27 septembre, muffin global mobilisation

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Un café à Dalian

Le week-end dernier j’étais à Dalian invitée par un salon professionnel régional de l’habillement. Pour quelles obscures raisons ai-je accepté de passer tout un week-end dans la foire mitée d’une ville sous-provinciale de la Chine du Nord? Et ce, pour y faire une énième intervention sur la transition du modèle industriel Chinois de la sous-traitance à la création de valeur. Faut croire que le nom des villes inconnues m’invite au voyage. Dalian : le ‘Da’ qui claque comme un coup de feu et ‘Lian’ qui file souple comme un serpent.

La ville de Dalian compte 7 millions d’habitants ; le chauffeur qui me conduit de l’aéroport à l’hôtel, trouve que c’est bien, ni trop grand, ni trop petit avec le contentement très humain né de l’habitude à vivre quelque part. 7 millions d’âmes en Chine, cela équivaudrait toutes proportions gardées à une ville de 400 000 habitants en France. Toulouse ou Nice. La province sans provincialisme excessif.

La ville est au bord d’une mer qui tire sur le bleu. Elle est entourée de collines piquées de pins parasols et s’enorgueillit de posséder un hôtel 7 étoiles et la plus grande place d’Asie. Je ne sais pas vraiment ce que recouvre le concept de 7 étoiles (un autre hôtel surétoilé serait à Dubai) mais celui-là m’a tout l’air d’une réplique du château de Neuschwanstein colorisé par Disney. Quant à la place, elle est si vaste qu’elle décourage le promeneur ; infréquentée elle parait plus immense encore.

Les gens de Dalian sont plus boucanés qu’à Shanghai et crachent plus vigoureusement; les gènes russes et coréens ont fourni des carrures robustes; des plants de ricin et de tournesols adventices poussent drus au pied des immeubles. Dans ces villes chinoises de second rang, l’anglais est peu parlé et le café se sert affreusement sucré et délayé de lait. Pour boire une tasse de café noir, j’ai dû trouver un de ces « bars  américains » où l’on offrait un potage terreux accompagné de mystérieux Muffin global mobilisation. Il me semble que le traducteur négligent voulait dire « une large sélection de muffins ». Des banquettes poisseuses, un jour grisâtre filtrant des plis mous des rideaux de percale, y avait-il eu un seul matin où ce bar avait brillé comme un sou neuf ? Avec ma tasse en carton, j’ai fui cette modernité précocement décatie pour retrouver la rue chinoise, frugale et affairée et la remontais jusqu’au sommet des collines où l’on pouvait respirer un parfum d’iode et de cyprès.

A plates coutures

Vendredi soir s’est achevé Insight Shanghai, 7ème édition. La conférence était de bon niveau. Un des orateurs, Zhang Lei, jeune designer de HangZhou a fait un tabac en expliquant avec ingénuité comment il avait redécouvert l’art d’utiliser le papier et bambou auprès de ses voisins, un vieux couple de fabricants d’ombrelles.  C’est à Milan, en voyant les designers italiens puiser des éléments d’inspiration dans le grand réservoir de leur patrimoine culturel qu’il a pris conscience de la fertilité de ses propres références. Son design reste assez convenu mais le papier et le bambou sont des matériaux merveilleux de plasticité et de simplicité.

Le deuxième jour consacré aux travaux d’équipes a commencé par une grosse colère. Je m’occupe habituellement de ces ateliers et je me fais fort de savoir empoigner et guider ces jeunes designers chinois et ce, jusqu’à la naissance des idées.

J., mon partenaire depuis 7 ans dans l’organisation de cet événement m’a annoncé tout de go qu’il avait invité L. un de ses amis de jeunesse, ancien de chez Fitch et désormais patron d’une société de conseil en innovation  à animer la journée. C’était la surprise du chef chinois, un couteau dans le dos planté avec une inconscience feinte ou réelle. Le type en question était une sorte d’oisillon fébrile et piailleur qui m’a expliqué avec une arrogance stupéfiante qu’il s’occupait d’innovation tandis que selon lui, je m’amusais à faire des jolis collages de tendances visuelles. J’ai rétorqué avec humeur qu’il devait me considérer comme une concurrente sérieuse et que s’il daignait s’aligner, j’étais toute disposée à lui flanquer une rouste mémorable.  Pour ne pas faire d’esclandre – le scandale public terrifie les chinois – j’ai ravalé ma colère, accepté de jouer le jeu et me suis assise avec un des groupes en simple animatrice. J’ai attendu. Un fois, le pet de sa méthodologie jargonneuse dissipé, nos bébés designers étaient en plein désarroi et pendant une demi-heure, je les ai laissé se chamailler comme des chatons pour décider entre eux si leur consommateur cible avait 30 ou 35 ans (Ah ! l’ancrage sur des données parasites). Pendant, ce temps, un peu en retrait, j’écrivais, dans la position du tireur couché. Après le repas et à leur demande paniquée, j’ai pris les choses en main avec autorité et nous avons fait un beau travail dont ils étaient fiers. Je peux dire sans fausse modestie que le concept dont ils ont accouché a bluffé l’assistance et relégué les trouvailles du coq chinois au rang des idées périmées, des copies sans esprit, des chemins rebattus et autres impasses fréquemment visitées. Il a remis sa petite veste de clown et s’en est allé piteusement en traînant après lui, son égo tout fripé. Exit le paltoquet.

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