21 décembre, ce qui arrive, ce qu’on attend

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De l’inconfort d’être déçue

Je me suis laissée happer par une mécanique de travail intense. Voici ma vie. Je m’abats le soir tard sur mon lit pour émerger hébétée tôt le matin et reprendre ma ronde folle. Jeudi soir, j’ai pris le shuttle bus d’un de mes clients et je me trouvais au milieu des petites employées à ronfler sur mon siège, écrasée par une fatigue épaisse et ballottée par les soubresauts d’un vieux car brinquebalant. Le klaxon du bus m’a réveillée et je suis descendue dans la nuit froide et brumeuse de Shanghai à chercher un taxi sous les pylônes de Yan’an lu avec  un sentiment très net d’aliénation.

J’ai bien essayé de déléguer du travail à mon équipe mais je dois confesser mon échec cuisant. Je passe un temps, trop long à mes yeux, à rédiger des instructions précises qu’ils ne lisent pas, ne comprennent pas et trouve chaque jour une situation plus embrouillée que la veille. Ils ont le génie de dénicher des idées de conneries inédites à chaque fois que je leur demande une tâche un peu plus compliquée que de commander des post-its. La pénibilité de cette période tient beaucoup à la souffrance morale de me savoir si peu soutenue.

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La confiance est rompue. A quel moment passe-t-on sur liste noire? A quel moment, l’accumulation des attentes déçues fait basculer dans l’invivable. Je ne les supporte plus et je suis vexée d’être devenue si suspicieuse à leur endroit. Je me surprends à ne plus regarder que les mauvais côtés, à guetter au coin du bois la faute petite ou grande qui justifiera mon ressentiment. Je sais que mon attitude est trop affective et n’a pas la neutralité professionnelle requise. Mais qui ne s’est pas fait piéger à ce jeu-là ?

Ce qui m’amène à réfléchir sur l’espace rêvé de l’attente et  la conscience des limites. Je joue toujours avec ces jouets dangereux mais j’ai la chance le plus souvent d’être celle qui déçoit. Appelée souvent dans des situations d’impasse par des équipes jeunes et immatures, je me vois parée du pouvoir de faire des miracles. J’endosse ce vêtement d’utopie car il rend possible le dépassement tout en sachant que le rêve va s’arrêter et que je serais nue. Ils dégriseront et  m’en voudront surement d’avoir trahie une attente dont je me suis trouvée si étrangement affublée.  Décevoir ne me dérange plus. C’est la loi. Et mon honneur si je puis dire.  En revanche, ces jours-ci, je retrouve avec aigreur l’inconfort d’être déçue. Il est temps de couper.

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La mode manque de style

Je discutais cette semaine d’une nouvelle orientation du style d’une marque de mode très importante en Chine (3000 magasins). Les enjeux sont de taille et autant dire qu’on ne donne pas de coups de barre à droite et à gauche sans y réfléchir à deux fois. J’ai proposé des évolutions assez modérées mais qui ont été rejetées ; Les ai-je mal expliquées ? C’est possible mais il y a aussi dans ce veto l’expression habituelle de la peur que tout changement, même minime, inspire.

Ce qui était assez savoureux cependant était la ruse des images et des mots dont chacun faisait usage pour faire comprendre aux autres de quel style il parlait.

En mode, du moins celle dont je m’occupe, on peine à trouver une unité d’auteur. Il Pour donner un sens commun à des  expressions aussi galvaudées que « casual » ou « romantique », on doit tailler si large qu’on ne dit plus grand chose. Or, »l’art de dire de petites choses est plus difficile que l’art d’en dire de grandes » et le discours de la mode manque singulièrement de style.

Si du côté des mots, c’est le ratage, voyons un peu du côté des images. Un mur aveugle nous attend. En Chine, l’image est saisie d’un coup dans sa littéralité et non découpée, analysée comme nous le faisons, nous autres occidentaux saturés d’imagerie. L’image nous parle, nous donne à penser et nous postulons une unité sous-jacente que nous cherchons à tâtons. En Chine, il semble que l’image véhicule surtout un sentiment d’ensemble. Aussi un jeu d’images subtilement disparates, choisies pour converger par l’entrechoc des significations vers un point invisible provoquera-t-il ici un flux de sentiments contradictoires. Patatras !

Seulement chez choupette!

Les vendeurs à la moue dédaigneuse de chez colette sont verts! Ces magnifiques chaussons serpillières aussi ébouriffants que des myriapodes sont seulement chez choupette, la version sino trash du célèbre concept store parisien (pas de ‘C’ majuscule, please) au prix de 3 euros.

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Le bombardement des vœux de fin d’années commence. J’en ai reçu une dont le terme d’entrée disait « Dear Industry friend ».  Une amitié industrielle pourquoi pas ?

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