17 août

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Songs from the backyard

Il fait chaud à Nice et je laisse les persiennes mi-closes. Par la fenêtre ouverte de ma chambre coté-cour, j’écoute la rumeur des vies qui se déverse par flots des villas environnantes. Elle tombe dans ma courette qui résonne comme un théâtre de ciment. La villa d’en face est la réplique de celle où j’habite et n’en diffère que par le nom et les volets safran (ceux de ma maison sont bleus). C’est le coin des joueurs de jeu vidéo. J’entends le cliquetis des manettes puis une exclamation, un commentaire étrange; il se vit à dix mètres d’ici, des moments épiques, des renversements de pouvoir, des alliances, des trahisons,…  La villa sur la gauche est jaune et verte ; son arrière cour est un terrain ombreux et chiche où rouille une bagnole à la carrosserie ternie. Là, un couple s’engueule parfois en arabe. La dame est très volubile et sa litanie est seulement entrecoupée par un mot timide du monsieur : une virgule qui lui laisse le temps de reprendre son souffle. La langue arabe en volutes douces et heurts râpeux fait merveille en poésie et aussi en engueulade. A droite, se trouve le « Palacio », un gâteau du dimanche couleur crème en style baroque niçois. C’est le coin des chanteurs lyriques et des chats. Les deux miaulent à la nuit tombée. Un ténor, pris de boisson, entonne un chant russe tard dans la nuit et les chats font entendre leur feulement glaçant que je prends parfois pour les pleurs lamentables d’un nourrisson. Mon voisin du dessus ne tarde pas en général à ouvrir ses volets et demander sans trop d’agressivité : « Oh Patrick ! tu peux chanter moins fort ». Il s’adresse au ténor. Il ne sait pas parler aux chats.

Pour compléter cette symphonie niçoise, il me suffit d’ajouter le vrombissent d’un scooter Vespa sur le boulevard Gambetta, le crin-crin des cigales de la rue Eden Park et le ricanement d’une mouette égarée au dessus du Parc Impérial et au loin, l’ombre du vent sur la mer. Nice et Shanghai, comme toute ville, ont un son et je m’en souviens mieux que de leur panorama. Au tout début de mon séjour à Shanghai, j’avais remixé les sons familiers de Shanghai sur le dernier tango à Paris. Je l’ai retrouvé en fouillant dans mes archives. Le son est sale. « Salata Niceu », c’est le titre.

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Je n’ai presque rien fait ces jours-ci subissant le contre-coup de mon agitation des dernières semaines et la grande lessive des émotions. Je n’ai pas « profité » comme on dit désormais. Profiter de quoi bon sang ? De la mer, du soleil ? Mais ces choses-là sont données que je sache. On ne va pas tout de même pas se jeter dessus comme sur une promo flash.  Je crois que « profiter » dans la forme courte (sans ‘de’) est un des mots que je déteste le plus. Ce n’est pas le profit qui me gêne – je le recherche aussi – mais l’avidité peinarde qu’il révèle et qui n’est que l’écrasement du symbolique. C’est dit.

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L’esprit des caravanes

Je lis Ella Maillart en ce moment et encore, lentement, par étapes. J’aime l’esprit des caravanes, la poussière de la piste, les yeux brûlés, la fatigue des corps, la vraie soif. Je crois que cette existence m’aurait plu mais comme je ne sais rien faire de mes dix doigts, les cavaliers d’Asie centrale m’auraient sûrement abonnée au premier oasis. A moins qu’ils apprécient mon babil. C’est comme cela en général que je gagne ma place dans le convoi.

Je continue d’écrire pour le BoF et le dernier article a été bien reçu.

http://www.businessoffashion.com/2013/08/in-china-ink-joins-budding-crop-of-concept-stores.html

L’éditeur en chef distille avec parcimonie de rares compliments et trouve toujours à redire: soit il y a trop de chiffres, soit pas assez. S. y voit une tactique pour me maintenir en tension et obtenir du bon travail. Ça marche. Reste que la flagornerie fonctionnerait tout aussi bien. Ce que je fais de bien naît en général de l’illusion que je pourrais bonne à quelque chose.

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