15 novembre, Le petit monde de la rue Honggu

Le petit monde de la rue Honggu

Pierre Sansot dans son livre « Les gens de peu » saluait fraternellement les gens simples qu’un destin trop chiche a privé de beaux dimanches mais non de valeur et de cette qualité, si précieuse de savoir rire et se réjouir de rien. En écrivant  – Sansot est un grand styliste – il pensait sans le savoir au petit peuple de la rue Honggu que je commence à connaitre. Il y a d’abord la femme de ménage dont j’ai déjà parlé. Depuis quelques semaines, elle souffrait terriblement du dos ; la douleur vrillait ses traits et faisait blêmir ses bonnes joues rouges. Son ménage devenait très superficiel, mais que faire ?  La semaine dernière, avec mon pauvre chinois, j’ai compris que les antidouleurs qui la soulageaient lui coûtaient 30 Rmb (environ 4 euros) par cachet. Une somme. A. et moi lui avons proposé de lui acheter des médicaments. En revenant de l’hôpital, elle m’a offert une patate douce et un épi de maïs grillé. Aujourd’hui, elle nous a montré tout sourire sa nouvelle ceinture de maintien et brandit fièrement un mot qu’elle a fait écrire en anglais à notre intention et qui disait : « Aux deux sœurs, merci de m’avoir accompagné à l’hôpital ».

20141115_133147[1]

Un peu plus tôt dans la journée, je revenais à vélo de mon cours de chinois  du samedi matin et devant moi un collecteur de carton poussait sa charrette, traînant après lui un empilement haut de trois mètres de cartons, de polyester expansé et autre matières recyclables. Soudain, un paquet s’est détaché de son fatras branlant et est tombé juste devant ma roue. Formée à la solide école cycliste de Nice où il faut savoir attraper les bidons au vol sans mollir sur les pédales, j’ai saisi le paquet et je suis remontée à la corde pour le lui rendre. Il m’a gratifié d’un large sourire radieux comme si je lui avais lancé une pomme en or. Ces deux-là, le collecteur de cartons et la femme de ménage me font aimer la Chine plus que XX qui s’est attribué aujourd’hui le titre ronflant de grand Architecte des réformes.

Minolta DSC

Le tigre est plus fort que le lion

Mon niveau en chinois me permet maintenant de former des phrases utiles ou pédantes comme des sentences confucéennes. Tu te doutes mon bon que je retiens les secondes plus que les premières par fétichisme linguistique. J’oublie toujours comment dire « qui est à l’appareil ? » ou « il neige souvent à Beijing » mais je remémore sans peine que « le bleu est à la mode cette année » ou que « la force du bœuf est grande ».

tumblr_n2rqkf02AX1r7kuu3o1_500

Le dernier baiser

Je me souviens toujours du premier baiser mais le dernier m’échappe. Le baiser zéro est inaugural, accompli. Il a la beauté des commencements et l’assurance des jeunes premiers. Le dernier baiser n’est jamais certain.  Il se révèle ultime par accident, obscurci par le chagrin ou à demi effacé par le désenchantement. Le dernier baiser n’est jamais définitif. C’est ce que j’aime en lui.  Il se révèle d’une étrange pureté, inachevée mais comme affinée par l’intuition de sa propre fin. Va savoir ce qu’il reste d’une illusion perdue et si ce n’est pas encore de l’amour ? J’ai écrit à ce sujet un poème un peu pathétique – cela ferait peut-être une bonne chanson mélancolique – que j’ai intitulé « le dernier baiser » et tu t’en doutes, je regrette déjà le titre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :