31 mars, le monde des huîtres

 

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Chaleur

Le printemps est encore un peu hésitant ; si la majorité des anglaises en vacances montrent leurs pattes blanches et dodues sur la Promenade des anglais, je n’ai lâché ni ma doudoune ni mes bottes. On ne se dépoile pas comme çà au premier soleil. J’ai couru jusqu’au sommet de la colline du château et la mer en contrebas était comme un bloc de lumière. J’étouffais dans mon collant noir mais ce débordement de chaleur un peu too much  me faisait frissonner du simple plaisir d’être au monde.

 

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Ni du, ni indu

On attend depuis des mois une attestation de la caisse de retraite stipulant qu’il n’y a à l’endroit de ma mère ni du ni indu. Il est étonnant de constater qu’un message d’une telle neutralité puisse figer ainsi la succession – dont la simplicité est par ailleurs brutale : Isabelle a vécu ses dernières années en nomade avec pour tout bagage deux sacs de sport de taille moyenne.

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Feu clignotant

A Nice, j’utilise frénétiquement Vélo Bleu le système de location de vélo en libre-service. Je m’acclimate rapidement aux règles du trafic local et surtout à l’art d’esquiver les nombreuses voitures qui stationnent en double file et obligent à de dangereuses chicanes. Dans la rue de Lépante, je chaloupais de droite à gauche et mes ricochets ont effrayé une dame en voiture. Perdant les pédales, elle a sorti son bras gauche par la fenêtre pour m’indiquer qu’elle tournait et son poing s’ouvrait et se fermait figurant le clignotement d’un sémaphore.

Votation

Mon ami R cherchait des assesseurs pour le second tour. Par amitié, je me suis donc pointée dans une école maternelle du quartier Saint Roch. J’ai été accueillie par la présidente, une femme maigre comme un os de seiche, calcinée par une colère éternelle et affublée d’un accent nissart à couper au couteau. Elle m’a appelé « chérie » de sa voix rauque de maquerelle. Comme on s’en doute,  hormis  ses préférences politiques, on s’est bien entendu.

Ses collègues – des fonctionnaires de la mairie en activité ou en retraite – n’étaient pas mal non plus. Une brune vulgaire se dandinait en secouant de grandes mains au vernis noir écaillé et s’en allait  fumer des clopes. Deux vieilles boucanées me regardaient comme une extraterrestre, stupides comme des chèvres. Une mère de famille alternait bavardage intempestif et bâillement d’ennui. Entre deux électeurs, je lisais Le Veau, une nouvelle de Mo Yan qui raconte une histoire de veaux châtrés et d’un plat de testicules très convoité.  Entre la campagne profonde chinoise sous Mao  et le caquetage de mégères murissantes rien de commun et pourtant…en les écoutant, je m’avisais qu’elles vivaient à Nice depuis toujours ; certaines habitaient le quartier où elles étaient nées et parfois le même immeuble depuis plus quarante ans. Dans ce monde mouvant, se peut-il que les niçois soient plus immobiles que les paysans pauvres de Massang ? Le monde des huîtres est un monde mais enfin, il est petit. Le score du Front National a été proprement stupéfiant.

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