le genre de phrase impensée qui tombe d’un trait.  Elle flottait vacillante sur mon écran d’ordinateur quand je suis rentrée chez moi après avoir appris la mort de ma mère. Je croyais parler de moi. C’est d’elle dont je parlais.

Isabelle Flaven, née Gorecki

1943-2013

C’était une enthousiaste.

Conflans
Je marche sous la pluie du côté de Conflans.
Le long de la Seine, les grilles des jardins vomissent des inflorescences baveuses.
Elles dégouttent comme des yeux crevés. Je vais voir ma mère. Dont un œil est encore bleu.

Ton odeur sur un chemisier
Quand j’étais petite et que nous habitions encore rue des longs près, j’allais chercher dans ton placard un chemisier en chiffon de soie de couleur mauve, décoré de fins dessins au trait. Il était imprégné de ton odeur : une eau de Cologne classique où se mêlait un peu de ton odeur corporelle. J’adorais ce parfum.

Comment ça s’écrit….
Tu trouvais mon style maladroit et lourd quand je te lisais mes premières rédactions au collège. Tu m’as donné quelques conseils d’écriture qui m’ont durablement marqués et servis. C’est toi qui m’as ouvert le monde des livres. La littérature a été notre lien le plus sûr. Même aux pires heures de notre histoire, parler des livres nous permettait de nous retrouver. La langue a toujours été notre véritable foyer.

Repose en paix, Maman. Adieu.

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