18 Octobre, poids et mesures

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Métrique poétique

Je prends des cours de chinois depuis trois mois mais la vitesse à laquelle j’oublie mon vocabulaire est absolument désespérante. L’âge, mon bon, ne nous y aide pas mais ces mots chinois ne se laissent pas facilement accrochés. Des mots de sens très différents se ressemblent jusque dans leur prononciation et seul le caractère d’écriture peut les distinguer. Parfois, au contraire, la langue chinoise devient follement prodigue. Ainsi on ne compte pas moins de 300 unités de mesure selon une classification dont la logique poétique fait mes délices.

Il y a une unité de mesure pour les trucs qui vont par paire et qui ne sont pas séparables facilement (les baguettes, les lunettes). C’est « shuāng » – l’unité ne vaut pas pour les amants.

Il y en une unité pour les trucs qui sont longs, étroits et flexibles, comme les nouilles, les serpents et les rivières. C’est « tiáo ».

Une autre pour les trucs qui sont plats et rectangulaires comme les lits et les cartes de crédit. C’est « zhāng ».

Il y a une unité pour les machins surmontés d’un chapeau protubérant (« ding ») – mais pour un homme avec un chapeau chinois, on dira « wei ». Il y a une unité pour les fleurs et les nuages (« duǒ »), une autre pour les pianos et les avions et une mesure pour les objets que l’on peut mettre en rang comme des chaises et aussi une unité pour compter les nuits passées hors de chez soi,…. Trois cents unités au moins, tu peux le croire?

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Unité de temps : Shanghai, l’après-midi

Mercredi j’avais un déjeuner de travail dans le centre de Shanghai. Il faisait beau et l’ancienne concession française baignait dans un air chaud infusé d’or. J’ai marché dans les rues pendant deux heures, m’octroyant une flânerie somptueuse. Qu’il est doux de prendre un bain de foule sans s’y mêler, de sentir la ville sans la consommer,  d’errer incognito et sans but, et sans avoir rien d’intéressant à partager si ce n’est la saveur même de la solitude et du vagabondage.

Mesure de l’amour

Je parle souvent d’amour avec T. C’est un peintre américain assez âgé pour être mon père. Il a été marié deux fois et évoque ses relations amoureuses passées et présentes avec bienveillance. Nulle trace chez lui du discours amoureux ordinaire normé par l’évaluation permanente des protagonistes, la psychologisation à l’extrême des relations ou le fantasme de l’épanouissement personnel. Enfin, voilà quelqu’un d’expérience qui partage mon intime conviction:  la gestion sentimentalo-économique de l’amour post-moderne n’a pas d’avenir. Deux, c’est plus qu’il ne faut pour sauver ce grand mot couillon d’Amour.

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terrified again

of not loving

of loving and not you

of being loved and not by you

of knowing not knowing pretending

pretending

I and all the others that will love you

if they love you

unless they love you

extrait de Samuel Beckett , Cascando, 1936

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