31 janvier, l’art de la guéguerre

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Tohu bohu  de cheval

Depuis 7h du soir, pétards et feux d’artifice crépitent. La rue X sent la poudre et l’on aperçoit derrière l’épaisse fumée quelques ombres en maraude allumant des cartouches.   La nuit opalescente se colore en rose, jaune ou bleu, le bruit est assourdissant : sifflements de fusées, coups de fusil, pétarades et en fond, les stridulations des alarmes automobiles. Cela va durer jusqu’à 3h du matin. C’est le nouvel an chinois !

Nous avons été invitées par l’un de nos clients à un repas familial dans un hôtel de luxe du coin. Tout le monde mangeait beaucoup, parlait peu et buvait sec. Le patron était entouré de ses amis, de sa femme et de leur petit dernier, un baby de six mois. Leur fils aîné âgé de 20 ans peut-être m’a dit avoir appris 15 000 mots de vocabulaire anglais en vue de postuler à Berkeley. Je m’en étonnais mais il semble bien que le vocabulaire anglais de base comporte 15 000 mots environ. En français, le nombre de mots utilisés dans la totalité du théâtre racinien s’établit 2000 mots selon les études littéraires les plus récentes et avec 400 mots on peut aisément faire une belle carrière dans la politique ou le commentaire sportif. Le fiston m’a cependant avoué avoir déjà tout oublié. Je me disais aussi….

Les jours qui précèdent le nouvel an chinois sont réputés pour leur dangerosité. Il faut entrer dans la nouvelle année sans dettes ni crédits et certains sont tentés de choisir des méthodes musclées pour égaliser les comptes.  M. en a fait la cruelle expérience. Un fournisseur voulant être payé a bloqué son usine avec des chaînes et il a fallu l’intervention du gouvernement local pour libérer le personnel. Et un gros chèque. L’histoire ne dit pas qui l’a encaissé.

On entre dans l’année du Cheval. A. qui est Cheval de feu se tient à carreau. Cette année, elle risque de rompre le cou dans l’escalier et de se faire piquer son portefeuille, prédisent les chinois. Nous, les Coqs de terre ne risquons pas grand-chose. D’ailleurs, arrive-t-il jamais quelque chose à la poulaille de basse-cour?

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Ce que nous savons de Lucy C.

Lucy C.  une employée chinoise travaillant au département des achats m’écrit à propos d’une facture que je lui ai remise. Elle veut savoir quel est le code postal de ma société à Hong Kong. Or Hong Kong n’a pas de codes postaux. Mais, va savoir, elle insiste et je sens bien qu’il n’est pas concevable pour elle que la case « Zip code » puisse rester vide ou qu’elle se satisfasse du nom du quartier – Central ou Kowloon – écrit en toute lettre. Je lui propose qu’on se voie lors de ma prochaine visite pour parler de l’incurie des postes hongkongaises dont le génie administratif chinois s’est fort heureusement détaché et tenter en douceur de faire passer ma facture.

Je me pointe peu après. Dans les couloirs, une petite secrétaire à lunettes m’alpague pour fixer des rendez-vous. Je lui demande de patienter un instant car, lui dis-je, je dois rencontrer une certaine Lucy  C.  pour régler quelques détails administratifs. Elle me regarde interdite puis s’exclame en pouffant « Lucy, c’est moi ! ». Riant de ma méprise, j’accompagne Lucy jusqu’à son bureau. Nous fixons le planning des réunions puis ce point étant clos,  j’ose aborder la question délicate du Zip Code hongkongais. Et Lucy de me regarder stupéfaite : « Ah !  Mais c’est vous ! ». Elle venait de réaliser si elle était elle, alors je devais être moi. Il y a ici une incapacité à se mettre à la place d’autrui qui est stupéfiante. Cela amuse ou effraie selon les circonstances.

L’art de la guéguerre

Ces dernières semaines, j’ai tenté de tracer les frontières de trois marques d’un même groupe brouillées par des années de management approximatif et peut-être de sourdes rivalités. C’est qu’il y des guerres de position dans la fashion : Telle marque tient à son « écriture coton » (haha ! cela ne s’invente pas) tandis que l’autre revendique le monopole « de la dentelle all-over ». Dans mes tentatives de conciliation, j’en ai pris plein la poire. C’est l’usage. Le tiers présent doit payer. Et puis, tout a cédé d’un coup et si facilement que je suis trouvé victorieuse sans avoir réellement combattue. Toi, petite poule gauloise, tu aimes trop le baroud et le panache et ce, juste que dans la débâcle ; il te reste à comprendre l’efficacité chinoise. L’art de la guéguerre en somme et la gagne, petite!

Il y a quelque chose de rouillé dans mes rêves du moment ; un parfum de fond de tiroir. Certains disent que je suis « bluesy », que c’est plus çà, que le temps de l’émerveillement est passé (si tant est qu’il n’ait jamais eu lieu). C’est possible. Les poules de basse-cour parfois s’ennuient. Elles rêvent d’être des aigles.

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