8 mars, au salon

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Au salon.

Après le salon des appareils ménagers, des pigments colorés, de l’alimentaire, de l’automobile et du packaging j’ai complété ma revue de la Chine industrielle par un énième salon professionnel textile. On cherchera en vain dans ces allées un de ces stands high tech où le blanc du Korian et le vert des plantes en pot célèbrent à une esthétique minimaliste, blonde et écologique. La rareté comme stimulant de la désirabilité ? Connais pas.  Le dispositif d’exposition est sommaire : une table en formica couverte d’échantillons, des blocs de commande à feuille carbone, des cartes de visite criardes, de papiers de bonbon défaits ; et autour, des racks surchargés de came ; Les employés dorment appuyés sur leurs coudes ou tapotent sur leur téléphone puis se lèvent fébriles à l’approche du chaland.  Pas de restaurant de sushi ou de soupe bio mais la bonne vieille cantoche collective chinoise, avec ses plateaux-repas en alu, son bruit,  son frichti et de grands rice-cookers où le préposé au riz plonge une cuillère plate de plastique blanc. J’ai passé une journée entière à échantillonner des tissus pour des clients. Mon faciès de caucasienne est une ambassade honorable. Je peux demander à voir les produits non exposés car je suis moins suspecte d’entourloupe que mes clients chinois. Ils se tiennent en embuscade à distance respectueuse. Cependant, personne n’est dupe. Une chinoise qui travaille comme agent de lainiers italiens  avouait ouvertement qu’elle avait créé une société textile qui copiait les produits de son mandant. Elle sait que cela ne durera pas mais elle aura fait son beurre entre-temps. J’ai donc fait provision de  fourrures colorées ébouriffantes, de jeans très polluants, de polyesters mous et secs, de carreaux sévères, de laines pelucheuses et de dobbys flamboyants. Chez un imprimeur, je suis tombée sur un tissu imprimé de mots venus d’un langage totalement inconnu. Ce n’était pas le Chinglish usuel et ses hilarantes fautes d’orthographe.  Non, sur la trame était inscrit Smorglh, Benta et Yek. Mystère.

7 heures de silence

Il arrive qu’on me demande de faire acte de présence à des meetings. Rien d’autre. Cet exercice me semblait très difficile jusqu’à une époque récente. J’avais du mal à ne rien faire d’autre qu’exister sans me sentir coupable d’inutilité, à me taire sans éprouver la vague honte de mon insignifiance. Mais j’ai fait mes classes à la rude école chinoise et cette semaine j’ai tenu 7 heures ! Je n’ai rien fait d’autre que de changer de position sur ma chaise, de vider des mini-bouteilles d’eau,  d’esquisser un sourire entendu et flottant puis de froncer le sourcil comme pris d’une douloureuse et muette interrogation et enfin observer d’un œil égal le jeu des protagonistes, leurs inerties, leurs fanfaronnades, leurs compromissions, et leurs désirs aussi et cette chose, si humaine et si frappante que l’on ne parle que pour soi-même.  Ce que l’on raconte parvient déformé par les plis d’un référentiel particulier. Autrement dit, dès qu’on cause, on ne s’entend plus.

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Marivaudage high tech

M. m’a conseillé  « Her » un film de Spike Jonze  avec Joachim Phoenix et la voix exténuée et sexy de Scarlett Johannson. Le film qui se situe dans un proche futur à Shanghai donne à voir Théodore, un homme déprimé par une rupture sentimentale, qui trouve dans une OS (un operating système, pas une ouvrière spécialisée !) super intelligente et super drôle nommée Samantha, un amour à sa mesure. Objet de désir parfait, Samantha renvoie à Théodore l’image magnifiée de son attente et réussit l’impossible: aimer Théodore comme il veut l’être. Très exactement.Evidemment, une bonne carte mémoire et la liquidation du corps sont nécessaires pour réaliser le tour de force d’une parole sans non-dits et d’un face-à-soi sans risque.  Mais il apprend que Samantha aime aussi parfaitement 641 autres personnes. Cette polygamie digitale le fait souffrir et il se sent superlativement cocufié.  Her est un marivaudage high-tech brillant et réaliste qui donne à  entendre des bits de discours amoureux (pardon Roland Barthes) – Déjà au Japon, des jeunes hommes préfèrent déjà avoir des petites amies virtuelles. Mais ce discours est-il si nouveau que cela ?   Qui prétendra qu’il n’a jamais voulu être un jour reconnu, désiré, confirmé dans son être singulier ? Qui n’a pas souffert de ne l’être jamais assez?  Et qui enfin n’a pas été pétrifié à l’idée ce désir d’être désiré puisse être finalement comblé ?

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L’autre salon

Je me rends à Paris pour le salon du livre.  Des rencontres s’organisent. Le samedi 22 mars avec Inès Breton et Nathalie Man, deux auteurs de livres sur Shanghai et Pékinà la  Librairie Libre’Ere, 111 bd de Menilmontant 75011 PARIS à 19h et le Dimanche 23 mars 16h -17h avec Xiao Bai et Teng Xiaolan, deux écrivains venus de Shanghai (ville invitée) – Pavillon Shanghai (P50) sur le thème histoire de Shanghai et écriture. Et peut -être une troisième à la Maison de la Chine. L’invitation au Salon du livre me vient de la part de la sinologue et traductrice Geneviève Imbot-Bichet fondatrice de la maison d’édition Bleu de Chine. Comment m’a-t-elle trouvé ? Je ne sais pas. En tout cas, cette Geneviève a pour moi les traits d’une bonne fée.

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