12 octobre Liberté Egalité Bouvier

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Le grand bazar volant

Je suis rentrée de Shanghai à Nice dans un avion de la China Eastern plein comme un sac de billes. Je me suis habituée à l’atmosphère de kermesse que savent créer en un clin d’œil les voyageurs chinois. Ceux-là partagent avec les manouches le génie du bazar foutraque. Ils arrivent chargés de baluchons gonflés de noodle soup instantanées, de sachets de viande séchée ou de graines de tournesol et déballent la boustifaille dès la première demi-heure de vol déjà affamés et inquiets de la prochaine becquée. Le repas dure onze heures ponctué de pets sonores, de conciliabules étouffés, de séance de taï-chi dans les couloirs, de rires éclatants, de grommellements satisfaits et de petits massages entre amis.

Un voisin chinois

Mon voisin, un certain Mr Liu, était un Chinois de Paris, vendeur de maroquinerie du côté des Arts et Métiers. Ses cousins étaient il y a 30 ans des paysans de la province du Zhejiang crevant de misère les pieds scellés à la tourbe des rizières: ils sont maintenant des milliardaires spécialisés dans le commerce de métaux et préfèrent Hermès à Vuitton, car ce dernier leur semble devenu « trop commun». N’a-t-il pas eu envie de suivre ces oncles milliardaires de Chine ? Non. Mr Liu dit qu’il est moins malin qu’eux. Un homme modeste et doux, ce Liu, la conquête de l’Amérique du Sud ou en Afrique ne l’intéresse pas et ses clients réguliers belges ou allemands, bataves ou italiens lui suffisent. Je me suis trouvée d’un coup très chinoise avec ce projet que je formais pour lui de commercer au-delà des mers et lui très français à sommeiller tranquille dans son pré carré. Pour finir, nous avons parlé de peinture et du Radeau de la Méduse qu’il aimait. Nous sommes unis par ce qui nous élève.

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De petits problèmes d’altérité

A Nice, pendant une petite semaine. Comme mon « chez moi » était loué, j’ai habité chez R puis E. R qui fréquente les forums politiques de la ville dit que « les digues ont lâché » et les commentaires lus çà et là sur internet pour la défense d’un commerçant-shérif le confirment. J’en ai parlé aussi plus tard avec F dans sa galerie où veillaient des gravures de Grosborne, sobres et vigilantes comme des pénitents noirs. Il fut un temps dans cette République, dit F, où l’on pensait peut-être ce genre de chose  – car la haine de l’Autre est une pulsion obscure dont nul n’est jamais définitivement lavé – mais on avait une raison supérieure de dominer ses peurs et de taire de que l’on pensait tout bas : on voulait vivre ensemble. Il semble que cela ne soit plus cas.

J’en ai eu une drôle de preuve, dimanche, à Mouans-Sartoux, lors du Salon du livre, On y donnait une conférence sur la laïcité. Vient le temps du débat. Une femme se présentant comme  musulmane se lève et se plaint que la discussion au lieu traiter de la laïcité n’a porté que sur l’Islam (pour le stigmatiser s’entend), ce qui était rigoureusement faux. Après avoir subi quatre répétitions de son antienne pleurnicheuse,  le public bourdonne et réclame une vraie question de Mme Troll ou son silence. Et la dame se met à geindre qu’on l’empêche de s’exprimer avec un air surjoué de victime. Après son intervention, le débat était hélas mité.

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Au salon, j’ai croisé aussi des éditeurs dont ceux d’une maison de théâtre. Voyant vite que je n’avais pas ma place dans leur collection, j’ai me suis entendue dire ce que j’aime écrire : un texte qui n’oblige pas au combat par d’inutiles griffures et ne provoque par le redressement du corps, son durcissement pour lutter contre un texte en armes. J’aime que les pièces, voleuses aux doigts légers, passent dans les corps-comédiens et leur fassent monter la parole aux lèvres presque sans y penser.

Je suis ensuite partie pour Paris participer au colloque sur Bouvier, un brin soucieuse de trouver ma place parmi ces gens de lettres dont les prudences langagières et l’érudition délicate me rendent timide. Mon vieux fond de nigauderie péquenaude se tortille un peu dans ce genre d’assemblée. Mais j’avais tort. Les amateurs de Bouvier ont en partage une simplicité désinvolte. Ce n’est guère étonnant quand se donne comme parentèle le Hibou et la Baleine.

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