12 juillet, premier prix de bavardage

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Un premier prix de bavardage

Le week-end dernier j’étais à Hong Kong pour intervenir dans deux conférences. La première se tenait au Jockey Club Innovation Tower, un bâtiment signé du cabinet Zaha Hadid feuilleté et vacillant comme un livre écorné.  Le brio d’Hadid donne un peu le tournis. On rêve parfois de murs tirés au cordeau et de sols plats surtout le dimanche matin quand, les yeux rouges d’avoir trop peu dormi, on planche sur la mise en place de processus d’innovation dans l’industrie manufacturière asiatique devant l’association des designers de Hong Kong. Le colloque a commencé par un cérémonial compliqué de serrages de pattes, de photos officielles pour finir avec l’inévitable remise de « certificat d’appréciation ». Les hongkongais sont moins éloignés qu’ils ne le croient des chinois du continent dans leur passion des courbettes et des diplômes : le plus négligent des fournisseurs chinois affichera sur son mur de gloire un nombre impressionnant de premier prix remis au cours d’obscurs concours régionaux – le nombre de cantons que compte la Chine est un atout décisif. Le plus godiche des stagiaires a plus été décoré au cours de sa scolarité qu’un héros de Stalingrad pour des faits d’armes qui vont du troisième prix de camaraderie à une compétition de basket au zèle témoigné dans le gonflage de ballons lors de la cérémonie d’accueil d’une huile locale.

La seconde conférence avait lieu au centre d’exposition de Hong Kong qui accueillait des fabricants et des acheteurs de mode de Chine et d’ailleurs. J’y ai parlé de tendances de mode avec un ton évasif conforme à mon état esprit du moment : détaché. Tandis que je montais sur l’estrade,  je m’avisais que le public n’entendrait que ce qu’il verrait. Au fond, il n’y avait qu’à regarder et je me suis contentée de faire défiler mes jolies » slides » en débitant des platitudes. Mon babil inoffensif servait seulement à fixer les images,  comme ces mélodies gentillettes égrenées au xylophone qui accompagnaient les premiers reportages télévisés. Personne ne s’est plaint de mon inconsistance et l’expression convaincue et appuyée qui caractérise ordinairement mon discours m’est apparue à rebours assez risible. Une mythologie familiale me concède depuis longtemps un don d’éloquence hérité de ma grand-mère; elle est restée dans les mémoires notamment pour avoir à la fin de guerre négocié la relaxe de ses deux beaux-frères faits prisonniers par erreur par de jeunes partisans éméchés dont l’un devint, peu après, maire du village. Son plaidoyer fut tout de même bien servi par l’ambassade d’un plat de pigeons aux petits pois nouveaux et le biographe honnête ne peut pas tout à fait exclure que leur libération doive plus au talent de cuisinière de ma grand-mère qu’à son bagout.

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Araignées et chiens noirs

Entre ces deux tours de piste, je suis allée me promener sur la petite île de Lamma qu’on atteint en demi-heure de ferry depuis Central. L’air était saturé d’humidité et en ce jour travaillé, il  n’y avait pas foule. Les sentiers étaient coupés çà et là d’immenses toiles d’araignée perlées d’eau et lestées de feuilles mortes au centre desquelles d’énormes araignées se tenaient aux aguets. Un parfum de mystère et de féerie exsudait de ce silence végétal. Je me souvenais d’un personnage de conte : il échappait à ses poursuivants en se réfugiant dans une grotte qu’une araignée vient nuitamment fermer d’une résille transparente. J’ai marché jusqu’à un village où il ne restait que des chiens: les habitants devaient être au travail à Hong Kong. Ils aboyaient furieusement et j’ai eu peur. Je n’aime pas rencontrer des chiens noirs égarés sur les routes de campagne.

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Chambre 3002

Je suis revenue à Hong Kong dans la soirée où l’on m’avait réservé une chambre au luxe tapageur. Le designer avait eu la main lourde et la chambre était sur équipée d’objets électroniques: smartphone, ipad et écran plat, ces soit-disant must-have du travailleur nomade. Il n’est pas interdît de penser que les clients de l’hôtel, étant eux-mêmes déjà pourvus de smartphone et d’ipad,  la chambre se transforme rapidement en succursale d’Apple et de Samsung. Nous qui dans les hôtels, aimons surtout dormir dans un lit et prendre une bonne douche, il nous faudra lutter un bon moment pour l’on coupe la climatisation et une ventilation bruyante et que l’on désactive les capteurs sensoriels qui clignotaient dans le noir. Du silence et de l’obscurité (et un peu de wifi), tu peux le croire, cela reste une demande extravagante dans un hôtel de luxe !

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Laconique

Ma petite nièce a écrit sa bio.  La voici : je m’appelle L. J’ai 7 ans et 22 dents. Pas mieux.

 

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