1er Octobre la saison préférée

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J’ai encore travaillé le week-end dernier et n’ai pas trouvé le temps de poster ma chronique. B. s’en est étonné et je veux croire qu’il y avait dans sa question une attente désappointée de lettres de la lointaine Chine.

J’aimerais bien qu’il en soit ainsi mais il m’est permis d’en douter : depuis quelques semaines, personne ne réagit plus à ce que je publie. Rien de grave à cela  car on n’écrit pas pour se garnir de médailles comme un vieux maréchal russe mais tout de même, un petit signe qu’on n’écrit pas pour rien et l’on se sentirait moins seule.

C’était aujourd’hui le début de la Golden Week et de 7 jours de vacances nationales. Les rues sont pavoisées de petits drapeaux rouges qui se balancent mollement dans l’air melliflue. L’automne est ma saison préféré à Shanghai. Le feu confit de l’été remonte à la surface de la terre, avec des senteurs de fruits cuits. Le ciel a perdu sa blancheur aveuglante, c’est une vitre propre avec des brisures de bleu frais. Il fait déjà un peu froid le soir et à côté de chez moi, les ateliers de confection de doudoune tournent à plein régime en vue du long siège de l’hiver. La Chine, le pays aux milles doudounes ! Un milliard de doudounes sont produis chaque année et je n’ose imaginer le nombre de canards occis et plumés pour servir de garniture.

J’ai passé ma semaine à corriger les collections du printemps 2014 pour différents clients.

A Hanzghou, la petite bourrique qui m’a tant causé d’embêtement cet été s’est curieusement assagie. Elle m’a fait les yeux doux d’une laie repue tandis qu’elle me suivait dans le show-room trottinant sur ses jambes trop courtes. Je suggérais des corrections et elle hoquetait des Okay Okay affirmatifs. Combien de temps cette lune de miel va-t-elle durer ?

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J’ai revu la chef du style de K, la marque pour femmes mures dont je parlais la semaine dernière. Je lui ai proposé une ou deux pistes à suivre  avec persévérance pendant quelques saisons, histoire de se mijoter un semblant de style. J’ai  dû batailler ferme car Il n’est pas facile de la faire renoncer au réflexe de copier sans discernement la  dernière marque vedette du shopping mall. Pour arriver à mes fins, je lui ai tendu un piège. J’avais mélangé des images de ses produits au milieu de ceux des concurrents et elle n’a pas repéré les coupables dans la file des suspects.  Déloyal sans doute mais efficace dans ce pays où l’on la notion très occidentale d’identité de marque n’est pas comprise. On veut ici un style comme on s’achèterait un nouveau chapeau. Au fond, je comprends ces chinois car les identités promises par les spécialistes du branding sentent tout de même la marchandise frelatée. Mais enfin, de bonnes fictions sont possibles et bien racontées, elles donnent du cachet et même une certaine « authenticité ». Son équipe de stylistes est venue nous rejoindre : Youki, Mono, Bee, Gugu et Clover sont leurs noms occidentalisés. Me voilà donc chef de bande chez les Tortues Ninja.

Je suis allée avec M me balader du côté de la rivière Suzhou. L’Astor Hôtel est une vieille demeure décatie à la mine cireuse et sombre qui sent un peu le moisi. Le parquet de la salle de bal est superbe, tressé de fines lamelles  de bois qui dessinent de grandes volutes cachemire. C’était la fin d’un banquet de mariage. Un jeune homme le visage empourpré de liqueur fumait à table. Sa famille essayait de le faire bouger en criaillant mais il restait là, plombé par son ivresse, dans la débandade des verres tachés de vin, et les reliques poisseuses d’un repas de noce qui lentement fondaient sur les nappes empressées.

Puis nous sommes allés sur la terrasse du Grand Hyatt  qui offre donne une vue du Huangpu que je ne connaissais pas encore ; Il faisait bon et l’on voyait le dernier méandre du fleuve avant la mer : un bras vers le Japon, un autre vers le vaste Inland chinois. La vue de Shanghai de nuit fascine et l’on regarde bouche bée la pulsation presque infinie de ce qui naît, se déploie et meurt entre deux feux clignotants.

C m’avait conseillé un film Suzhou River. Une histoire d’amour fou au fil de l’eau : un homme et une femme s’aiment. Elle très entière, lui plus circonspect. Il la trahit par bêtise. Elle disparaît. Il la cherche partout. Et après ? C’est un beau film qui m’a rappelé l’Atalante ; c’est l’eau qui fait ça.

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10 Commentaires

  1. Christine · · Réponse

    Mais si mais si on te lit! Si tu crois que j’ai le temps de reagir a tout! Sans compter que tu n’es pas toujours facile a suivre… un peu poetique pour la Savoyarde terre a terre qu’on connait.

    Bref, la marque de fringues pour femmes mures marchant bien par chez moi, c’est Chico… bizarre… j’aurais appele ca Chica plutot, mais bon, ils sont mauvais en grammaire et n’ont qu’un sens tres limite du feminin et masculin. Limite aux parties genitales. Notre table est feminine, notre gazon est masculin… le genre au-dela du sexe tu vois?

    1. OK OK je ne voulais te faire culpabiliser. Je voulais avoir de tes nouvelles. C’est chose faite! Une chose encore: arrête de jouer les Savoyardes bas de plafond, t’es pas crédible. La marque chinoise pour femmes mures n’est pas Chico mais KAKO.
      Grosse bise. G

  2. Bien sur qu’on te lit, mais c’est vrai, on n’a pas toujours le temps entre deux de le dire ou d’écrire ce que cela nous n’inspire.

    1. Merci Vania de ta réponse. Je comprends très bien. On n’a pas l’obligation du commentaire d’ailleurs…. C’est juste que je m’inquiétais un peu de ce long silence. bien à toi G

  3. Merci des nouvelles de la bourrique de Hanzghou (Hangzhou?), qui commencait a me manquer 😛

    1. Salu Sylvain, Hangzhou , merci de la correction.
      je savais bien que tu l’avais à la bonne ma petit dinde chinoise.
      G

  4. Sisi on vous lit ! Du coup vous n’avez pas eu de vacances ? Vous n’avez pas participé aux visites en masses de cette semaine ? 😉 Vous parlez de l’automne à Shanghai, je ne connaît pas encore, mais je n’aime pas trop la pluie qui s’abat sur la ville depuis hier, j’espère que ça ne va pas durer .. J’espère pouvoir vous voir dans les mois prochains! bien à vous,
    Pauline

    1. Merci Pauline, comme quoi il faut se plaindre de temps en temps (pas trop tout de même) car cela suscite des réactions amicales heureuses; j’espère moi aussi vous rencontrer dans les semaines à venir. je reviens le 12/10. G

  5. et alors Nicolas Bouvier?

    1. Next week. Speech le 10/10…. Je te tiendrais au courant. G

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