27 juillet, après un rapide calcul

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Du coté de Minhang- Méséglise et du coté de Changning- Guermantes

En ce moment, je travaille pour deux marques. La première est un label haut de gamme (entendre, cher) dont la directrice de collection est une femme chinoise, apathique et capricieuse. Elle épuise ma patience par d’éternelles bouderies et des attentes exorbitantes qu’elle oublie aussitôt que ma bonne volonté les contente.  C’est long et pénible mais dans ce pays, patience et longueur de temps s’imposent. La seconde est une marque d’entrée de gamme (entendre, Chinese crap) qui prospère dans toutes les grandes banlieues de Chine. La production de nouveaux modèles se fait au forceps dans une agitation perpétuelle et désordonnée. Je me fais l’effet d’une maîtresse d’école supportant stoïquement le chahut d’une bande de gamines sous acide. Deux ambiances et deux trajets aussi.

Pour me rendre chez ma Précieuse Ridicule je pique vers le Sud, me faufilant, à la chinoise, dans un essaim bigarré de deux-roues. Du coin de l’œil, je surveille le peloton, les femmes ont le visage couvert d’un masque réfléchissant et les  bras de fins coupe-vent anti UV,  les travailleurs râblés et noirauds fument leur pauvre joint au feu rouge avec un air harassé, les collecteurs de déchets tirent des châteaux compliqués et vacillants de plusieurs mètres de hauteur de cartons, bois et bonbonnes plastiques empilés, les jeunes gens à la peau malsaine et aux cheveux décolorés abordent des tee-shirts griffés de slogans improbables (va savoir « more respect , less attack » fait florès en ce moment). Pour aller chez les Paysannes Endimanchées, je roule vers le nord et traverse les canaux tranquilles de Changning, les grands chantiers de l’aéroport, coincés entre les camions remorques et les porches Cayenne aux vitres teintées. Je m’arrête sagement au croisement sous l’œil soupçonneux des factotums qui  régulent le trafic matinal armés de fanions rouge et jaune.

Les quartiers de Shanghai sont grands comme des villes (le seul district de Changning où je vis comptait 600 000 habitants au dernier recensement) et j’ai mis du temps à pouvoir les reconnaître tant la laideur ordinaire des résidences domine. On remarque l’accident, le décrochage, la ligne de faille, mais le morne ordonnancement des façades standardisées n’accroche pas le regard.  L’œil s’accommode cependant. Un ami géologue m’avait dit qu’après six mois passés sans le désert d’Atacama, il parvenait à remarquer la plus infime variation du jardin de pierres qui l’entourait.

Ici, les matins n’ont pas ce démarrage lent des journées européennes, ce silence brisé par les premiers bruits des activités quotidiennes – l’eau qui coule, le toussotement de la cafetière, les clés, les pas dans l’escalier, le démarrage d’un moteur,  une tristesse diffuse  dans la mesure où l’on sent bien qu’on ne pourra échapper à l’écoulement de toutes les minutes qui composeront la journée. Ici, tout se réveille très vite, d’un coup, une mise sous tension immédiate.  Le soir, le silence s’installe en pente douce. En été, on ne s’arrête jamais tout à fait. Les chantiers de construction tournent à plein régime et vers 1 heure du matin, les travailleurs d’un énorme chantier de construction près de chez moi travaillaient, en caleçon à déblayer des excavations tandis que d’autres se rinçaient au jet d’eau

Un tarot à New York

K. qui vit à New York m’écrit pour me demander de lui tirer les cartes du Tarot pour lui et pour une certaine D. Ça sentait la coucherie  à peine nez. Je lui ai promis que je le ferai mais qu’il était huit heures du matin et j’avais autre chose en tête ; il a insisté pour que je m’exécute immédiatement et cet impératif m’a surpris et effrayé ; Je l’ai fait. Les résultats n’étaient pas si concluants que cela. Il a été déçu. Qu’est-ce que tu crois ? On nourrit trop d’espérance quant à sa propre transformation quand un nouvel amour survient.

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Le vieil homme et l’enfant

Un homme chinois de haute stature, droit comme un « i » se promène chaque matin portant un tout petit enfant dans les bras. Ce doit être sa petite fille (le bébé a des couettes) et la chose la plus précieuse au monde. Il lui parle, lui chantonne des comptines, la rafraîchit en secouant délicatement un éventail de bambou tressé et l’emporte partout, dans les allées et les rues alentour. La tendresse un peu raide de cet homme me touche. On lit dans ses yeux un amour qui lui dévore les poumons de bonheur.  On sous-estime le bouleversement qui suit la naissance d’une passion nouvelle. (C’est noté, je nage en pleine contradiction). Cette image me rappelle mon père qui me racontait ses promenades avec L. rue des Petites Ecuries et les plaisirs enchantés et innocents de leur tête à tête : porter tous les deux crânement un anorak de la même couleur ou choisir  les framboises les plus parfumées chez le fruitier pour composer le meilleur dessert du monde.

« Après un rapide calcul » écrit B  à propos d’un rêve qu’il a fait, cela doit faire un an que I. est morte. Étrange commémoration.

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