8 février, une trêve considérable

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Une trêve considérable

Les sept jours fériés du Spring Festival sont une trêve considérable dans la ville la plus rapide du monde. La nuit est criblée de rafales de pétards mais les journées sont blanches et mates. Les taxis glissent le long de Yan’an lu dans un silence d’étoupe jusqu’au Bund en 20 minutes (il faut une heure habituellement).  Le petit monde de la rue H. semble évanoui : fourneaux éteints, bâches tirées, personne ne crie ne pète ni ne fume. Nul âme ne joue ne danse ni ne mange. Un salon de coiffure est resté ouvert dans la rue X. Le premier jour, les merlans sont restés assis et consultaient leurs téléphones mobiles à la dérobée ; le second jour, ils ont rapprochés leurs sièges pour former un banc et se donnaient des coups de coude en riant. Le troisième jour, ils ont fini par tirer une table au milieu du salon et taper le carton toute la sainte journée.

Pour moi, c’est le temps béni des lampistes et des bénédictins ; un temps pour les choses lentes et méticuleuses, la comptabilité et les ouvrages de dames. J’ai classé les dépenses et les recettes de l’année et agrafé les tickets bien droits avec le contentement d’une épicière prospère. J’ai aussi pratiqué l’art du « crop » sur photoshop et détouré des silhouettes à m’en crever les yeux penchée comme un copiste sur ses enluminures.

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Du chagrin dans la foulée

Pour chiffonner cette sage image d’Epinal, avouons aussi que j’ai repris aussi la course à pied avec un groupe qui se désigne lui-même sous le nom de « Urban Tigers » ; L’animateur principal de ce groupe pousse un rugissement minuscule avant de taper dans la main. Voilà pour le tigre ! C’est un groupe, allègre, assidu et débonnaire qui me rappelle la joyeuse bande de Nice avec qui j’ai poulopé tant de kilomètres. Mes jambes sont gorgées d’acide lactique et j’ai tout le temps faim.  Mémoire du corps. Au cours du premier été si triste que j’ai passé ici, j’ai beaucoup couru pour me tirer les larmes du corps : c’était ou le chagrin ou la foulée. Je suis en train d’épuiser cette équivalence.

Au stade, le gymkhana des personnes âgées est toujours aussi désopilant. Tandis que j’enchaîne mes tours péniblement, j’observe : levers de jambes dignes des danseuses du Crazy horse, téméraires envolées aux barres fixes, mouvements imperceptibles des poignets sur musique d’ascenseur et puis ce grand type maigre qui fait tourner une toupie tibétaine autour de lui. Le diabolo vrombit comme un Latécoère et projetait une onde vibratoire grave et nourrissante comme la voix humaine.

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