8 décembre, ne respirez pas normalement !

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Stay calm and don’t breathe normally!

L’index de la qualité de l’air a atteint 300 (45 fois le niveau autorisé à Paris) et l’air est devenu irrespirable à Shanghai. Noyé dans un velouté toxique de microparticules, le soleil suffoque, rouge et sale dès le matin. Charger des sacs de ciment troués au cul d’un semi- remorque diesel mal réglé en compagnie de trois manutentionnaires  fumeurs de Gitane vous donnera une idée plus précise de la sensation.  Vous y êtes ? Quand l’air frais fait défaut, tout manque.  J’ai sorti mes masques de chantier et me suis souvenu d’un vieux jésuite qui il y a 20 ans me donnait ce conseil : « n’oubliez pas de respirer, c’est mortel ». Vérités de Manrèse, billevesées à Shanghai.

How can you be so stupid?

Travailler avec des jeunots, tout juste sortis de la machine éducative chinoise, me place chaque jour devant le point aveugle de mon idéologie (c’est-à-dire de la logique de mes idées) d’occidentale. J’ai du mal à accepter qu’une  personne douée de raison puisse agir sans penser. Je fais l’expérience quotidienne parfois risible souvent exaspérante de l’absence  de conscience visible dans les actes les plus anodins de la vie professionnelle. Les enjeux, les causes, les conséquences, les priorités, bref tout ce qui à mes yeux donnent son sens à l’action n’est pas saisi par mes collaborateurs. Ils comprennent mes paroles et même assez bien mais le mouvement du sens est comme stoppé. Celui n’est pas incorporé et son influx se perd sans s’inscrire en eux. Tout est  alors traité séquentiellement dans une indistinction troublante. Pour ces chinois, semble-t-il, le monde est plat, l’action mécanique et la pensée, un pet.

Facts, please, facts !

Pour illustrer mes dires et je ne retiendrais que deux gestes anodins de cette semaine. Les autres faits sont trop outranciers pour être vraisemblables. Et puis la stupidité comme la pollution  a aussi ses pics. C’était une semaine chargée.

Je leur demande  de faire le double d’un cahier d’échantillons de tissu pour garder la trace de ce que je remets au client. Je leur précise que les tissus doivent être identiques et rangés dans le même ordre. Je n’exige pas en revanche que la découpe des tissus du double ressemble à l’original. je n’en parle pas même pas. C’est pourtant ce qu’ils font. Et parfaitement : les formes y compris dans leur bizarrerie sont strictement les mêmes au millimètre près. Cette perfection de miroir m’inquiète au lieu de me rassurer. Je ne comprends pas ce mimétisme à mes yeux inhumain.

J’annote les contrats de services en indiquant nommément à chacun qui doit faire quoi et je complète par des instructions en rouge. j’écris par exemple:  « P. ton travail est de… ». R. tu dois effectuer cette tâche avant le… »et ainsi de suite. Oui, je sais. On appelle cela du management en Chine. Ce document devient donc une sorte de feuille de route interne destinée à leur seul usage. Eh bien tu peux le croire ? Ils ont envoyés par rmail ce papier tout peinturluré de rouge à l’équipe du client pour leur expliquer le projet (encore un chance que j’avais supprimé la page ‘budget’).

Comment peut-on être aussi stupide ? Ils me regardent ahuris car ils voient ma colère mais pas le problème.  J’ai fini par deviner. Quand ils me lisent, ils se concentrent uniquement sur les petites notes en rouge qui leur sont destinées comme si un gros feutre noir avait oblitéré le reste. Ils ne peuvent concevoir que le destinataire puisse lire ce qui ne lui est pas adressé. Pour eux, on ne doit pas lire entre les lignes, ni au-dessus, ni en dessous. On ne doit pas interpoler. Certes les récipiendaires sont des employés chinois comme eux et peut-être ont-ils raison ?  Mais quand même, je leur ai collé un « averto » pour non-respect de la confidentialité. Le coup de pied au c…, ça au moins, c’est universel.

Je rêve parfois qu’il en irait tout autrement si je pouvais écrire en chinois. L’écriture chinoise est l’intelligence même,  à la fois précise et polysémique. Mais j’ai l’impression qu’ils ne savent pas utiliser consciemment les mécanismes que le bain de l’écriture chinoise leur a si bravement donnés. Ai-je dit que c’était facile ? Au fond c’est sûrement parce que je commence moi-même à entrevoir ce que parler veut dire que je m’énerve tant à leur sujet.

I am a fashion killer (ugly fashion killer)

Avec A. nous avons fait nos comptes. Nous supervisons actuellement le travail de plus de 50 designers chinois. Voilà de quoi organiser de belles battues et de compléter notre tableau de chasse d’affreux jojos de la mode.  Les prises de la semaine :

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Une tunique baroque avec des manches matelassées de blouson de moto, assortie d’un col en d’astrakan mouillé et d’un camay (camai ?) placé de dentelle.

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Une mantille noire transparente tenant plus du filet à provision que de la dentelle couvrant un tee-shirt en tweed à chevrons marrons le tout bordé par un collier de chien perlousé.

Après ça, on dit que j’exagère !

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