8 novembre, c’était maintenant

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Au temple.

O. est passé me voir à Shanghai et nous sommes allés courir le long de la rivière Hangpu en partant du temple Longhua célèbre pour sa pagode à 7 étages. Nous sommes arrivés un peu trop tard pour voir le gymkhana matinal des vieux chinois maniant le sabre, valsant, fumant sous les arbres où pendent des fines cages à oiseaux : des merles siffleurs superposent leur chant au bruit discret de la nature avec une surabondance troublante. Le mot « surnaturel » s’impose. Le temple Longhua était empli de monde. Les fidèles tenaient des baquettes d’encens très haut au dessus du front, elles formaient de drôles de cornes fumantes. Des biscuits, des piles de pommes et de fleurs mollissaient au pied des bouddhas tandis que des adolescents jetaient des piécettes dans un haut chaudron de bronze et rataient leur cible en riant. Les rituels religieux paraissent bien dérisoires quand le symbolique reste muet. Cependant, paradoxalement leur défaillance pointe discrètement vers l’invisible.

Babula, il est pas là, Babula il est parti !

Nous travaillons depuis 6 ans pour V, tisseur à Mumbai. C’est un poussah riche à millions qui écrase de sa taille colossale une cour de freluquets anémiques et minces de hanche. Sa femme à lui est miniature  et gaie comme un pinson. Elle pépie tout le jour en croquant des diamants.

Voici deux ans, V a embauché un technicien textile appelé Babula. Le pauvre Babula était traité comme un chien. Avec sa petite bedaine et son œil louche, il ne payait pas de mine mais pigeait vite. V a appelé le bureau il y a quelques jours et sa voix trahissait une grande contrariété. Les ouvriers sont en grève et Babula est parti chez un concurrent. Depuis, A et moi, chantons ce refrain en son honneur sur un air de chachacha: Babula, il est pas là, Babula il est parti ! Viva Babula !

Over the Hangzhou Rainbow.

Ne jamais croire que ça y est, on y est. Jamais. Je suis retournée à Hangzhou présenter de nouvelles tendances. Petite Bourrique, la styliste en chef dont j’ai souvent parlé était électrique, en charge négative. Elle nous avait demandé comme à son habitude, de résumer la collection d’un seul mot comptant sans doute sur le pouvoir magique des mots pour combler son absence totale de talent. Pour la satisfaire, et sachant par avance que rien ne lui siérait, nous avions choisi « Rainbow » car la collection est colorée pardi ! Pendant trois heures, elle m’a harcelé pour savoir pourquoi le « Rainbow ». Et oui, au fait, pourquoi l’arc-en-ciel ? Butée, elle tenait tête à tous ceux qui épuisés voulaient m’aider à poursuivre. J’ai rarement vu une telle alliance de bêtise et d’obstination chez quelqu’un: une garde rouge et un pitbull. On prétend que l’arc-en-ciel est la trace du pied d’Iris descendant de l’Olympe vers la terre pour porter un message. Nous savons à présent que les sabots crottés de notre Petite Bourrique macule l’écharpe d’Iris.

Pour me distraire en passant, j’ai glissé dans ma présentation des plaisanteries de potaches qui ne font rire que moi. Le néoprène et les jerseys épais font florès et voilà une direction toute trouvée : « New Jersey » !

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J’ai aussi rendu visite à un fabricant de cachemire qui veut lancer une marque. Nous attendions le big boss et pour nous faire patienter, on nous passait un film d’entreprise. Sur l’écran, on voyait défiler les images de bobines de fils tournoyantes, d’ouvriers  assidus, d’immeubles de verre qui reflétaient un ciel immense. la bande-son était  un concert de voix angéliques dominées par celle très couillue d’un Rambo parlant chinois.  Le film s’arrêtait (enfin! ) sur le plan fixe des hommes-clés de l’entreprise en pantalon noir et manches de chemise. Ils campaient devant le siège de l’entreprise, pétrifiés de fierté corporatiste devant une rangé de drapeaux flottants. Je n’ai vu que leurs cravates colorées comiquement soulevés par un vent narquois. Des dieux de l’olympe, celui des brises légères m’est le plus sympathique : il fait voler la mèche honteuse du chauve, souffle le flambeau du sportif, pulvérise de cendres inconnues l’uniforme de l’officier, soulève l’habit du dignitaire religieux et, last but no least, en été, réjouit les femmes en jupe.

Les plis du temps.

Le passé, le présent, le futur m’ont toujours semblé des notions grammaticalement énigmatiques et longtemps je me suis perdue dans les plis du temps à dénouer ces koans : à quoi pourrait ressembler le futur du passé ou l’imparfait du présent. Sur France Culture, une émission a enfin traité de ce sujet formidable : où vont les futurs qui ne sont jamais devenus présents ? Sur le moment, j’ai tout compris puis j’ai tout oublié. Faut croire que c’était maintenant.

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