19 mai, le bruit blanc de la mélancolie

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Le bruit blanc de la mélancolie

Je me faisais une joie d’aller à Hong Kong ce week-end ; le programme était prometteur : la visite d’Art Basel, un peu de shopping tissu, et puis pourquoi pas, un footing autour du Peak.  Les yeux plus gros que le ventre, évidemment. Mais voilà, arrivée dans ma chambre glacée d’Hollywood road, j’ai le blues. Hong Kong tiède et fumante n’y est pour rien.

Samedi. Art Basel. Je passe devant une installation composée d’un potentiomètre électrique raccordé à des écouteurs. Le galeriste dit : « c’est un dispositif de visualisation du son ».  Je mets le casque et n’entends qu’un sifflement sans modulation. Pas une aiguille ne bouge. Je le regarde ahurie et dit : « le son de quoi ? ». Il répond gentiment: « you don’t get it ».  Je ne peux qu’être d’accord. Le gratin des galeries internationales est là : des individus à la mise si soignée et l’air si distingué qu’on les croirait fait d’une pâte plus fine que le commun des mortels. Le public profane bombarde de photos tous les tableaux à portée de vue avec  un appétit glouton. A quelle fin ? Pour les regarder plus tard, en garder la trace, les « posséder » ? Les  tableaux subissent l’assaut, impavides. Je les trouve solides; les passants qui mitraillent m’apparaissent comme des images fugaces rejouées à l’infini.

Une petite fille me fait rire. Très sage avec sa queue de cheval, ses lunettes et son survêtement rose, elle photographie un tableau où le mot FUCK est écrit en lettres jaunes, puis prend consciencieusement en photo le nom de l’artiste et rejoint ensuite ses parents en-chan-tés de son intérêt pour l’art. C’est que la « créativité » est devenue un attribut de la performance des élites et l’initiation ludo- éducative à l’art fait désormais partie du programme dominical des enfants bien nés. Dimanche, j’étais plus sereine et je suis allée à l’hôtel de ville de Hong Kong voir une exposition rétrospective sur l’oeuvre de Fabienne Verdier, artiste et auteur d’un livre extraordinaire « Passagère du silence » qui relate son initiation à la calligraphie chinoise dans la Chine des années 80 auprès d’un vieux maître déchu par les gardes rouges de la Révolution Culturelle. Ses tableaux se déploient d’un seul trait vif inspiré des caractères chinois.  C’est beau.

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En compagnie des livres

Jeudi, c’était la lecture de Shanghai Zen. Il n’y avait pas grand monde. Allons, mon bon !  Nous allons finir par croire que les gens ne lisent plus ! J’ai passé un moment très agréable en compagnie de livres et de quelques lecteurs. Nos chaises posées en rond formaient un cercle autour d’un feu absent et les étagères chargées de livres levaient les parois d’une cabane en bois blond. Les livres sont essentiellement faits pour la conversation.

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If you had said…

Les indiens de la société M m’épuisent depuis deux ans pour mettre au point un séminaire de 4 jours durant lequel je leur apprendrais la méthodologie de la tendance. Par principe, j’accepte tous leurs caprices sachant que cela n’a aucune importance. Mais il suffit que je consente pour qu’ils renoncent. Car s’ils poursuivaient, il faudrait qu’ils agissent. Drame ! c’est ce qu’ils redoutent le plus au monde.

Lors de la énième parlotte téléphonique, j’ai explosé. Je me suis accordée cette faveur. Je n’en pouvais plus. Secoués par cette irruption soudaine de LA COLERE dans leurs ronrons, courbettes et dodelinements éternels, ils ont mis fin à la discussion et m’ont écrit quelques jours après un email plein de chafouinerie doucereuse qui me faisait porter le chapeau de la dispute. Eux, bien entendu,  étaient aussi candides que le bouddha.

Toutes les phrases du mail commençaient par « if you had said… ». M’est avis qu’il faut quand même être de beaux e*** pour aller te reprocher ce que tu n’as pas dit. J’ai répondu que j’endossais avec joie le costume impossible du provocateur accommodant et les laissais sans regret à leurs atermoiements.

L’arrivée du grand personnage

Je sentais depuis quinze jours qu’il se passait quelque chose dans le quartier : les jardins briqués, les gilets orange flambant neufs des volontaires de rue, les arbres coupés (pour éviter des snipers ?) et aussi le ballet stroboscopique des voitures de police. Tout cela annonçait la venue d’un grand personnage d’Etat.  C’est bien lui qui vient. je veux parler de X.X.

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2 Commentaires

  1. Salut G,

    ma copie de SZ m’attend a Rome (merci Fnac.fr!). Je vais, mois aussi, bientot m’asseoir autour de ce feu symbolique.

    P.S. ton experience avec les indiens (minuscule) … ‘résonne’ 🙂

    1. Caro M, c’est chouette. Merci. tu me diras ce que tu penses. J’espère qu’on se reverra autour d’un vrai feu dans un endroit où il fait très froid. A bientôt.

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