15 février, le taxi dans la flaque

tumblr_n0yfj92OWe1qzr1zio1_500

Rouler dans les flaques

Les taxis sont ma deuxième maison à Shanghai .  J’y prends des cours  accélérés de shanghaien en  grasseyant  un « a » à la fin des phrases. Huashan lu_Ah, Fuming Lu_Ah.  J’y somnole le matin dans les embouteillages. Je m’y bouche le nez et les oreilles quand le chauffeur se révèle, pour mon malheur, grand fumeur, grand cracheur et grand péteur (en général çà va ensemble, va savoir). Je partage la solennité des dramatiques radiophoniques que le conducteur écoute d’un air profondément absorbé, et sursaute quand un coup de gong vient rompre la mélopée compassée des récitatifs. J’accompagne les envolées stridentes des commentateurs sportifs du foot chinois mais, le plus souvent, me laisse traverser par Shanghai qui défile derrière la vitre essayant de trouver des repères connus. Centres commerciaux et résidences se ressemblent car les promoteurs sont pressés de dupliquer une formule bien rodée. Seuls les gratte-ciel se singularisent parfois et marquent le paysage comme un noyer majestueux estampille le sommet d’une colline ou un trognard  hirsute émarge au bord de la route. La nuit ponctuée de lumières multicolores révèle ces grands blocs en béton armé. L’autre jour, ma rêverie a été interrompue quand le taxi a fait une embardée et a roulé dans un trou d’eau. La gerbe d’eau a mis le chauffeur en joie. Pris d’une fureur cinétique, il a roulé à fond et entamé une série de dérapages incontrôlés sur la chaussée glissante. Il brayait alternativement hen hao et very good . La transe lui avait donné apparemment le don des langues. Il a exulté ainsi jusqu’au point d’arrivée. Il avait pourtant l’air plutôt placide au chargement. Les humains sont imprévisibles.

 tumblr_n0ztgsP1xc1rzbqy3o1_1280 (1)

Une question de vocabulaire

Quand on travaille avec des professionnels chinois du marketing,  il faut accepter de s’exprimer dans une langue brouillonne, volontiers négligente où les notions de « valeurs de marque », « d’identité  de marque» sont malmenées en fonction des nécessités du jour. Surtout ne pas viser juste parce que l’équivocité de la langue est leur plus sûre protection. La précision embarrasse. Il faut leur ménager des portes de sorties et leur fournir des mots faiblards à raturer. Il faut les appâter par un lexique anémié pour les faire sortir du bois, ces sujets peureux de la conversation. Je me vautre donc dans un flou étudié. La dernière fois, on a buté sur  une ‘valeur’. Devinette: comment qualifie-t-on un détail charmant qui attire l’attention et flatte l’apparence mais qui n’est pas séduisant pour autant (la pruderie ordinaire chinoise interdit  évidement de parler de séduction et encore moins de sexyness). J’avais proposé de biens braves adjectifs, un peu couillons, confus, inoffensifs. On s’est offusqué : « Ah ! non, non non, vous n’y êtes pas du tout ». Très bien. Je les ai laissé mijoter dans leur bouillon. Ils y sont encore. La semaine prochaine, m’est avis qu’ils avaleront sans sourciller une came plus limpide.

tumblr_mymuj5VEcg1rionq1o1_1280

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :