4 janvier, dans l’indécis d’une année neuve

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Irrésolue

En ces premiers jours de janvier,  les cordes du désir sont un peu lâches et je flotte sans guide dans l’indécis d’une année neuve. Cette chronique s’éparpille comme un gâchis de paquets de Noel défaits sur le parquet.

J’ai croisé le temps d’un dîner, d’ailleurs mauvais, une jeune femme polonaise à l’anglais distingué qui soutenait qu’il fallait écrire un plan de ses résolutions, à  raison de 5 objectifs mensuels selon une échelle graduée du « facile à atteindre » à « réalisation exceptionnelle».  Ma réaction spontanée a été: haha, foutaises que tout cela ! Mais je me suis tout de même interrogée: le fait d’exprimer nos désirs nous rend-il plus aptes à les réaliser ? Au contraire,  les recouvrir d’un silence circonspect nous donne-t-elle plus de champ pour les atteindre ou s’en défaire discrètement ?  J’ai constaté qu’exprimer ce que je désirais me permettait de parfois l’obtenir et parfois non.  J’ai également constaté que me taire aboutissait exactement au même résultat. La question de savoir si une résolution explicite est plus efficace qu’une intuition ineffable est donc irrésolue à ce jour. Mais le questionnement de soi fatigue.

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On t’a vu dans le Vercors, on t’a vu dans le Cantal….

L. et A., mes deux charmants neveux sont de fameux calembouristes. Ma nièce L. passait le jour de l’an dans le Cantal avec ses parents et répétait les noms de village où les saints font florès : Saint Flour, Saint Nectaire ou Saint Chamand. Comme elle avait entendu dire que je me trouvais à Singapour, elle cherchait le lieu-dit Saint Gapour. Sur ma carte personnelle, effectivement, il y bien un Saint Gapour entre l’île au trésor et la lettre « A » de l’Océan Atlantique.  Un peu plus tard, son frère A  informé des dangers qu’il y a à changer une ampoule ou à mettre ses doigts dans les prises, a promis de bien faire attention afin de pas s’électro-quitter. Qui se souvient de la chanson de Brel reprise par Claude François: ne m’électro-quitte pas ? OK, ça va, je sors.

Coup de grisou, coup de blanc

J’ai fait une lessive le premier janvier. Un foulard tie and dye noir et blanc s’est glissé au milieu de la blancheur des chemises et des draps entraînant la lessive dans le bouillon gris-bleu connu des lavandières godiches. Tant de grisaille pour commencer l’année, m’a semblé un piteux présage et je me suis fait fort de rattraper le coup à grands coups de javel. Le blanc éclatant du premier jour est ma première victoire sur le gris et aussi sur la mélancolie.

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Combinatoire

J’ai repris mes visites chez les marques chinoises pour apporter un semblant de méthode à des stylistes désorganisées et incapables. L’immense majorité d’entre eux seraient bien en peine de dessiner une simple poche ou de distinguer un tissu jacquard d’un crêpe. Ils se contentent d’aller cueillir çà et là des copies auprès d’innombrables fournisseurs et de composer par assemblage un simulacre de collection.  Ce qui est légitime pour une enseigne de prêt-à-porter de masse où le merchandising fait loi, devient un vrai problème quand les stylistes, la tête boursouflée du mythe du « grand couturier » se piquent d’avoir un style.  Ils ne changent en rien  mais accommodent le tout d’un sirop verbeux de bonimenteur. Ainsi, pour vérifier les possibilités d’appariement d’une collection, on m’a montré hier des montages photos où chaque produit avait été mixé successivement avec tous les autres. C’était stupéfiant d’inutilité. Et tout ce petit monde de caqueter, de pontifier, de jouir enfin de sa petite comédie. J’étais abasourdie. Je les croyais terre-à-terre et ne me rendais pas compte à quel point ces gars-là ne voient que ce qu’ils croient.

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Une bibliothèque à louer

Grâce à R, je loue mon appartement niçois sur airbnb. Certains lisent mes livres et  deux m’ont remercié de leur avoir fait rencontrer Faulkner et Hubert Selby Jr, deux vieux colocataires. Surtout Faulkner, of course.

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3 Commentaires

  1. Quand une resolution prend la forme de mots que l’on met sur des reves je suis pour. Les mots incarnent ces derniers et sont un premier pas vers leur realisation.

    Ariane Mouchkine, grande Dame du theatre francais dans ses voeux d’epopee 2014 nous invite a faire de la democratie notre affaire « Déclarons-nous, tous, responsables de tout », lance-t-elle en nous invitant à entrer dans ce « chantier des chantiers », « ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit au Public”. » « L’État, en l’occurrence, c’est nous », ajoute-t-elle, en nous encourageant à expérimenter, à ouvrir des laboratoires, à ajouter « des petites zones libres », tous « ces petits exemples qui incitent au courage créatif »… (propos repris sur le Club Mediapart ou se trouve egalement son texte integrale).

    Ces « petites zones libres » sont notre part de reve qu’il ne tient qu’a nous de realiser !

  2. Tu dis vrai. Entrons en zone libre ! La bise. G

  3. Faulkner je le vénère. Benoît

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