3 août

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En sourdine

A peine arrivée à Nice, je suis allée piquer une tête dans la mer et de l’eau s’est logée dans mes oreilles provoquant une légère surdité. Ce n’est pas désagréable de vivre en sourdine. Il suffit que je retire mes lunettes pour amplifier encore cette sensation cotonneuse. Bientôt, sans doute, je retrouverai le monde précis. Mais pour l’instant, flotter dans les limbes me convient. La rumeur de la vie me parvient atténuée, écrêtée des stridences qu’elle a parfois.

Ainsi, j’ai été accueillie à Nice par une sorcière dans la supérette grise et verte où j’étais allée me ravitailler. Une femme entre deux âges, tâtant des brugnons, se plaignait de la chaleur qui disait-elle, allait la tuer. Moi me moquant gentiment lui dit : allons, allons n’exagérons rien! en soupesant des pêches plates. Il faut dire que ces jours-ci, je suis un peu en froid avec la mort. Elle n’a pas apprécié et m’a traité de tous les noms d’oiseaux, braillant sa diatribe avec, en guise d’avant-scène,  le tapis roulant de la caisse enregistreuse.

L’art de l’annotation

J’ai écrit un nouvel article pour le Business of Fashion qui sera, je l’espère, publié la semaine prochaine. Cet article m’a valu de chaleureux commentaires de S. mon relecteur américain préféré. J’aime les notes qu’il ajoute parfois en marge du texte. Comme j’ai réussi à parler d’amour (true love) dans un papier qui traite des magasins multimarques en Chine, il a écrit ceci: “I don’t think you can buy “true love”. On se croirait dans un soap opera! J’adore. Il a aussi relu la partie II de Shanghai Zen et ses annotations sont parfois si poétiques que je préfère pour moi seule au moins, la version augmentée. A propos d’un homme dont je décris l’aspect physique, il écrit : Consider: “the body” rather than “the man.” the man implies the corporal body as well as the ephemeral heart and soul.

Les moustiques ont envahi la Bavière. Ne pouvant pas aller visiter sa belle-famille du côté de Münich, P est resté à Nice et dessine une nouvelle BD dans des combles au pied du Château et cherche, sans jamais l’atteindre tout à fait, le plaisir pur du geste créateur.

Le chat de F est mort. C’était un chat superlatif, un roi parmi les chats. Deux jeunots le remplacent. F trouve qu’ils ne font pas le poids.

6uillet

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