7 septembre

La semaine dernière, j’ai fait relâche. J’ai deux mots d’excuses.J’avais un article à boucler pour le BoF. Et je voulais aussi montrer à mes deux invités G. le géant russe et F. le petit chinois, les paysages infusés d’or de l’arrière pays niçois en cette fin de mois d’août.

L’article du BoF, mon 5eme, est sorti au forceps. Je l’ai trop besogné et je savais mon travail honnête mais sans éclat ; quand on traîne la patte, il faut bien avancer tout de même.

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Dimanche, j’ai conduit G et F sur le sentier du Paradis qui mène tout droit à Gourdon. Ils ont ahané et sué en chemin et s’arrêtaient pour reprendre leur souffle , coupé par tant de beauté. T s’étonnait de la végétation indigène: acacias, cyprès et surtout l’herbe qui est plus verte qu’en Chine. G montrait un penchant inquiétant pour les promontoires rocheux tout mangés de caries karstiques sur lesquels il campait fièrement comme un peintre romantique surplombant la nuée.

Dans la voiture, T m’avoue qu’il n’a pas trop aimé Shanghai Zen avec ce ton définitif et bravache propre aux jeunes loups du PC chinois. Il prétend que nous décrivons G et moi un monde infime et englouti qui n’intéresse plus personne. C’est vrai. Il y avait dans son discours une rage inhabituelle. Nous en veut-il de réveiller en lui une nostalgie des ruines qu’il ne veut pas encore avoir? Songeur tout de même, il m’a promis qu’il nous relirait.

La veille, J m’avait ouvert les portes de sa maison et j’y ai donné une soirée comme à la grande époque de S.V. Une quarantaine de personnes sont venues : dans cette petite assemblée on repérait outre les deux pièces rapportées de mes maraudes orientales, des sportifs , des entrepreneurs,  une inspectrice de l’éducation nationale, un ingénieur naval anglais, un médecin humanitaire, une magistrate en stage, de grands ados bagués, une petite fille aux boucles brunes, un pilote en pantalon rose, un sarde boucané,  deux véritables beautés françaises (une blonde, une brune), trois allemands polis et une camarilla de méridionaux hâbleurs sans lesquels ce monde ne tournerait pas rond.

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Les invités m’ont dit apprécier la joyeuse pagaille que je sais relativement bien entretenir. Ils étaient heureux je crois, de se découvrir à la fois singuliers et proches. La concélébration des similitudes est comme une note de tête dans un parfum. Cela monte vite, ça enivre à l’épate, mais c’est une joie courte. La singularité vient après : elle s’avance d’un pas plus suave et plus durable.

Au cours de la soirée, O. passionné de numérologie a calculé mon profil. Je n’étais pas contente de son diagnostic. A l’entendre, je disposerais de l’énergie d’un bateleur de foire et serais dotée d’une âme de despote. Hélas, par quelque malice numérique qui m’échappe, la promesse d’un destin à la César fait long feu et se retourne contre moi. Ma vie sera difficile, affirme-t-il! Puissent les nombres premiers me venir en aide !

G a passé 10 jours chez moi pour effectuer les repérages pour notre futur projet. Dans ma cuisine, nous avons beaucoup parlé de la vie d’artiste, de sa douceur, de son intensité et de son impossibilité. Et de ce rêve récurrent d’un bonheur « normal » dont on se sent douloureusement éloigné sans jamais savoir vraiment si cette distance est voulue ou subie.

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Nous sommes allées faire un tour à la Villa Arson pour les pins et la vue. L’exposition des diplômes de l’année formait une alliance rare de provincialisme ringard et d'(in)suffisance conceptuelle. Trois artistes à mes yeux échappaient à l’affligeante bouillie de chat. Notamment une chinoise. Dans une vidéo, elle se livrait au procès drolatique de distributeurs de friandises, marchant de long en large, d’un pas décidé, toute boudinée dans une capote miliaire. Elle dénonçait la ruse hypocrite des eaux minérales cachées derrière les numéros 61 et 65, et alertait sur le péril de la bombe ‘Bonbons’. Impavide, l’appareil défendait les avantages du consumérisme d’un voix de fausset robotique. http://www.youtube.com/watch?v=4rnSY1qPRNc&feature=share&list=UUUd3HK7fxhsWgRP7g9zdD8A

Quand je roulais en août sur les rails du tram à Nice, un souvenir me revenait comme un hoquet. Il portait son coup de patte, acéré, pas bien méchant et je revoyais l’endroit où j’ai senti une aveuglante déchirure dans la poitrine puis celui où je suis devenue une ombre. Entre ces deux instants, quoi ? Un cycle s’achève. Le temps doit cesser de s’arrêter au chevet des morts. Revenue ce soir à Qing Xi lu, je cherche une forme nouvelle et , si possible, de meilleurs souvenirs.

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